Chapitre 109
MARLIN OU ESPADON,
C'EST KIF-KIF BOURRICOT
C'est le retour de l'alizé avec l'arrivée de Noël. Pour changer un peu d'air, puisque nous sommes basés en ce moment en Guadeloupe, nous avons décidé de venir passer les fêtes de fin d'année dans la plus célèbre des îles des Antilles.
Après une journée et demie de navigation tranquille, nous voici arrivés à Saint-Pierre. Nous sommes en Martinique, "l'Ile aux fleurs", traduction faite de son ancien nom en dialecte Caraïbe : Madinina.
Les noms les plus prestigieux ont émaillé l'histoire de cette perle de la mer Caraïbe. Madame de Maintenon sous Louis XIV, l'Impératrice Joséphine avec Napoléon... Plus près de nous, tristement cette fois, en ce 8 Mai 1902 exactement, c'est l'explosion de la Montagne Pelée qui amène la Martinique au devant de la scène mondiale. Le volcan se réveille en plein week-end d'élections. Des nuées de cendres ardentes s'abattent sur Saint-Pierre, la capitale martiniquaise de l'époque, tuant tous ses habitants. Une catastrophe sans précédent dans l'histoire : 30 000 morts. Tous les bateaux de commerce présents dans la baie brûlent et coulent sur place... Une seule et unique personne va échapper au martyre. Elle a un nom prédestiné : Paris. C'est un prisonnier qui purgeait une peine de prison tout au fond de son cachot. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il sera retrouvé quelques jours plus tard, blessé, mais vivant, un miraculé !
Aujourd'hui encore les ruelles de la ville portent les stigmates de ce jour cruel. Au musée, des bouteilles de verre déformées, fondues, des objets usuels pétrifiés, méconnaissables, témoignent de cette journée dramatique. Ils sont là pour que survive le souvenir de cette grande capitale des années folles, surnommée très justement à cette époque : "Le Petit Paris ".
Une lugubre impression plane au-dessus des nombreuses ruines de la ville, comme pour rappeler à ses habitants ce sinistre jour et aussi que la montagne puisse à nouveau se réveiller...
Nous profitons de cette escale à Saint-Pierre pour faire également quelques promenades dans la montagne, au pied de l'aiguille de lave solidifiée : la Montagne Pelée. C'est un endroit sauvage et très impressionnant. Depuis bientôt un siècle le monstre sommeille de nouveau parmi les volutes nuageuses qui le caressent... Pour combien de temps encore...? Nul ne peut le dire... Heureusement, aujourd'hui, les sismographes surveillent jour et nuit le pouls du géant.
En cette belle journée ensoleillée, nous avons décidé d'aller flâner sur la côte, au moteur car il n'y a pas de vent, le long des falaises du Nord de l'île. Une série de tombants entourent le cap Martin, nous allons y tenter une pêche au "gros"... Enfin gros, voulant dire pour nous, de beaux thons ou de belles dorades coryphènes. C'est un bon endroit pour la pêche, en principe...
Papa Noël nous a offert cette année un super équipement de pêche. Quand je dis "nous", ce cadeau m'était plus spécialement destiné, mais toute la famille se passionne pour la traîne, alors, gardons le "nous". Une canne semi-lourde munie d'un solide moulinet à frein vient enrichir notre panoplie du parfait pêcheur. Un choix de leurres multicolores imitant à merveilles les poulpes, les poissons volants et autres menus fretins, complètent la collection. Armés de cet attirail nous devrions attirer l'attention, étant donné la voracité des thons, coryphènes, carangues, thazards, wahoo et autres gourmands comme l'espadon...
Mais les lignes traînent et re-traînent sans éveiller le moindre petit barracuda ! La journée a été épuisante.
Assis sur le pont sans bouger, sans un souffle d'air, nous nous retrouvons en fin d'après midi le dos cuivré de coups de soleil, les yeux brûlés par l'air salin à force de scruter dans le sillage de Kerguelen... Mais où se trouve donc cette grosse prise qui devait nous récompenser de cette longue attente ?
- C'est peut-être trop calme, se hasarde Marie-Claude...
- Il faut essayer plus profond, plus loin derrière aussi...
Lui rétorquant cela, j'essaie de me convaincre moi-même que nous n'avons pas encore essayé toutes les finesses des connaisseurs, probablement...
Rien !
Pas le moindre vol de mouettes ou de frégates trahissant le passage d'un banc de bonites ou d'aiguillettes en chasse. Non, rien de rien... C'est le néant le plus absolu. Le temps est superbe, et pourtant l'atmosphère qui se dégage de cette ambiance en devient curieusement triste. Sur cette eau tranquille on pourrait voir une caouanne faire surface dans un rayon de deux kilomètres tellement la mer des Caraïbes est calme : un vrai miroir…
Nous décidons d'abandonner la partie de pêche et de revenir vers Saint-Pierre en musardant le long des falaises. La vue de la côte est magnifique, pourquoi s'en priverait-on ? Les trois lignes supplémentaires sont rembobinées sur leurs planchettes, car sans moulinets elles sont assez fastidieuses à "tournicoter" sur leurs supports. Nous ne gardons à l'eau que la canne du Père Noël. Celle-ci est facile à "ramasser", nous y accrochons le plus beau leurre de la collection : un Rapala imitant à merveille notre bon petit maquereau... Je me dis qu'il est un peu gros comme appât mais, tant pis, il faut bien l'étrenner… Hop, à l'eau petit poisson nageur, nage donc !
Nous passons près de l'îlet La Perle pour admirer cet énorme rocher isolé, émergeant de la mer comme une cathédrale monolithique. Nous décidons alors de rentrer la dernière ligne de traîne car ce coin est parsemé de nombreuses bouées de casiers. Elles balisent de grosses nasses à langoustes, grillagées, que les pêcheurs depuis leurs gommiers mouillent jusqu'à plus de cent mètres de profondeur.
Je m'apprête à mouliner quand, tout à coup, le fil part en sifflant comme une fusée dans une fête foraine...
- Zut, on a accroché un orin de casier… Quelle connerie, d'avoir laissé ce joli maquereau à la traîne. On va le perdre bêtement...
- Ce n'est pas possible, me répond aussitôt Cloclo qui se tient assise sur le balcon arrière, il n'y a pas de bouée dans le sillage !
- C'est vrai en plus que l'on ne va pas bien vite, on aurait du avoir le temps de l'apercevoir... Ça continue... Ça défile beaucoup trop vite, on a forcément accroché quelque chose... Mets le moteur au point mort !
- C'est p't-être un poisson...? Me dit-elle d'un petit air ironique tout en s'exécutant.
Surpris je ne réagis même pas, je ne sais pas si je dois serrer le frein ou laisser filer pour ne pas perdre mon joli maquereau nageur. Je saisis quand même la canne à pleines poignées mais j'en oublie de larguer les Sandows qui la retiennent par sécurité au galhauban d'artimon… Je l'avais prestement amarrée, si des fois qu'une "grosse bête" viendrait manger mon "p'tit poisson"... Mais, lorsque l'on est des amateurs comme nous, la pêche c'est plutôt la pagaille ; c'est la bousculade générale pour libérer nos agrès... Je termine en donnant timidement un demi-tour de frein sur le moulinet. Le temps d'effectuer toutes ces manipulations les 200 mètres de fil restant sur le dévidoir se sont presque épuisés et cela en guère plus d'une minute. Je m'installe enfin correctement appuyé sur le balcon arrière en commençant à reprendre le fil, puis d'un coup, plus rien. Le crin est devenu mou. La ligne a dû casser probablement. Je continue néanmoins à rembobiner.
- On récupère et on remet en route.
Allez, é nou aille ! (célèbre formule créole voulant dire : on s'en va) et de reprendre les trois cents mètres de Nylon. Même s'il en manque la moitié, autant récupérer ce qu'il reste, cela fait quand même quelques coups de manivelle à donner...
Marie-Claude remet en marche au régime de croisière, il vaut mieux rentrer sur Saint-Pierre avant la nuit. Le bateau est à peine relancé, moi dans le même temps, j'ai tout juste bobiné 50 mètres de fil, que le moulinet repart en sifflant sa complainte... Je n'en reviens pas !
- Que se passe-t-il encore, me demande Cloclo ?
- Je ne comprends pas, ce n'est peut-être pas coupé... S'il y a un poisson au bout, c'est un petit rusé... Ce serait même un gros nerveux pour réagir comme cela.
Nouveau coup de frein sur le moulinet et le moteur du voilier repasse au point mort. Cette fois le fil reste tendu, tellement étiré que le tambour se met à fumer en pulvérisant les gouttelettes d'eau de mer qui s'y accumulent. Puis la ligne s'écarte du bateau, part en plein travers, nous sommes bien obligés de constater que le fil n'est pas coupé... Ouais ! On en a accroché un… Vu la grosseur de l'hameçon qui équipe l'appareil, presque aussi impressionnant qu'une esse de charcutier, il doit même être costaud, le bougre…
L'émotion nous gagne, on a attrapé quelque chose là-dessous...
Réflexions faites, on s'imagine volontiers un énorme requin marteau d'une demie tonne fou furieux de s'être fait piéger par ce joli maquereau plus vrai que nature... Pour se libérer la gueule de ce double dard, solidement fixé par un avançon d'acier, il faudrait vraiment que ce soit un monstre. Et l'imagination dans ce domaine est très fertile, n'est-ce pas ? Nous sommes partagés finalement entre des sentiments d'inquiétude et de curiosité. Inquiétude car on a un peu peur que ce soit réellement un indésirable, genre requin ou, pire, un gros barracuda. Personnellement, je n'ai jamais pu me faire à l'odeur fétide dégagée par ce carnassier à la gueule de chien. Enfin, curiosité car on aurait bien envie de voir l'allure de ce nageur infatigable...
Pour l'instant, pas d'ennemi en vue. Seulement les allées et venues de la ligne qui passe parfois sous le bateau, revient par l'avant, replonge en profondeur, remonte vers l'arrière... L'animal est en train de tisser un écheveau de Nylon entre la quille, le safran, l'hélice, la pelle du pilote automatique... On entrevoit déjà là-dessous cet imbroglio, ce sac de nouilles épouvantable qu'il va falloir aller défaire au couteau, si ça continue ainsi... Mais que faire d'autre ? Maintenant que l'on a "quelque chose" au bout de la ligne, il faut que ça vienne ou que ça casse. Incroyable et pourtant bien réel, le sac de nœuds se défait aussi vite qu'il s'est formé, pour se refaire moins de dix minutes plus tard. Mais encore une fois, la pelote se libère toute seule.
- Il joue avec nos nerfs ! lançais-je à la ronde, en tentant de reprendre le plus de fil possible dans les moments de mou.
Le bateau est complètement arrêté maintenant, sans erre. Petit à petit, nous sentons que la bonne humeur commence à nous lâcher. Insidieusement, le courant nous déhale et nous nous apercevons qu'il nous emmène vers le Nord, c'est à dire à l'opposé de notre direction ! De plus Moïse, du haut de ses cinq ans, court partout sur le pont, se penchant par-dessus bord pour tenter de voir le poisson. Nous n'arrivons plus, ni Cloclo ni moi, à le suivre des yeux. Je n'ose vous parler de la fatigue qui me pèse dans les bras de plus en plus, sinon vous allez me croire rachitique... Je n'en reviens pas de la puissance qu'il faut développer pour retenir cette canne qui ploie et tremble à m'en donner des crampes dans les pattes.
Le soleil décline à vue d'œil sur un horizon embrasé de carmin et de pourpre.
- Zut de zut ! Ce n'était vraiment plus le moment de pêcher avec la nuit qui tombe si vite...
Je ne peux m'empêcher de grommeler cette réflexion en tirant comme un fou sur la canne qui plonge de plus belle. Décidément, personne n'est content, moi je ronchonne comme un gosse qui a perdu sa sucette et cet énergumène, là-dessous, se débat comme un diable. Cela fait presque une heure maintenant que l'on bataille avec cet animal, et on ne sait toujours pas ce que c'est... Plutôt frustrante cette partie de cache-cache, vous en conviendrez avec moi, non ? On enroule, fuiiitttt... il reprend. On rembobine vingt mètres, fuiiitttt... il en repart quinze ! Ce n'est plus un jeu du tout. Sur un voilier, la plage arrière est encombrée de toutes sortes d'accessoires, entre les haubans, les bastaques, le mât d'artimon, la bôme, il y a aussi l'éolienne, les panneaux solaires, sans oublier tout le bazar de plongée qui traîne... Il faut vraiment se battre pour trouver une place où poser ses pieds. Maintenant, imaginez le débattement de la canne par-dessus, à travers tout cela, hein ?
Ecœuré, fatigué, découragé, je suis à deux doigts de couper le fil, quand, tout à coup, là, sur l'arrière, à environ 60 ou 80 mètres un énorme (pour nous !) espadon se met à sauter hors de l'eau en faisant des bonds prodigieux. Le spectacle est fabuleux, désordonné et inattendu, mais "FA-BU-LEUX" !
On comprend d'un coup d'un seul : c'est lui qui est au bout du fil ! Un magnifique espadon aux couleurs moirées qui se reflètent dans le couchant... Une bête superbe, à la robe bleu sombre dégradée jusqu'au gris métallique. Sa vivacité nous inspire de la crainte, du respect, de la classe, de la noblesse pourrait-on dire même. Une excitation indescriptible nous gagne. Nous n'avons jamais pris d'espadon sur nos lignes, qui plus est, ce jour est celui d'essai de la nouvelle canne. D'un seul coup devant un tel spectacle, comme par miracle, toutes nos petites misères de cette longue journée s'effacent de nos pensées.
La nuit est tombée maintenant. Heureusement, le ciel est très clair, il n'y a pas un seul cumulus dans toute la voûte céleste. La lutte se poursuit, indifférente aux astres qui se lèvent, à ceux qui se couchent…
Vénus nous salue en suivant le soleil dans son sillage.
Il nous faudra encore batailler près d'une heure supplémentaire avec l'animal avant de pouvoir admirer la "bête" près du franc-bord du voilier. En voulant le hisser à bord, la gaffe à poisson, qui a servi plus souvent de crochet de repêchage que de pique, casse nette et il s'en faut de peu pour que notre gibier nous échappe si près du but. Nous l'assommons en fin de compte avec la brimbale du guindeau et l'attachons par la queue, fine et rigide comme une faucille, à un chandelier. Ouf ! Ce geste met un terme à deux bonnes heures de combat tout à fait inattendu, certes, mais surtout une journée épuisante d'attente oisive. Nous sommes plus que satisfaits et pour dire vrai, fiers de notre prise. Malheureusement, le "bestiau" est trop lourd, beaucoup trop difficile à manipuler par-dessus les filières, nous décidons de le garder amarré à l'extérieur du bastingage. Coincé dans le filet qui ceinture tout le pont du bateau, il ne risque plus de partir. Sans le rostre, augmentant près d'un tiers sa longueur, il mesure environ un mètre cinquante. Nous estimons son poids à 50 ou 60 kilos !
Demi-tour, la route reprend vers Saint-Pierre en grignotant sur le pouce un dîner pour le moins décousu. Anne qui dormait pendant tout ce temps s'est réveillée, c'est aussi l'heure de la soupe pour bébé. Tard dans la nuit, Kerguelen jette l'ancre dans les eaux qui dorment au pied du fort Saint-Pierre, patron de tous les pêcheurs... Nous sommes fourbus.
Tôt ce matin, alors que je m'apprête à remonter sur le pont notre espadon, un pêcheur qui partait à la pêche dans son gommier avec ses enfants, s'est arrêté à notre hauteur, il semblait très intéressé...
- Ça ka maché ?
- Tou bon mêm !
- Zot'là ka péché oun lansié ?
- Oun lansié ? ...lui retournais-je sous forme de question.
- Si, ka sétifié bêt là, ka ett oun lansié... oun ti mâl... Mouin ka sôti, mêm bitin là sà : oun lansié !
- C'est bien, si tu as pêché le même que celui là, évidemment... Si c'est un jeune mâle, je comprends qu'il soit combatif ce poisson, ça été long pour le prendre...
Pendant que je lui réponds, notre visiteur me donne un coup de main à le passer par-dessus les filières et s'écarte du bateau, tout en continuant de faire des commentaires. Je ne comprends pas tout, mais il est bien sympathique et aussi bavard, notre brave martiniquais...
- Nou ka alé péché vivaneau, nous lance-t-il dans un dernier regard...
- Bybye et bonne pêche !
Pêcher est une chose, ouais en effet : c'est le plaisir ! Mais préparer le gibier pour la conserve en est une autre : c'est la corvée ! Toute la matinée d'aujourd'hui va y passer à découper, nettoyer, trier, peser... Les bocaux sont sortis du fond de leur coffre pour cette grande occasion. Un bon tiers de la bête est mise en conserve, stérilisée à la cocotte minute. Le reste, découpé en tranches portions, est mis au sel dans deux grosses touques étanches, toujours parées pour les grandes pêches comme celle-ci. Moïse se passionne, c'est lui, le préposé à la réserve de sel pour l'épandage : une couche de darnes pour maman, une couche de sel pour Mimi, et on recommence, chacun sa tâche... Papa, pendant ce temps, nettoie le pont à grands coups de seaux d'eau... Autour de nous dans le mouillage, nous sommes une quinzaine de voiliers, les conversations vont bon train...
- T'as vu l'espadon ? entend-t-on d'un côté...
- Non, c'est un marlin ! répond un compère de l'autre...
Pour nous, n'étant pas spécialement connaisseur, ce serait plutôt un espadon, de toutes les manières nous n'avons pas à chercher plus loin. En toute logique et simplicité, ce poisson représente une bonne quantité de nourriture, pour plusieurs mois, c'est certain ! Qui plus est, délicieux, nous en avons mangé à maintes reprises.
Alors marlin ou espadon, c'est kif-kif bourricot !
Le rostre de cet animal est profilé comme le flan d'un rail de chemin de fer. Aussi dur que la fonte d'une enclume, c'est un joli trophée. Malheureusement, dans notre empressement à vouloir tout terminer avant la chaleur de la mi-journée, nous en avons oublié de faire la traditionnelle photo souvenir. Oh, il n'avait rien d'exceptionnel notre "lancier" et nous en avons vu de beaucoup plus balaises. Il est fréquent d'en voir des gros, des vrais. Les amateurs de safari pêche ne manquent pas en mer Caraïbe et, 200 ou 300 kilos sont de belles pièces… Le nôtre à côté, évidemment, fait figure de rikiki. Mais c'est notre pêche à nous ! Dès que nous en parlons, d'ailleurs, nous le revoyons, faisant des sauts périlleux dans le sillage du bateau à la nuit tombante... Une grâce divine... Un souvenir extraordinairement vivant dans nos yeux.
Dans la soirée, nous nous penchons quand même sur nos livres de pêche. D'après les spécialistes le marlin à un rostre plus court, plus fin et plus rond que son cousin l'espadon. Mais, pour nous, faudrait-il pouvoir en comparer deux en même temps. De plus dans la famille des marlins il y a encore différents types, suivant la couleur de la robe. Quant au lancier, c'est une appellation locale de ces poissons-épées. Il y en a bien d'autres... Pour nous ce sont des considérations de spécialiste, et nous ne sommes que des amateurs. Ce sera donc un jeune espadon.
Affaire classée !
Six mois plus tard, le 6 juin 1982 exactement, en ce dimanche de la fête des mères, nous déjeunons avec le dernier morceau de notre "espadon de Saint-Pierre" comme nous l'avions baptisé. Nous en avons mangé, déjeuné, soupé, chaque semaine. Aujour-d'hui, ce sera à la crème fraîche, parfumé à l'estragon et bien arrosé, comme il se doit pour ce noble gibier. Un bon muscadet, bien de chez nous, viendra rendre hommage à ce repas de fête. Un mets de roi ! Que dis-je, de reine en ce jour, assurément.
Quel régal !
Sur les océans il n'y a pas que des tempêtes durant lesquelles on est obligé de grignoter des biscottes et des fruits confits, agrippés à quatre pattes... Il y a aussi de bons moments, exceptionnels même, que nous envieraient bien des grands !
Suite du livre... Chapitre 110...
Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...
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