Chapitre 110
LE BASTION DU GRAND
CHRISTOPHE
St Kitts, diminutif pour les Anglais de Saint Christopher, est l'île mère de toutes les Antilles. Le grand Christophe Colomb n'a-t-il pas donné son propre prénom à cette "terre fertile", la Lia Muiga, comme l'appelaient autrefois les indiens Caraïbes qui la peuplaient ?
Dès le seizième siècle pratiquement toutes les expéditions, aussi bien françaises qu'anglo-saxonnes, partent de cette place forte pour aller investir les autres îles de la Caraïbe. Cette base devient à ce point importante que Français et Anglais s'y installent en se partageant les terres. Cela se passe sans heurt et sans combat, chose tout à fait exceptionnelle en cette époque de colonisation féroce !
Nous voulons visiter les deux îles sœurs de St Kitts et Névis. Nous sommes venus d'abord à la capitale, Basse Terre, située sur St Kitts, pour y effectuer les formalités d'entrée. La baie est très ouverte, assez peu protégée. Le fort vent de Sud-est qui s'est levé rend le mouillage inconfortable, aussi nous ne nous attardons pas et, une fois nos papiers en règle, nous filons aussitôt vers le Sud. Cette partie de la chaîne montagneuse s'amortit rapidement en formant une vaste presqu'île basse et découpée. A son extrémité elle joint presque à toucher sa voisine Névis séparée par un étroit bras de mer : The Narrows. De nombreuses criques offrant des mouillages tranquilles nous tendent les bras, il n'y a que l'embarras du choix. Ce sont de bons terrains de "chasse" en perspective qui ont, en plus, l'avantage d'être peu visités.
Nous nous décidons pour une petite baie sans nom au Nord de Frigoli Bay. Sur la plage des hangars abandonnés et un vieux débarcadère écroulé témoignent des activités passées liées aux salines voisines. Tous les environs sont en friche. Une petite visite des fonds sous-marins nous offre la surprise d'une trouvaille inattendue. A peu de distance de Kerguelen nous découvrons l'épave d'un gros remorqueur gisant par une douzaine de mètres de profondeur. Construit en tôles d'acier rivetées, il est entier et parfaitement conservé. Ce système d'assemblage des tôles est typique du travail de chaudronnerie de ce début de siècle. C'était du solide, du fait main !
L'eau est cristalline. Les environs de l'épave sont garnis de grandes éponges et d'énormes pâtés de coraux aux nombreuses anfractuosités. Nous nageons dans un véritable décor de cinéma. Notre découverte nous étonne d'autant plus que jamais personne ne nous a parlé de cette épave. Et pourtant, Dieu sait si les écumeurs de vieilles carcasses englouties sont nombreux en mer Caraïbe. Plus curieux encore, elle (l'épave !) ne figure pas sur la carte marine du coin, ni sur aucun des nombreux guides de croisière des Antilles.
Une myriade de poissons, des crabes, des cigales, des langoustes ont élu domicile dans cette maison sous la mer. Quelques tortues viennent aussi, de temps à autre, visiter ce "musée des hommes"... Les épaves sont une véritable aubaine pour toute la faune sous-marine car elles servent de protection, de refuge aux plus petits, aux plus faibles. Pour nous aussi, prédateurs impénitents, c'est une aubaine. Nous allons profiter pendant plusieurs jours de ce garde-manger aquarium, pour le plaisir des yeux et celui... de la table !
Continuant la route, nous passons d'une baie à l'autre et nous nous rapprochons de l'étroit passage des Narrows. Dans ce goulet les côtes des deux îles, face-à-face, sont curieusement très différentes l'une de l'autre. Nous passons des criques rocheuses de Saint Christopher, dont les fonds sont souvent vaseux, aux superbes plages de sable fin et blanc de Névis... D'immenses cocoteraies s'étalent à perte de vue en gravissant les pentes du pic Névis. Cet ancien volcan, éteint depuis fort longtemps, offre l'image typique de la montagne explosive avec ses pentes douces qui s'étalent en corolle et son sommet tronqué. Colomb l'a baptisé Las Nieves, sans doute à cause des petits nuages qui flottent souvent autour de son sommet. Parce que, en fait de cimes enneigées, il ne faut rien exagérer... Ce n'est pas le Kilimandjaro, tout de même. Le plan d'eau étalé à ses pieds est le plus grand et le plus beau de toutes les Antilles. On comprend pourquoi les navigateurs, explorateurs des nouveaux mondes, avaient élu domicile ici. Eux qui ne connaissaient pas le moteur, nos chevaux-vapeur si rassurants aujourd'hui, raisonnaient en purs voiliers. Cette baie était parfaite : accessible, sans danger particulier, protégée de la houle du large et toujours bien ventilée par l'alizé. Un endroit exceptionnellement sûr pour atterrir et accoster avec leurs caravelles peu manœuvrables. Un peu plus tard les galions et les goélettes des expéditions royales l'apprécieront pour les mêmes raisons... Une magnifique plage de cinq kilomètres de longueur borde la côte Nord-Est jusqu'à Charlestown, la capitale de Névis. Par contre le Sud de la ville est découpé en éboulis rocheux que dominent encore les ruines du fort Saint Charles.
Entre 1680 et 1690 une série de tremblements de terre et de raz de marée ont détruit pratiquement toutes les fortifications de l'époque coloniale. Au siècle suivant, au XVIIIième , l'économie de l'île redémarre avec l'exploitation de sources d'eau chaude sul-fureuse... La renommée des thermes de Névis parvient jusque dans les plus hautes cours de l'Europe aristocratique. Pendant ce temps anglais, français et espagnols se déchirent dans les colonies territoriales des Amériques. Événements historiques qui vont amener bientôt la naissance des États-Unis.
Un homme, durant ces "guerroyages", voit le jour ici, à Névis, en l'an 1757. C'est Alexander Hamilton futur, grand, fidèle et inséparable aide de camp du premier président des États-Unis : Georges Washington. Ce créole deviendra le rédacteur, avec Thomas Jefferson, de la première constitution américaine ; un homme clé dans l'histoire des U.S.A. !
Une fois de plus Kerguelen est seul devant cette superbe plage de Névis. Malgré les quelques 2000 bateaux qui fréquentent les Antilles chaque année il est encore possible de trouver un petit coin tranquille à soi.
Après avoir profité de cette paisible région pendant une bonne semaine nous repartons pour Saint-Kitts en flânant le long des côtes. Il nous faut y repasser pour effectuer les formalités de sortie. Cela ne devrait guère prendre plus d'une heure, comme à l'arrivée... Nous sommes alors bien loin d'imaginer ce qui nous attend...
Nous sommes mouillés à nouveau devant Basse-Terre. Un énorme ponton en pieux battus, tout neuf, impose sa noble silhouette de bois un peu à l'écart de l'ancien quai croulant de rouille. Construit en mahogany et en angélique, cet assemblage de bois dur comme le fer dégage une odeur fétide dès que la pluie le détrempe. Nous y amarrons le dinghy.
À peine débarquée, la petite famille au grand complet est assaillie par le traditionnel "comité d'accueil"... Comme toujours des voyous insolents côtoient et tentent de dominer des jeunes gens aimables et réservés... Chacun propose, avec insistance, ses services, tout y passe ( vraiment tout !), en premier lieu le gardiennage de l'annexe au pied de l'escalier. Difficile de s'y soustraire. De toutes les manières il n'y a pas le choix : c'est une institution dans toutes les îles "ex-anglaises" des Caraïbes. Et puis nous n'en avons pas pour bien longtemps, le tour des bureaux de la police et de la douane, plus quelques courses au dernier ti' lolo (épicerie) du coin... Dans une heure on est reparti, direction Saint Barth, notre prochaine escale.
Moyennant quelques dollars biwis (de British West Indies, encore appelés E.C. pour East Carribean...) ce petit service se passe habituellement bien. Mais cette fois, il nous paraît y avoir beaucoup trop de monde sur le ponton et, surtout, une nervosité anormale... Et puis, après tout, leurs querelles de clocher ne sont pas nos oignons. Nous partons en ville en attribuant cette pagaille aux vacances scolaires qui débutent. Nous avons, comme il se doit, demandé à l'un d'eux, Teddy, de "gardienner" notre youyou jusqu'à notre retour.
L'après-midi, les formalités traînent plus que prévu. En plus nous sommes obligés de faire plusieurs magasins pour trouver de la levure à pain ; les "grocery", malgré leurs noms, n'ont rien à voir avec nos gros supermarchés... Dans ces petites îles indépendantes, les étals se caractérisent surtout par leur absence de marchandises. Il y manque parfois même des choses élémentaires comme l'huile, la farine, le savon... Bref, ce sont des îles indépendantes, c'est vraiment le mot. La fin de l'après-midi approche et il nous faut encore patienter plus d'une heure aux entrepôts frigorifiques... Ce midi nous y avions commandé une barre de glace mais en début de soirée, elle n'est pas encore "...cuite" ! Expression typique des Antillais de tout poil, drôle et inattendue, pour dire que votre précieux pain de "frigories" n'est pas encore "moulé".
Nous rentrons enfin au port avec notre glace "bien cuite" et au pas cadencé car il fait déjà nuit. Ce n'est pas du tout le genre de chose à faire dans ces pauvres îles où les vols ne sont pas des accidents mais une institution territoriale. On pourrait même dire une nécessité économique, comme nous allons l'apprendre à nos dépens...
En arrivant au ponton, surprise, il n'y a plus personne. Même Teddy, notre gardien, n'est plus là. Nous lui avions confié le Zodiac avec tout ce qu'il y avait dedans. C'est très mauvais signe... Je me précipite en courant vers le bord du quai... L'annexe n'est plus au pied de l'escalier. Rapide coup d'œil dans les environs et la forêt de pieux qui soutiennent le ponton : l'annexe ne s'y trouve pas non plus ! Il faut se rendre à l'évidence : notre dinghy a disparu avec tout ce qui était resté dedans... Il y avait un moteur hors-bord de 4 CV, la nourrice, un mouillage avec tous les accessoires de sécurité et deux brassières de sauvetage spéciales pour les enfants; Au bas mot cela représente, en valeur, plus de 2000 $ US ! Pour nous, pauvres vagabonds, c'est une petite fortune. La moutarde me monte au nez. Sans compter qu'un voilier sans annexe c'est un appartement au 20ième étage sans ascenseur. Je m'en veux alors terriblement de ne pas avoir emporté avec nous les brassières des enfants. C'est paradoxal, car c'est ce qui coûte le moins cher de tout le matériel disparu, mais ce type de gilet pour enfants est quasi impossible à trouver dans la région. Le Zodiac est un modèle "cadet", récent, acheté d'occasion mais presque neuf. Un youyou est vraiment l'outil de première importance pour se déplacer et pouvoir débarquer depuis un voilier...
C'est la consternation générale !
Il fait nuit noire. Le bateau est ancré assez loin du quai, pas moins d'un demi mile. Le vent est fort. La mer est agitée. Pour couronner le tout nous venons de faire notre sortie du territoire. Nous sommes donc censés partir après dîner, comme prévu...!
Tout va pour le pire... Les magasins sont fermés, il n'y a plus âme qui vive autour de nous... Qu'allons-nous faire ?
Je me ronge les doigts, plein de regrets, de n'avoir pas voulu payer immédiatement Teddy, comme on le faisait habituellement. Il y avait une telle confusion générale de bagarres et d'injures à notre arrivée que j'ai préféré lui promettre ses gages à notre retour, s'il avait bien fait son travail de surveillant. C'était sans compter sur la méchanceté humaine, l'âpreté, peut-être encore plus spontanée chez les adolescents... Le reste de la bande a dû probablement se venger sur Ted, faute d'avoir pu le racketter sur son travail, puisqu'il n'avait rien touché d'avance. En lui confisquant le matériel dont il a la charge, c'est une vengeance indirecte sur nous mais surtout "payante" sur notre méfiance. Le pauvre Teddy a sûrement au passage écopé d'une bonne dérouillée. Devant la loi du nombre il s'est sans doute enfui, roué de coups et honteux de sa tâche avortée...! Il n'osera plus jamais nous rencontrer, nous le savons. Teddy, si un jour ces lignes viennent jusqu'à toi, nous voulons te dire que ce sont les jeunes comme toi que nous apprécions et qui feront l'avenir de ton île... Un fruit pourri ne sert jamais de nourriture, il disparaît écrasé sur le sol... Sois fier ! Bon, où en étais-je...? Ah oui.../... en attendant nous sommes là, tous les quatre, sous une averse qui passe, drue et pesante comme une cataracte... Nous cherchons une solution, en contemplant notre barre de glace bien cuite mais bien inutile maintenant. Elle fond dans son sac de jute, irrémédiablement indifférente aux événements...
Finalement, nous décidons de retourner voir la maréchaussée. Nous pensons que, peut-être, la police impressionnera nos voleurs et que le Zodiac sera restitué illico, presto et subito ! En tout état de cause sans doute auront-ils un canot pour nous ramener "chez-nous" ?...
Espoirs...? Illusions...?
Nous revenons aussitôt vers le port avec notre pandore qui n'est plus de service, à cette heure. Il accepte de nous aider à retrouver notre matériel, mais... demain seulement ! Quant au canot espéré, eh bien... la police n'en a pas.
-Thank you very much, Mister the policeman, see you later to morrow morning, of course ! Good night...
Merci beaucoup, Monsieur le gendarme, à demain matin et bonne nuit... Ce n'est pas tout à fait l'assistance que nous souhaitions... Cette réponse ne nous donne pas un youyou pour rentrer à la maison... Mais enfin, nous avons l'habitude de nous débrouiller seuls.
Nous interrogeons les rares traînards que nous voyons au devant de leur case, mais personne n'a rien vu... Motus et bouche cousue...!
Nous revoici seuls sur le quai. Il est bientôt minuit... Les estomacs des petiots crient famine à présent. Le pain de glace s'est transformé en noix de beurre... Il faut bien se décider à rentrer au bateau, par n'importe quel moyen, mais il faut rentrer.
C'est à la nage que je me lance du quai. Je ne suis pas du tout rassuré car par ici, il y a plein de grosses bêtes avec de longues dents pointues. Elles rôdent la nuit près des rivages... Mais la peur donne des forces et aussi du courage. Je me hisse sur Kerguelen.
Relever le mouillage seul est une corvée assez pénible. Il faut se déplacer sans cesse de l'avant à l'arrière car le vent est fort... Relever quelques mètres de chaîne sur le guindeau, donner un petit coup de moteur pour redresser l'étrave, retourner au guindeau, revenir au cockpit... Vive le guindeau électrique, et pourquoi pas hydraulique. Sur Kerguelen, le mouillage se relève à l'huile de coude... Soit !
Je viens jeter l'ancre le plus près possible du ponton. Nos deux mètres de tirant d'eau nous empêchent d'y accoster. Bon, maintenant il faut trouver quelque chose pour embarquer le reste de la famille. Pendant que je suis occupé à transformer en canot une vieille chambre à air de camion qui sert de jeu de plage aux enfants, Marie-Claude trouve un pêcheur insomniaque (supposition non vérifiée !) qui ramène tout le monde à bord avec son gommier. Plus besoin de faire un pouf flottant... Merci bien monsieur, et bonne nuit ! Elle porte conseil, dit le proverbe. Peut-être… Le temps, en tous cas, sûrement !
Le lendemain matin nous décidons finalement de rester sur l'île du grand Christophe. Nous allons tenter de retrouver notre dinghy, et le matériel, en offrant une récompense, comme dans les westerns. Peut-être que la prime suscitera des "vocations" ? Qui sait ?
Je termine alors mon pouf, notre radeau de secours, en fixant une planche de contreplaqué lacée par des garcettes sur le boudin. Boudin que j'ai aussi étranglé par le milieu avec un bout' pour lui donner une forme allongée. Marie-Claude me fait remarquer que je suis en train de copier la fameuse "annexe macaque" de Bernard Moitessier. C'est possible (c'est même exact), mais on fait ce que l'on peut avec ce que l'on a... Ce n'est pas l'annexe idéale, on a les fesses mouillées, ça ondule désagréablement sur le clapot, mais ça dépanne et ça marche. Nantis de cette nouvelle chaloupe, nous débarquons tous à nouveau sur le ponton.
Nous retrouvons notre policeman de service. Avant de faire un procès "écrit", il nous propose, verbalement, de faire le tour de l'île et de se renseigner. Commence alors un ratissage systématique de toutes les arrières cours, recoins et culs-de-sac les plus inattendus...
Si nos premières questions restent sans réponses, par contre les langues se délient vite à la vue de quelques dollars. Trop rapidement même. Car il se trouve aussitôt que chacun a vu quelque chose "qui pourrait bien laisser supposer que..." Trois dollars ici, deux là, cinq à celui-là qui est plus bavard que les autres... De Untel, nous allons voir Machin qui sait que Trucmuche a vu Durand qui nous renvoie à Dupont... Bref, c'est exactement l'histoire de "l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours et qui n'a pas eu peur" ! Nous finissons vraiment par douter de leurs indices. Tout le monde sait quelque chose et finalement personne ne sait rien. Par contre tous, sans exception, nous délestent de nos billets verts à qui mieux mieux... Curieusement, même, ils acceptent volontiers maintenant nos "Washington", alors que, hier encore, ils les refusaient ! Pas idiots ces indics amateurs, un dollar US valant deux dollars Biwi, ils doublent les gains.
Par la même occasion nous faisons une visite guidée de l'île, si l'on peut dire… Réellement nous ne pouvons pas nous vanter d'en profiter, non ! On se perd au milieu des champs de canne à sucre. Ils viennent juste d'être coupés et les ornières creusées par les camions transforment les pistes en bourbiers épouvantables. Toujours accompagné de notre gardien en uniforme, nous ratissons et interrogeons sans relâche durant deux jours... Nous avons les fesses meurtries à force de faire de la Jeep, un authentique modèle 39-45 !
Ce serait presque plaisant de jouer les Sherlock Holmes...
Au troisième jour, nous trouvons cependant que la plaisanterie a assez duré ...STOP !
Nous avons quand même fini par retrouver les deux gilets de sauvetage des enfants. Ils étaient à demi enfouis sur une petite plage de galets, à moins d'un kilomètre du port. Nous avons eu la nette sensation, en les trouvant, que le Zodiac avait dû être amené à cet endroit pour être démonté et "livré" à un receleur... Ce n'est qu'une impression. Pas de trace, à part quelques reflets d'huile sur les cailloux, rien de plus. Personne ne saura jamais...
Ecœurés, nous finissons par remplir un procès verbal de "perte", car nous ne pouvons pas prouver le vol, dixit les autorités policières, quelle élégance !
Nous quitterons St Christopher sans rien demander de plus aux autorités locales dont les pouvoirs d'action sont bien limités, nous semble-t-il... Le vol organisé rapporte de l'argent à tous, sans se fatiguer. Le matériel volé fait vivre la chaîne des truands locaux... Il n'est d'ailleurs pas rare, dans les Caraïbes, de voir des bateaux pays arraisonnés par les Garde-côtes. Leurs cales sont pleines de moteurs ou de matériel nautique. Matériel volé sur une île et revendu sur l'île voisine quelques mois plus tard... Cela fait partie du commerce "local"...
C'est une bonne leçon pour nous, et nous ne sommes pas prêts de l'oublier. Si nous avions osé distribuer quelques dollars aux gamins les plus agressifs, à l'instant de notre arrivée... Si... si... C'est facile de refaire le monde avec des "si"... Le bilan est tout de même là pour nous le prouver : 2000 $ perdus, plus 150 $ distribués aux personnes complaisantes et au policeman, ne l'oublions pas, cela fait un joli pactole. Nous aurions beaucoup mieux fait de jouer aux richissimes maharadjahs en jetant en pâture aux gamins une liasse d'images à l'effigie de Washington... Il y avait, allez arrondissons : 30 kiddies (garnement) ; cela faisait 30 dollars de perdus ! Et notre comité d'accueil eut été sans doute calmé.
Y'a des fois où il vaudrait mieux jouer les milliardaires désabusés : ça coûterait moins cher que de faire les Zorro du savoir-vivre...
En partant pour St Barth nous nous arrêtons au pied du château de Belle Tête. Siégeant très haut sur les collines de Brimstone Hill, il fut pendant de nombreuses années le Gibraltar de la Caraïbe. Construit tout au début du XVIIième siècle par Louvilliers de Poncey, alors Capitaine des Armées françaises des Amériques, il fut détruit par les derniers tremblements de terre de 1689. Une merveille de l'histoire de ces îles. Adieu Christopher, tu as trahi notre confiance... C'est avec un peu d'amertume que nous partons vers d'autres bastions, d'autres îles où il n'y a pas de "comité d'accueil"...
A Gustavia, capitale de Saint Barthélemy, nous achetons un nouveau pneumatique. C'est un Stillinger qu'un américain de passage nous cède. Il est un peu trop grand, mais c'est la seule annexe d'occasion que nous avons pu trouver sur place... La majorité du matériel que nous avons à bord du bateau a été acheté de cette façon : de secondhand, de segunda mano, "d'occas" quoi. Cette formule économique permet de s'équiper au fur et à mesure des opportunités ou des fortunes de mer.
Mouillés au fond du port en attendant que passe "Allen", le premier cyclone de cette saison 82, nous confectionnons un antivol pour le dinghy. Depuis ce jour nous ne débarquons plus sans notre câble d'acier. Il part du tableau arrière, passe par le moteur, traverse le banc de nage et les avirons… Nous le frappons avec un cadenas à un anneau ou une chaîne sur les quais. La formule n'est pas vraiment élégante mais elle est efficace ! Bon nombre de plaisanciers, aujourd'hui, font de même. C'est malheureusement devenu une obligation. L'époque de la confiance est révolue. Aujourd'hui sonne l'heure des cadenas, des alarmes et de la vidéosurveillance...
De quoi donc sera fait notre demain ?
Et puis, sur qui compter si même notre Saint Christophe, patron des voyageurs, nous abandonne ?
Suite du livre... Chapitre 111...
Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...
Podium des sites annuaires pour le nombre de visites sur notre Blog...
2) http://www.annuaire-blogs.net/
4) http://www.centmilleblogs.com/
5) http://www.annuaire-blogs.fr/