Le Trésor Des Kerguelen

Chapitre 126 - Les Météores de l'Approuague

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Chapitre 126


LES METEORES DE L'APPROUAGUE

 

 

     Nous quittons la Guyane pour le Brésil. Le décor, lui, ne change pas : mangroves, savanes, marigots, forêts. Le grandiose quatuor composant l'Amazonie demeure immuable. Sans avoir encore jamais mis les pieds dans l'eau de l'Amazone, nous la connaissons bien cette forêt. Elle étend son empire depuis les Llanos vénézuéliens au Nord, jusqu'au Gran Chaco argentin au Sud. Née sur les lointaines pentes de la Cordillère des Andes, elle s'en va mourir jusque dans les eaux de l'Océan... Cela fait six années que nous la pratiquons... Ce n'est donc pas la forêt qui nous intimide mais plutôt le départ sans retour ! Le grand rêve de faire le tour de l'Amérique du Sud par le Cap Horn devient réalité. C'est le grand départ !


     Le matériel pour la plaisance "maritime" étant quasi inexistant en Guyane, nous avons dû retourner aux Antilles pour préparer ce long périple. Nous avons choisi de sortir le bateau au sec à la marina de Bas du Fort, à Pointe-à-Pitre. C'est le port de plaisance le mieux équipé de la Caraïbe pour ce genre de préparatif. C'est aussi une bonne occasion pour revoir nos amis de Guadeloupe, et parmi eux Jean Messager qui possède un chantier nautique. Tout se prête donc au mieux pour une préparation sérieuse du bateau qui devra affronter, c'est le mot juste, les hautes latitudes... Installation d'un enrouleur de foc, vérification du gréement, renforcement des voiles, transformation du bimini en une solide capote, montage d'un chauffage, augmentation de capacité des réserves d'eau et de gasoil, peintures neuves... la liste n'est pas exhaustive ! Bref, en plus du check-up, c'est une véritable cure de jouvence que Kerguelen reçoit. Il retrouvera enfin l'élément liquide après quatre mois de travaux ininterrompus.


Le bateau est prêt à voguer vers le Horn, vers les glaces.


Ça, c'était pour le côté matériel de l'expédition.


     Beaucoup plus longue à été la préparation psychologique... Pas moins de deux années ont été nécessaires pour nous préparer "dans nos têtes" à ce long voyage. Etude des routes, des saisons, de la météo, listage des documents de navigation, des cartes, recherche de récits, de reportages, d'informations sur nos futures escales, adresses des consulats, ambassades, concessionnaires spécialisés... Tout un listing d'intendance et de logistique, avec des renvois, des noms, des numéros de téléphone, des astuces, des aides spécifiques à chaque ville, chaque escale. En pratique, un véritable programme informatique qu'il suffira de dérouler au fur et à mesure des étapes. Nous le connaissons par cœur, c'est notre "plan de vol". Telle Ariane dans l'espace, rien ne doit être laissé au hasard...


     Et pour se délasser des travaux manuels, pendant les derniers mois, les soirées ont été mises à profit pour étudier le portugais.


     Le troisième retour Antilles Guyane, le dernier, a été effectué en un temps record : un peu moins de neuf jours. Cela fait exactement une journée de gagnée à chaque voyage… Pas mal, non ? Il faut dire aussi que cette traversée de "mise en jambe" s'est effectuée avec un grand frais bien musclé, un très bon essai probatoire pour le matériel ...et pour la suite du voyage !


Nous voici donc à nouveau à Kourou sur ce fameux grand départ...


     Les adieux s'éternisent. Les invitations se succèdent, impossible d'en refuser une seule. Il y a toujours un dernier "pot de départ", un dernier au revoir à transmettre, un dernier copain qui n'a pas l'adresse relais en France, un dernier achat oublié, un dernier courrier à poster, une ultime fin dernière omise quelque part... C'en est frustrant, mais il en est ainsi à chaque grand départ...

     Les amis de Kourou et du Centre Spatial se sont démenés comme des diables pour nous aider. On ne peut blâmer personne, bien au contraire, mais cela nous montre combien il est difficile de devenir un centre d'intérêts, d'être la vedette du jour !


     Nous avons bien du mal à nous remettre dans notre peau de navigateurs. Nous sommes investis par la terre, elle ne nous lâche plus... Richard et Michèle Leblanc, en fidèles amis, sont venus à bord ce matin pour discrètement partager le petit-déjeuner d'adieux, ils ont apporté tout un panier de croissants ! Comment leur dire merci, comment leur dire notre amitié profonde ? Cette émotion si intense, lorsque l'amarre lâche le quai, difficile coupure du cordon ombilical...

Salut Richard, adieu Michèle, ce n'est qu'un au revoir !


     Nous partons à l'embouchure de la rivière Kourou nous isoler dans la sablière de Guatemala. Cette lagune, coupée du reste du monde, sera très propice pour une journée complète de repos absolu. Nous pouvons enfin nous enfermer dans notre cocon, nous plonger dans notre univers retrouvé : la mer.


C'est l'attente du lever de rideau...


     Le reflux du lendemain midi nous emporte vers le large. Avertis par la station radio SPP du Centre Spatial, tous les copains, venus en formation serrée avec les avions de l'aéro-club, nous accompagnerons dans un ultime adieu jusqu'au large des Iles du Salut, les bien nommées...


     Que d'images, que d'émotions concentrées en cet instant. Les "November-Juliet", "Fox-Whisky" et "Kilo-Uniform" regagnent la forêt... Bonne chance à tous ! Adieu belle Guyane...


     Direction Macapa, première escale brésilienne prévue sur l'Amazone. Photo satellite de Météo France à l'appui, nous partons tranquilles et sereins : il n'y a pas un seul nuage dans un rayon de trois cents nautiques autour de Kourou, le rêve, quoi !


     Nous sommes en fin de saison sèche, décembre, et la ZIC (Zone Intertropicale de Convergence), le fameux pot au noir équatorial, ne s'est pas encore reformée sur la côte Nord du Brésil. Mais... c'est sans compter sur les caprices des Dieux...


     Après trente heures de navigation réellement de "plaisance" - c'est si rare ! - sur de longs bords tirés face au vent, nous arrivons à la hauteur du Grand Connétable. C'est un îlot très remarquable en face des marais de Kaw. Un sauvage repère où nichent les frégates, élégantes, mais criardes.


     Dans le lointain une sombre barrière de nuages élevés, des cumulo-nimbus, nous annoncent tristement que la ZIC est déjà en train de se reformer... Le beau temps n'aura duré qu'un feu de paille... Dans la soirée une ligne de grains, basse, noire et épaisse, nous annonce le coup de tabac qui va nous toucher dans la nuit... Ce n'est pas réellement de la tempête, sous cette latitude, mais la mer grossit quand même avec le coup de vent et les barrières orageuses se succèdent par vagues noctambules.


     Le vent se stabilise entre sept et huit beaufort, avec quelques rafales un peu plus méchantes à l'avant des orages, mais le bateau remonte bien le vent. Surtout, il n'y a pas de houle. Ça tape, ça cogne, mais ça passe quand même. On poursuit donc dans la nuit qui s'écoule sans permettre de repos. Cependant, nous sommes tout à fait tranquilles car nous avons un paratonnerre qui traîne en permanence dans l'eau. Mieux, à Kourou nous l'avons amélioré en lui adjoignant, en tête de mât, un barreau de cuivre platiné. De très faible coût, simple et pratique, il protège parfaitement toute l'électronique du bord. Quant à notre sécurité à nous, à l'intérieur du voilier, il n'y a aucun danger, la coque d'acier est une "cage de Faraday" idéale. Pour ce qui est des éclairs, de la lueur, il suffit de tirer les rideaux, ce que Nanou s'est empressée de faire aux premiers coups de flash !


     En fin de matinée il y a un semblant d'amélioration, mais, curieusement, bien que plus espacés, les assauts du vent se font plus violents. Il devient nécessaire de réduire la voile au minimum, de prendre le troisième ris... Il y a belle lurette que cette dernière bande de ris n'a pas été utilisée... Au moment d'étarquer la bosse, je m'aperçois que celle-ci est enfilée à l'envers dans son violon, impossible de la tendre. Il faut tout défaire, choquer l'écoute de grand-voile et repasser le cordage dans le bon sens. Pendant ce temps le vent, lui, ne s'arrête pas pour autant de souffler. Eole est sans répit... La grand-voile faseye violemment et, d'un coup elle éclate en une longue déchirure ! ...


     L'estafilade étant située au-dessus de la dernière bande de réduction de voilure, c'est la voile tout entière qui devient maintenant inutilisable. C'est terminé pour notre "moteur à vent" : il perd, d'un coup, la moitié de sa puissance. Heureusement que nous avons l'artimon ! Il nous est bien utile ce mât arrière dans les moments difficiles, tout comme l'enrouleur de foc également que l'on apprécie particulièrement pour sa facilité de manœuvre. Le progrès a parfois du bon, c'est indéniable ! Mais là, c'est la tuile comme on dit ! Vu l'importance des dégâts, le secours de la machine à coudre s'impose. La voile ne s'est pas décousue, comme cela se produit le plus souvent, mais déchirée. Il va nous falloir rapporter une pièce. Ce qui veut dire aussi se mettre à la cape pour la réparation, mais si près d'une côte c'est trop dangereux...


     La meilleure solution est de chercher un abri, même succinct, même inconfortable, mais un mouillage tout de même qui nous permette de travailler rapidement et en sécurité.


     Nous n'avons pas de cartes de détail pour toute cette partie de la côte, mais nous savons que nous nous trouvons devant l'embouchure du fleuve Approuague, et un fleuve, c'est toujours un abri ! Ce matin nous avons doublé la Pointe Béhagues sans la voir. Ce n'est pas grave, je la connais par cœur vue d'avion : c'est une immense crosse de mangrove et de marigots qui marque l'entrée sur la rive droite du fleuve. Demi-tour... Paré à empanner... Aussitôt tout redevient tranquille à bord, coulé dans une allure portante... Quelle douceur !


     L'eau, en prenant soudain une couleur café au lait, nous annonce notre arrivée dans l'estuaire. La marée commence à descendre et les bancs de vase sont nombreux. Il sera difficile, sans carte précise, de trouver un passage sur la barre, mais le sondeur, qui se veut performant, nous y aidera.


     Après quelques hésitations, dernier changement de cap, nous forçons le chemin, au moteur cette fois, vent plein travers, l'allure s'accélère.


     Les gouttes d'eau grossissent encore, les rideaux de pluie se font plus droits, plus noirs, plus lourds, plus épais. On se croirait sous la fontaine de Varsovie dans les jardins du Trocadéro. Il en est souvent ainsi à l'arrière d'une ligne d'orages. Alors on se dit que c'est bon signe : l'épilogue de cette zone de mauvais temps est proche... Peu à peu les roulements de tonnerre s'éloignent vers la côte...


     Le ciel s'éclaircit enfin, l'air est comme lavé de ses poussières, et la visibilité entre les dernières averses devient phénoménale. Une petite ligne de mangrove précède celle de la forêt en arrière fond, c'est la pointe Béhagues qui se découvre sur la gauche de l'étrave.


     Pendant toute cette approche, effectuée au "pifomètre", on pense qu'un radar nous serait bien utile en pareil cas. Mais on ne partirait jamais si on attendait de posséder tout le matériel "utile", mais pas forcément indispensable ! Il suffit pour s'en convaincre de regarder dans une marina : ceux qui ont "tout ce qu'il faut" peuvent aussi s'acheter du rêve... Alors, ils restent ...au port, devant un pastis, un ti-punch , une sangria, un bourbon... "Garçon, please !". Bref, le radar, disais-je, nous aurait bien servi ici. Ce sera le prochain achat avant d'atteindre les quarantièmes... On trouvera bien une "occase" à Santos, à Buenos Aires ou ailleurs. Chaque chose en son temps, un temps pour chaque chose, dit le proverbe.


     Au fur et à mesure que le soleil décline, le ciel se nettoie enfin, c'est bon signe : nous pourrons nous mettre au travail avant la nuit. Le vent tombe complètement maintenant, et une forte odeur d'ozone envahit l'estuaire. Nous venons mouiller dans l'entrée d'une petite crique, le plus près possible des palétuviers, entre deux grandes vasières qui se découvrent.


Sur cette photo le village de Régina et sa piste à 6 km de l'embouchure de L'approuague, environ.



     Le calme revient, après tout ce remue-ménage de la nuit et de la journée. L'atmosphère en devient même pesante...


     A ce moment-là, surgie de nulle part, une colonne tourbillonnante, bizarre, une sorte de tornade dense, noire et zigzagante, arrive de la forêt en notre direction. Tous les quatre nous écarquillons les yeux sur cette étrange fantasmagorie. Nous n'avons jamais rien vu de pareil... La "chose" qui arrive sur nous est à moins de trois cents mètres maintenant... On dirait des petits papillons noirs, par milliers ...par dizaines de milliers, par centaines de milliers... Il y en a plusieurs millions probablement ! Le nuage maléfique arrive sur nous, s'abat sur Kerguelen comme une pluie de confettis. En quelques instants tout le pont du bateau devient moucheté, noir, puis complètement recouvert par cette vermine grouillante d'insectes météores... Nous les baptisons les météores de l'Approuague.


     Nous identifions l'ennemi au premier coup d'œil : ce sont des termites, et non pas des papillons comme nous l'avions cru de loin, une véritable calamité. En un tour de main nous organisons la contre-attaque et toutes les moustiquaires sont fixées sur leurs bandes supports Velcro.


     Au plus profond de la forêt, les fortes ondées délavent les termitières jusqu'aux couvains gorgés de larves ailées. Ces dernières générations, prêtes à partir coloniser de nouveaux territoires, prennent leur envol à la faveur de l'intense évaporation des premiers rayons de soleil. C'est le grand tourbillon noir du vol nuptial !


     Dès que le nuage s'abat sur le sol, ces petites bestioles infatigables perdent leurs ailes éphémères. Elles reprennent aussitôt leur vie rampante de vers rongeurs, et se mettent à tourner en rond à la queue leu leu comme guidées par un fil invisible, pour se regrouper et gagner un abri.


     La colonie se rassemble derrière leurs leaders, futur couple royal, qui vont choisir l'endroit propice à la construction de la nouvelle demeure : la termitière. Comme chez les abeilles, l'organisation de la colonie est complexe… Soldats, gardiens, ouvrières, chaque individu possède ses attributs, et la vie reprend son cours en perpétuant l'espèce. Nous pourrions ignorer facilement l'existence même de ces petites bêtes isoptères si l'édification de leur maison ne faisait pas tant de dégâts. Tout est bon à grignoter pour construire les galeries et le château princier, la termitière, qui protégera toute la colonie, car les termites ne vivent qu'à l'abri de la lumière. Lorsqu'elles s'attaquent aux boiseries, le résultat, au demeurant invisible au premier abord, est catastrophique! Leur appétit est sans limite. C'est le fléau numéro un dans toutes les habitations tropicales. Plus le matériau est tendre, plus l'endroit est caché, et plus grand est le danger. C'est le cas pour notre bateau dont l'intérieur est entièrement lambrissé.


     Voici pourquoi, à la vue de cet abordage, le clairon sonne la charge héroïque sur Kerguelen ! A grands coups de seaux d'eau, la chasse commence !


     Le pont du bateau est balayé par une bien curieuse tempête de coups de torchon et de balayette. Devant le piètre résultat de nos efforts, je siphonne directement l'eau du fleuve à l'aide d'une pompe de cale de secours. Aussitôt les superstructures ruissellent sous le jet, beaucoup plus efficace que les seaux. Il faut faire vite car elles vont fatalement trouver le petit trou qui leur permettra de passer la cuirasse d'acier et d'aller se loger dans l'épaisseur du vaigrage. Si elles y arrivent, ces termites seront "indélogeables" dans l'isolation de la coque et meurtrières pour la menuiserie du bord.


     Dehors, un chiffon sur la bouche, Moïse et moi suffoquons presque sous nos cirés tellement leurs ailes mouillées collent partout. C'est un véritable cauchemar que de se débarrasser de cette poix qui nous envahit. Les sacrés vermisseaux pénètrent même dans nos vêtements, et nous nous mettons à gesticuler et à danser comme des cabris sur un champ de foire !


     Alentours aussi, des milliers de termites tombent à l'eau et font les délices des poissons... Cocos, machouarans et acoupas commencent à frétiller à la surface en cueillant cette manne providentielle. Si nous le voulions, à notre tour, nous pourrions attraper au vol tout un banc de balaous qui chasse avec frénésie en sautant hors de l'eau près du bateau, trop contents de ce succulent repas servi par la providence. Mais la pêche sera pour plus tard, pour nous le pôle d'attraction est ailleurs... Occupés à cette épuisante séance de lessivage, nous en avions presque oublié la raison de notre escale ici sur le fleuve : la réparation de la grand-voile !


     En six années passées dans les différents territoires d'Amazonie, c'est la première fois que nous sommes envahis par une tornade de termites aussi importante. Nous en avons pourtant vu souvent s'envoler, mais dense à ce point, jamais !


Incroyable, ces météores de l'Approuague…


     Ils sont si coriaces, qu'il nous faudra deux longues heures, avec la mobilisation de tout l'équipage, pour venir à bout de cette nuée de mutants, collants comme des confettis mouillés un jour de carnaval breton... Une semaine plus tard, lors de notre première escale sur l'Amazone, nous en découvrirons encore une colonie camouflée dans le coffre de cordages, au pied du mât. Le jugement sera immédiat et sans appel, la sentence de mort exécutée sur-le-champ !


     La tranquillité et la détente ne reviennent à bord qu'en soirée, avec un petit vent frais issu de la forêt, c'est le retour de la brise de terre. La grand-voile est amenée au cockpit, et le tandem "couturier" se met enfin à l'ouvrage.


     A bord nous avons en réserve plusieurs bandes de tissus de différents grammages, toutes prêtes pour ce genre d'incident. Elles font gagner un temps précieux. Cela me rappelle, encore et toujours, mon bon vieux (maintenant) professeur d'atelier qui nous répétait sans cesse : "un travail bien préparé est un travail à moitié terminé !". Il avait bien raison ce philosophe !


     Notre machine, rustique mais très améliorée depuis celle du Sieur Thimonnier, vient à bout de la laize défaillante en un rien de temps. Déposer et remonter la voile, en fin de compte, nous prend plus d'énergie et de temps que la réparation elle-même. Inutile de vous dire que, cette fois, nous vérifions de nos "quatre z'yeux" le sens des bosses dans leurs violons. Nous connaissons la musique qui en découle et un coup d'archet est si vite donné de travers (!)...


     Le soir, pour regonfler un peu le moral de la troupe, nous ferons une petite entorse à nos habitudes : nous déjeunerons dans le cockpit pour respirer un grand bol de fraîcheur et nous imprégner une dernière fois de la sérénité de la forêt.


     Trente-six heures de navigation pour quinze heures d'escale forcée, la moyenne en prend un sérieux coup sur la route de l'équateur.


     Le lendemain matin, aux premières lueurs du jour, le ciel est dégagé, la ZIC s'est fractionnée pendant la nuit, déchirée par le puissant alizé de l'Atlantique Sud qui se réveille. Il n'y a plus un seul nuage vers l'Est, c'est bon signe. Mais j'ai comme l'impression de m'être déjà dit cela il n'y a pas bien longtemps...!


     Une ombre noire, barrée d'un arc-en-ciel, furtive et silencieuse, glisse sur les eaux boueuses de l'Approuague à la faveur de la marée descendante : Kerguelen reprend sa route. Les perruches jasent au loin dans les pinnots (les choux-palmistes) tandis que les rayonnants ibis rouges reprennent possession de leurs vasières nourricières, domaines des curieux anableps.


     Une nouvelle journée commence, il nous faut quitter la côte et ses dangers au plus vite, l'Amazone nous attend...


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Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...


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Article ajouté le 2005-11-19 , consulté 2056 fois

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