Chapitre 128 - La Fazenda du Père Noël
Chapitre 128
LA FAZENDA DU PERE NOEL
- Bom tarde, todo bem ?
Phonétiquement : "Bôm tardgé", (bonsoir, tout va bien ?) nous saluons par des bonsoirs les deux ouvriers agricoles de la fazenda.
- Nous viendrons demain, amanhâ !...
Nous sommes toujours sur l'Amazone. La ferme de laquelle nous hèlent, avec de grands gestes de bienvenue, ces campônes est située en bordure Sud de l'île Caviana da Fora, juste dans un renfoncement de la côte, protégée par un petit îlot sans nom. Un double îlot, plus exactement, car un iguarapé (canal naturel) le coupe en son milieu. Il est débordé par un immense banc de sable qui s'étire tout en longueur parallèlement à la berge et marqué à sa naissance par des arbres échoués. Ce mouillage offre un abri parfait contre le courant principal du fleuve et les grains convectifs de l'après-midi qui s'élancent de la côte.
C'est là, donc, que nous avons choisi de passer les fêtes de fin d'année et que nous avons donné rendez-vous à Papa Noël. Nous sommes très satisfaits d'avoir trouvé, par chance d'ailleurs, un endroit aussi merveilleux.
La pointe de l'île qui déborde, côté fleuve, à quelques kilomètres un peu plus loin, s'appelle Punta Caridade (la Pointe de la Charité). Eh bien nous baptiserons, comme au bon vieux temps des conquistadores, les deux îlots qui nous accueillent "Las Islas Caridosas" (les îles Charitables) ! En cette période de la Nativité, ce nom est de circonstance, n'est ce pas ? Approuvé ? Baptisées ! …et l'événement est notifié au livre de bord. Sur la carte un petit trait anodin souligne notre position fétiche sur la ligne singulière et toujours invisible d'équidistance des pôles : l'Equateur.
Depuis que nous sommes sur le bras Sud de l'Amazone, nous n'avons pratiquement pas rencontré de cargos. Seulement une grande barge qui transportait, aligné en rangs serrés sur deux étages, du bétail vers la dernière île du delta : Ilha Mexiana.
Contrairement à une idée reçue, la quasi-totalité des navires qui doivent remonter l'Amazone n'emprunte pas son embouchure naturelle, les bras Norte ou Sur , pourtant navigables, mais Os Estreitos . Ce nom curieux désigne un ensemble de canaux étroits et sinueux qui, depuis le rio Para en amont de Belém, rejoignent l'Amazone non loin de la ville de Gurupa. Cette route est beaucoup plus longue que le lit direct et naturel du grand fleuve. Elle contourne entièrement l'île de Marajo. Mais, par contre, elle est sécurisante car bien moins encombrée de hauts-fonds, de troncs dérivants et surtout exempte du fameux pororoca dans son entrée, à l'embouchure du rio Para.
Bien avant de découvrir l'immense trouée dans la forêt qui accueille les pâtures et les glèbes qui y sont attachées nous avions senti, portées par la fraîcheur matinale, des odeurs vagabondes de "bouses de vaches", nous avait précisé Moïse. Ces effluves, très inhabituelles dans la selva grande, remontaient le fleuve au fur et à mesure que nous approchions de cet endroit, choisi par hasard sur notre carte de navigation.
C'est seulement au moment où nous sont apparues les premières prairies que nous avons découvert l'origine de ces remugles. Ils émanaient de milliers de zébus occupant des savanes artificielles encore parsemées d'arbres calcinés.
C'est avec une joie non dissimulée que nous débarquons ce matin-là sur le pacage qui descend en pente douce jusqu'au fleuve. Les enfants sont tout excités de pouvoir courir sur une "pelouse", sans obstacle ou presque, rare plaisir, luxe suprême, dans une forêt envahissante et étouffante...
Les deux hommes qui nous ont salués hier soir nous accueillent d'un air jovial, contents d'avoir de la visite : ici ce n'est pas l'autoroute. Nous les reconnaissons à leur allure paysanne, c'est surtout leur accoutrement qui est bizarre. Ils sont petits, difformes, presque tordus, on dirait deux gnomes surgis de la Kabbale. Le plus "grand", au visage maigre, indéfinissable - il me rappelle un voisin polonais de mon enfance - porte un short informe et rapiécé, un gilet de coton floche lui pleure des épaules, beaucoup trop large pour lui. Quant à son acolyte, mi-dieu, mi-indien, torse nu brillant comme un cuivre, il porte un pantalon de toile épaisse et une paire de bottes énormes qui accrochent mon regard. Les Brésiliens sont réputés avoir de petits pieds, et c'est vrai ! Mais la paire de bottes, elle, fait en pointure, au bas mot ...du 46 !
On ne peut s'empêcher de les observer sans que, rapidement, nous montent jusqu'aux arcades zygomatiques quelques impulsions d'étonnements, pour ne pas dire de rire dissimulé ! Me voyant surpris, c'est lui, "l'Indien", qui entame le premier la conversation :
- Las bottas ? Sim, ha muito serpentes por aqui... Atençao, tas cobras con las vacas... (les bottes ? oui, il y a beaucoup de serpents par ici, il y a des tas de "cobras" avec les bœufs... ). Cette mise en garde est presque inutile, car nous sommes tous les quatre, nous aussi, en bottes ! Elles sont indispensables pour débarquer sur la berge qui n'est praticable qu'à marée haute. Quoique, depuis ces deux ou trois derniers mouillages, le sable tende à remplacer insidieusement la vase, du moins sur cette rive... Ça sent la mer... Dans l'herbe dure et piquante que nous foulons, du capim , quelques exuvies trahissent le passage des cobras . En fait ces "cobras" sont de grosses couleuvres inoffensives, appelées aussi "chasseurs". Elles perdent leur peau en cette période de mue. De toutes manières, nous avons bien agi : chez les paysans, ne doit-on pas s'habiller "paysan" ? Quelle question !
Ayant donc nous aussi la tenue adéquate du campônes amazonien, nos guides nous entraînent jusqu'à leur demeure pour une visite de courtoisie. La maison, une vraie maison avec portes et fenêtres, est construite sur un pilotis servant de corral. Elle possède un toit de tôles ondulées tout autour duquel courre un chêneau de plastique qui disparaît, tel un anaconda, dans une grande cuve de béton : réserve toujours pleine de l'indispensable eau potable. Nos braves compagnons, qui vivent seuls et isolés du reste du monde, nous commentent avec une étonnante sagacité leur domaine...
- C'est à cause des bestioles, commencent-ils, en montrant les piliers supports de la plate-forme... En haut, c'est mieux, plus frais, plus propre et d'ici...
Nous escaladons une rampe abrupte, faite de rondins disparates et glissants, plutôt inadaptée à une démarche bipède, mais...
- ...Regardez, d'ici on peut tout surveiller, une véritable tour de contrôle, non ? Là-bas, vers le fleuve, on voit de très loin quand "ils" viennent.
Nous, on ne sait pas qui "ils" sont, mais ils sont importants, vu le ton soutenu...
- Quand "ils" viennent livrer du bétail ou bien chercher les bœufs pour l'abattage, renchérit " l'Indien ". On n'a pas besoin de radio... (sous-entendu radio émetteur, la CB remplaçant très souvent le téléphone en Amérique du Sud).
- Ici, le long des arbres, il y a la piste d'atterrissage, quand les fazendeiros , arrivent en avioneta ... Ils habitent Belém !
Nous comprenons maintenant l'importance des "ils" : ce sont les propriétaires, les patrons. Effectivement, on devine une bande de terrain plat, plus ou moins "déssouchée" mais balisée. Une série de troncs coupés, presque alignés, traînés sur le bord, laisse entrevoir cette surface dégagée qui sert d'aire d'atterrissage. Chaque ferme d'ailleurs, chaque fazenda , ici, dans le delta de l'Amazone, possède ainsi sa piste d'aviation, rustique mais fonctionnelle...
- Il y a des voisins, des gros propriétaires ...des grands propriétaires, reprend le "Polonais" (nous saisissons la nuance, vu leur taille...) qui viennent même en hélicoptère !
Moi qui suis également amateur d'hélico, je m'évade aussitôt dans des rêveries fantastiques. Je m'imagine être ce cow-boy fortuné, coursant au manche cyclique de son Jet-Ranger son bétail égaré.../... Mais non, ...nous avons sauté un siècle ! Flash-back.
Au point de vue ressources, évidemment, en cette Latine Amérique, il y a des fortunes colossales, c'est certain. Mais le travail l'est aussi, et sans le concours de puissantes machines, il serait bien illusoire de croire à une quelconque domestication de la forêt ou de la terre, qui suinte ici son sang dans la rubéfaction. Elle reprend si vite ses droits que seule une perpétuelle course contre le temps peut la maintenir dans un état de soumission productive. Et dans ce domaine "temporel" la technologie moderne, exclusivement, peut faire plus vite que la nature ! Il faut donc des vaqueros , il faut aussi des fazendeiros, et eux seront toujours les nantis...
Nos hôtes, intarissables, nous entraînent sur le chemin de ronde de leur "château fort"...- Là-bas, dans le potager, poursuivent nos fieffés voyeurs, nous avons de tout... Et puis, jetez un œil, la terrasse ceinture complètement la tour, nous pouvons surveiller tout le bétail... (je vous le disais que c'était un château fort !). S'il y a des bêtes malades ou blessées, on repère vite les charognards. On surveille aussi les veaux ...et les voleurs de novilhos !
- Il y a des voleurs ici ? lançais-je d'un air maladivement comico-dépressif... Mais, il n'y a personne !
- Non ! Enfin, oui !... Silence gêné... Oui, les Marajoaras - l'une des plus ancienne civilisation d'Amazonie : 4000 ans d'existence ! - les Indiens viennent chasser de ce côté du fleuve, alors, quand ils ne trouvent pas de gibier.../...
Un silence interrompt une accusation honteuse qu'ils n'osent pas formuler de vive voix !
- Et puis, reprend-il, il y a aussi les fermiers d'à côté.../... Ils viennent se servir chez nous quand ils ont perdu des bœufs.../... Sans parler des cuguacuaras, les pumas...
Nouveau silence gêné...
C'est à l'interlocuteur de trouver la vérité, de tirer les conclusions, chacun défend en son âme et conscience son hypothétique version. Tout cela est raconté avec des sourires et une naïveté complice... La crédulité dévote de celui qui voudrait se convaincre que, si les Indiens viennent chasser, c'est parce qu'ils n'ont rien à manger... Que les voisins ont vraiment reconnu leurs zébus égarés dans le troupeau d'à côté... Le récit, ponctué de vides suspensifs, sent la mascarade à peine déguisée. Un ange passe ...nous laissant peser cette charge de travail qui les écrase, ce destin incontournable de pertes ...ou de profits !
Quelques dix jours plus tard, en visite sur l'île voisine de Marajo, nous aurons l'occasion de discuter avec l'un de ces grands propriétaires de fazenda . Ce "Négus" de la vache blanche, et non sacrée, nous confiera en remontant à bord de son avion, un joli Cessna Centurion : - Ce sont nos ouvriers qui volent le bétail, ils organisent tout entre eux. La dernière saison, j'ai perdu peut-être 20 ou 30 têtes... Enfin perdues, pas vraiment. Non, abattues, débitées, revendues sur place, en une nuit ils arrivent à écouler un bœuf entier, quelquefois deux. Ils s'arrangent avec les Indiens du fleuve, ils se paient en viande et, croyez-moi, ils sont bien payés... Des caçadores furtivos, (littéralement : des chasseurs de l'ombre !) je vous le dis, des voleurs, tous des braconniers ces vaqueros.
Ce son de cloche, évidemment, est bien différent de celui de nos campones avec qui nous nous trouvons en ce moment. Où est la vérité ? A mi-chemin des deux versions ? Probablement ! Nous dévalons la pente "casse cheville" du donjon pour aller visiter le potager. Nous découvrons l'intérieur de ce que nous avions cru être, de loin, une réplique de Fort Alamo…
Le terrain vivrier est clos par une palissade hermétique de pieux aiguisés. Impossible de passer une main entre deux rondins. On saisit toute l'importance de cette fortification féodale contre les animaux et ...les chasseurs égarés ! En passant près de l'entrée notre dieu indien, un caboclo, a saisi une chose bizarre à deux roues, lointaine ancêtre de notre brouette. Au fur et à mesure que nous passons dans les rangs son collègue le "polonais", qui ressemble plus à un prisonnier évadé de Tréblinka qu'à un jardinier (même brésilien), la charge de légumes. Ce sont les plus beaux et les plus variés que nous n'ayons jamais vu de notre existence. Absolument !
Foi d'un abonné de Rustiqua - ou de Rungis-matin, c'est au choix - je vous l'assure... Carottes, tomates, patates douces, choux, aubergines, courgettes, concombres, cristophines pleuvent sur le tombereau qui disparaît sous un arc-en-ciel légumineux. Le fardier est près de s'effondrer lorsque les deux compères, ensemble, apportent un énorme giraumon, on dirait un pneumatique de tracteur, qu'ils déposent par-dessus le tout, comme pour couronner l'opération des halles !
"Saint Coluche", si seulement tes restos du cœur n'étaient pas si loin, nous pourrions t'offrir cette corne d'abondance, la quintessence de ce terroir ! Hélas...
- C'est pour faire la soupe de Noël, concluent-ils d'un air particulièrement satisfait.
Nous remercions en bredouillant, nous bredouillons en remerciant, on ne sait ni que dire ni que faire devant tant de générosité... On dirait la hotte du Père Noël. C'est certain, ce "château fort" est la fazenda du Père Noël !...
- Où va-t-on mettre tout cela ? Me susurre Marie-Claude, nous n'avons pas de place.
C'est malheureusement vrai, nous avons fait notre réserve de nourriture à Macapa avant de partir, logique, non ? Tant que nous étions sur le fleuve nous pouvions nous charger un peu plus, mais maintenant que nous approchons de la sortie, de la mer, le bateau doit rester navigable, équilibré, manœuvrant, "clair" dit-on dans la marine à voile... Du coup nous redevenons des marins pointilleux, mais aussi de raisonnables consommateurs qui ne pourront jamais stocker, conserver, qui plus est manger tout cela, c'est évident !... Ils insistent.
Cette offrande démesurée nous gêne beaucoup. Dans ce même pays, mille kilomètres plus loin dans le Sertao, des gens meurent de faim. Nous, on ne peut s'empêcher d'y penser. Plus loin encore, l'Afrique, l'Inde, l'Asie... Il y a cinq continents, hé bien, l'esprit fait le tour de la planète en cinq secondes... Quel dommage ! Mais quoi dire, que faire ?...
Rentrant au bateau, après cette enrichissante promenade, nous nous répétons sans cesse, intérieurement : c'est trop, c'est trop !
Trop, on n'a plus que ce mot à la bouche ! Même après avoir fait le tri, c'est encore trop ! On ne peut s'empêcher d'avoir un œil extrêmement critique. Les tomates sont trop fragiles, le giraumon est trop gros, on trouverait presque le chou trop rond ou les aubergines trop violettes... Les Brésiliens ...trop bons et nous ...trop cons, peut-être ?
Nous sommes pourtant convaincus que ces gens donnent sans attendre de retour, par gentillesse naturelle, pour le plaisir... Nous, nous avons l'habitude d'acheter. On compare, on calcule, on rentabilise, on trie, on choisit et on achète. Toujours en bas de la page ou de la liste : c'est l'addition. Nous payons ! Triste logique de notre éducation de consommateur exigeant. Mais quel bonheur de remplacer ces mots par : donner, échanger, troquer, offrir, partager... Des mots devenus si rares dans notre langage individualiste de gaspilleur. Nous redécouvrons ces verbes que ces gens simples savent conjuguer, eux, en pratique...
Demain sera un Noël "végétal"...
Dans le fleuve, à cet endroit, il n'y a pas de poisson, nous ont dit aussi les vaqueros, sauf une sorte de petite dorade, des pérépitingas, de la famille des piranhas, mais difficile à pêcher. Ce qui confirme le menu du réveillon : végétarien !
En fin d'après-midi les enfants dressent la crèche et décorent le bateau comme le veut la coutume à bord de Kerguelen. Des cannas ramassés dans la forêt dégagent un arôme suave et donnent une note champêtre à la fête. La veillée commence : chants, musiques sacrées accompagnent le réveillon. Chacun pensera à disposer ses plus jolies chaussures devant un bouquet de feuilles de cycas, sorte de palmier nain de la forêt, c'est notre "sapin" de Noël.
La nuit tombe sur l'Amazone...
Au réveil, comme chaque année, même si loin sur l'Amazone, le bon Père Noël nous a trouvés. Jouets, surprises, cadeaux, tout y est. Anne est ravie et veut ouvrir tous les paquets.
C'est Noël !
En guise de dégourdissement, après déjeuner, nous allons à terre offrir quelques gâteries à nos veilleurs des frondaisons. Ils nous retournent en cadeau une bouteille de Guarana . C'est une boisson traditionnelle du Nord-Est brésilien, faite avec une sorte de noix de palmier particulier à cette région. Les enfants ont grande envie de se baigner, il fait chaud, mais surtout une jolie petite plage de sable blanc s'est découverte à marée basse. Nous sommes réticents car bien souvent prés des élevages il y a des piraïs (piranhas) et des gymnotes... Pourtant nos deux gardiens nous affirment que dans ce petit bras-ci il n'y a absolument aucun danger et que les enfants peuvent s'y baigner sans crainte. Ce qu'ils font aussitôt ! Moïse a pris aussi sa planche de "skim", et le voilà parti dans de longues glissades sur les plaques de vase, voisines...
Le reste de l'après-midi nous allons nous promener dans les herbages qui longent la forêt. Sur la piste nous découvrons un oiseau inconnu pour nous mais magnifique : " Uma girandola " me dit le "polonais" qui me fait signe de m'accroupir. (Nous ne savons toujours pas comment s'appellent nos compagnons, et nous ne le saurons jamais d'ailleurs, mais cela n'a pas vraiment d'importance...)
La girandola est une sorte de paon sans traîne mais qui fait tout aussi joliment la roue en déployant ses grandes ailes ocellées et en relevant sa queue en éventail. Campé sur de grandes pattes, il a l'allure générale d'un dindon mais il est plus fin et surtout plus joli. Il ressemble à une mosaïque arabe. Ses plumes, qui ignorent bizarrement le bleu et le vert, sont bariolées de toutes les autres couleurs et déclenchent un kaléidoscope de nuances en passant dans les rayons de soleil qui filtrent de la forêt... Une beauté exquise de perfection...
Plusieurs de ces volatiles sont dans les quebrachos et les fromagers proches, mais un seul est posé sur le sol. Tout le monde s'est arrêté net près d'un arbre couché ...attentif. L'oiseau se met à danser et à tourner sur place en claquant du bec, comme ferait une danseuse de flamenco jouant des castagnettes. L'image n'est pas exagérée, cet artiste est vraiment une girouette de feu d'artifice, très justement nommée : une girandole ! Nous ne trouverons que beaucoup plus tard, et tout à fait par hasard, le véritable nom (français) de cet oiseau superbe, dieu de la danse et de la lumière : le caurale soleil.
Pendant la semaine qui suit, le carré de Kerguelen se transforme en classe studieuse, Amazone ou caurale, fazendeiros ou Noël, le travail scolaire doit se faire... Les enfants, qui suivent depuis des années déjà les cours par correspondance du CNED, doivent préparer les devoirs que nous enverrons dès la prochaine escale. Tout le voyage s'organise d'ailleurs ainsi autour des cours que l'on reçoit, souvent en retard, des devoirs, que l'on expédie toujours en vitesse, et des corrigés que l'on attend parfois en vain !
On ne peut sacrifier l'éducation des enfants sous quelque prétexte que ce soit, mais ce travail nous enlève une bonne part de notre énergie. Deux à trois heures chacun, par jour, sans discontinuer leurs sont consacrées !... Les jours de navigation difficile on écourte le temps de travail, mais c'est autant de surcharge pour le lendemain ou pour l'escale à venir. C'est incontestablement la chose la plus pénible d'un long voyage en bateau avec des enfants.
Pour Anne également il y a un cours spécial pour handicapés, élaboré par le Centre de Lyon. Sa maîtresse suit avec une attention toute particulière le voyage de son élève autour du monde, elle nous aide bien, nous encourage et nous lui en sommes très reconnaissants...
De la dernière promenade à la "Fazenda du Père Noël" nous rapportons, encore et toujours, des légumes multicolores avec en plus, cette fois, un panier de gousses de tamarin que nous avons ramassées dans une savane voisine. Il faut les trier car nous les avons récupérées par terre, néanmoins une bonne moitié d'entre elles sont pleines d'une gelée pâteuse, délicatement sucrée. Un vrai dessert de gourmet qui viendra garnir le gâteau que Cloclo nous a fait pour la Saint Sylvestre.
Lorgnant les zébus qui déambulaient bien dodus, nous avons pensé plus d'une fois à un savoureux steak bien grillé... Mais la saison, la lune peut-être, n'était pas la bonne, et nous avons seulement rêvé à nos côtelettes ...en "ruminant" nos belles plantes potagères ! Le premier de l'an sera fêté tout aussi dignement, marquant la fin de notre séjour sur le fleuve des "Belles Amazones" qui firent tellement peur à leurs découvreurs... Il faut partir, la route est longue...
Une petite escale d'une journée à l'île de Machadinho marque les retrouvailles avec la grande bleue et le passage définitif dans l'hémisphère Sud.
Kerguelen n'a encore jamais été aussi près du Cap Horn !
Suite du livre... Chapitre 129...
Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...
Podium des sites annuaires pour le nombre de visites sur notre Blog...
2) http://www.annuaire-blogs.net/

Commentaires