Le Trésor Des Kerguelen

Chapitre 136 - Nos Amis les Portenos

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Chapitre 136


NOS AMIS LES PORTENOS

 

 

     - Moïse !... Dis-moi le numéro de la bouée !

     - Attends, je ne vois pas encore... 50... 57... 57,5... Oui c'est bien ça : 57,5. C'est le  PK 57,5.

     - Bon, O.K., le "Lesbury" est passé, la prochaine maintenant c'est ...le "Louis" ou bien le "Don Américano". Il faudra surveiller aussi la "Chata 916" sur tribord, avec la renverse de la marée on va certainement partir plus au Nord !


     Non, non, les amis, ce n'est pas un langage codé ni secret que nous nous amusons à utiliser en famille. Ce serait presque un grand jeu pisté... Nous sommes en train de traverser le Rio de la Plata... Et nous nous repérons d'une épave à l'autre !


     A Colonia del Sacramento, en Uruguay, nous avons demandé conseils aux plaisanciers argentins présents dans ce petit port "frontière". Tous nous ont donné les mêmes tuyaux pour traverser le Rio, à savoir ...viser une épave, venir la reconnaître grâce aux numéros des bouées, et continuer jusqu'à la prochaine ! Ainsi, d'épave en épave on atteint le chenal "Mitre" qui est dragué à profondeur constante et bien balisé. Là, il n'y a plus qu'à prendre le bras Norte qui amène directement au port de Buenos Aires. Ce qui paraît très facile sur le papier, ne l'est pas autant sur l'eau : c'est à dire dans la pratique...


     Nous appréhendions un peu le moment de cette traversée du Rio de la Plata, immense estuaire, endroit "pourri" pour la navigation de plaisance ! Pourri parce que truffé de pièges ! Plus de 500 épaves de toutes origines sont éparpillées dans cet entonnoir démesuré qui constitue l'embouchure commune des fleuves Parana et Uruguay. La raison de ces épaves, ce sont les innombrables bancs de vase et de sable qui parsèment les fonds, mais aussi les tempêtes. Des "fonds" dont la profondeur varie, si j'ose dire, entre 2 et 5 mètres !... Pour agrémenter le menu vous ajoutez quelques forts courants de marée, une eau ayant la transparence du chocolat, et vous obtenez le bon petit déjeuner qui agrémente notre matinale traversée ! Vous serez d'accord avec moi : il y a quand même de quoi se tourmenter la cafetière avant de se lancer dans la "Plata". Plata voulant dire assiette (entre autres) en castillan ; voilà, nous avons fait le tour de la batterie de cuisine ! Si je vous disais, en dessert, que le balisage est très sérieusement malmené par les tempêtes, vous ne me croiriez pas ! Alors je ne vous le dis pas ! Mais il n'empêche que...


Bon appétit !


     Aujourd'hui, le temps est clément, le ciel est bleu, le vent est agréable. Après avoir consulté nos Oracles, nous nous lançons dans la marmite. Nous voici donc à chercher les épaves cachées dans la soupe ! Après tout, 35 nautiques de navigation, même à travers un cimetière marin, ce n'est pas la mer ...à boire ! Les épaves passent et sont cochées sur la carte (du menu!) les unes après les autres.


     Tiens, ici il manque une bouée... Tiens, là il n'y a plus rien, mais on remarque tout de même à la surface de forts remous qui indiquent la présence du gisant ! Nous avons également mis en veille notre sondeur, mais il est évident que ses alarmes ne seront pas d'une grande utilité... La vigilance visuelle de tous doit redoubler !


     Nicolas, Traverso N°19, Don Sebastian, La China, Barcaza 1013, R. Santiago, les épaves se suivent et ne se ressemblent pas ! Ici, ce sont des poutrelles métalliques informes qui sortent des eaux boueuses. De ce côté, c'est une caldera (chaudière) qui vient rappeler, par ses grandioses cheminées, la belle époque... De l'autre, un mât de charge émergeant des flots tel un éperon... Là... Ah ! Qu'y a-t-il ? Justement, que dalle ! Il n'y a plus rien du tout pour marquer le danger... Y en a-t-il encore du danger ? Certaines d'entres elles ont plus d'un siècle maintenant ! Existent-elles encore ? Nul ne peut répondre à cette question...


     Au moment où nous apercevons les premières bouées d'atterrissage des chenaux de Buenos Aires, une vedette rapide arrive sur notre arrière. C'est un armement argentin de transport de passagers. Nous la reconnaissons, elle était à quai dans le port de Colonia. C'est le genre de bolide monté sur hydrofoil qui vous rase les moustaches sans que vous ayez eu le temps de faire un petit bonjour amical aux passagers ! Cet insecte bizarre et bourdonnant comme une mouche tsé-tsé s'appelle un hydroptère, pour un francophone, et "un aliscafo" pour un argentin. Pour nous, ce sera la "flèche argentée" ! Eh oui, elle traverse la "Plata" en un peu plus d'une heure seulement : une flèche ! Et plata veut dire aussi "argent" en espagnol...


La Flèche Argentée nous a avalé !


     Au moment où nous atteignons le canal Mitre la quille de Kerguelen touche quelque chose, enfin le fond, quoi ! Ça y est… On est en train de s'en crocheter une, "d'épave" ! Non ? Peut-être pas, car le choc n'est pas violent… Il est même assez amorti, comme si nous avions plutôt heurté un banc de vase. Il fallait bien se planter avant de toucher l'autre bord...! Sur le coup on se demande quand même si l'on ne ferait pas mieux de rejoindre l'entrée extérieure du chenal. Mais ce long crochet nous obligerait encore à traverser une vaste zone à "deux mètres de profondeur". Nous avons deux mètres (c'est à dire sept pieds ...et le pouce) de tirant d'eau... Suffit !... On décide de poursuivre et de forcer le passage vers le canal. Finalement tout se passe bien. Nous nous retrouvons entre les alignements de bouées, il ne reste plus qu'à les suivre, ces boyas, jusqu'au port. En fait nous pensons avoir touché un des tas de boues déversées par les dragues qui travaillent sans relâche dans les nombreux et longs chenaux d'accès du Rio.


Nous atteignons l'entrée des darses à la tombée de la nuit.


     Les gratte-ciel se découpent en ombres chinoises devant le soleil couchant qui plonge sur la capitale fédérale. Le ciel est toujours serein, le coup d'œil grandiose. Il couronne de joie cette belle journée de navigation, un tantinet tendue et angoissante cependant.




Nous voici installés dans le bassin du Yatching Club Argentino.


     La marina qui nous accueille ici est située au cœur même de la capitale argentine. On ne peut rêver meilleur emplacement pour se mettre dans l'ambiance d'une ville et, bien sûr, effectuer les formalités inhérentes à l'arrivée dans un nouveau pays. Il ne nous faut pas plus de dix minutes de marche à pied pour nous trouver en plein centre ville ! Le club-house du Yatching Club est du plus pur style "vieille marine anglaise". Le bâtiment, construit en pierre de taille, date des années trente. Le personnel est on ne peut plus serviable et sympathique. Le téléphone est à notre disposition, et si nous avons besoin de quoi que ce soit, il suffit de claquer des doigts, nous a-t-on dit… Nous nous sentons devenir des Seigneurs ! Nous découvrons avec beaucoup de plaisir la qualité première du peuple argentin : la gentillesse.


     Nous mettons à profit notre situation de proximité pour faire le maximum de démarches administratives... Ambassades, consulats, postes, banques, agences... Toutes les officines nécessaires aux routards sont passées en revue et notre intégration dans le monde argentin s'effectue très facilement. Nous avons aussi fait connaissance avec les porteños, les habitants de Buenos Aires... Parmi eux Tony Lopez et Aurora, des vagabonds hauturiers que nous avions déjà rencontrés en Uruguay... Ils nous invitent à une petite réception faite par le cercle des Hermanos de la Costa, les tout-puissants Frères de la Côte. Nous voici enlevés, intronisés en otages consentants, dans un club de la Zona Norte, le Club Victoria...


     L'assado traditionnel argentin grille son pesant de bœuf tandis que les meilleurs crus des régions de Cuyo ou de Mendoza nous font (re)découvrir que le bon pinard n'est pas l'apanage de la France ! Nous nous délectons de viande grillée, tandis que nos amis les porteños, eux, savourent nos aventures... Mais une soirée est bien trop courte pour raconter treize années de voyage, trop éphémère aussi pour faire connaissance avec tous nos nouveaux amis... Nous leur promettons de revenir bientôt ! En attendant, nous nous sommes liés d'amitié avec plusieurs d'entre eux...


     La tournée "administrative" terminée, nous décidons de quitter le port de Buenos Aires pour nous rendre en "banlieue", et retrouver nos amis porteños de la Zona Norte del Tigre.


     Cela fait déjà quatre jours que nous reportons, chaque matin, notre départ... Il faut dire aussi qu'un bon coup de pampero traverse le Rio de la Plata. Bien sûr, dans ces conditions, il est difficile de partir en navigation dans l'estuaire ! Nous patientons dans la belle petite marina du Yatching Club Argentino. Au-dessus de nos têtes les orages crachent leurs averses de grêle, un vent puissant balaye les pampas... En observant le fleuve, ce quatrième jour, nous nous apercevons que la tempête a notoirement élevé le niveau des eaux du Rio.


Ne serait-ce pas une aubaine pour nous ?


     Assurément que oui ! Alors nous décidons de ne pas attendre la fin du coup de vent. Lorsque Kerguelen quitte la darsena Norte, les autres plaisanciers, yatchmen émérites du tout Buenos Aires, nous regardent curieusement... "Locos, los franceses !" Ils sont fous ces français... C'est vrai que le vent souffle encore très dur (45 nœuds), il fait froid, mais le soleil revient, nous sommes dans le pampero limpio. Le niveau du fleuve est à son summum, pour nous c'est le meilleur moment pour rejoindre la banlieue sur la rivière del Tigre.


     Nous suivons la côte par un ancien chenal, devenu invisible dans beaucoup d'endroits, mais, puisque la tempête a fait monter le lit du rio le passage devrait être plus praticable... Kerguelen file à toute allure en remontant la Plata... La quille rase le fond en permanence, elle accroche aussi deux ou trois fois, mais ça passe. Nous voici bientôt arrivé dans une petite marina bien sympathique que nous connaissons déjà : le Club Victoria. El Señor intendente  Valentín nous accueille. Kerguelen s'installe dans son nouveau décor... Toute cette Zona Norte de Buenos Aires est une vaste campagne résidentielle. Réparties sur sept communes adjacentes, près d'une centaine de marinas et de clubs regroupent la quasi-totalité de toute la navigation de plaisance d'Argentine... Kerguelen se retrouve au milieu de ses frères. C'est dans ce paisible décor champêtre, entre les doux saules pleureurs et les fiers peupliers, qu'il passera l'hiver.


     Puisque nous avons traîné comme des écoliers tout le long du chemin de ce grand continent Sud-américain, nous n'avons plus qu'à attendre la saison suivante pour continuer la classe, enfin la route, vers le Horn ! Nous mettrons à profit cette pause pour aller saluer nos familles en France, et moi me replonger un peu dans mon cher milieu de l'aéronautique... Au lieu de m'occuper des profondeurs, les navigations aériennes me feront plancher sur les altitudes ! Mais au fond, c'est exactement la même chose.

 


     Les distances, aujourd'hui sur la planète, ne se comptent plus en kilomètres mais en heures de jets ! Eh bien quelques heures de jets long-courriers et nous voici à nouveau sur le sol argentin ! Kerguelen nous a sagement attendu.


     L'heure est au toilettage, et toute la famille s'active sur la carène. Nous avons retrouvé, également en carénage, nos amis suisses d'Elena. Nous faisons connaissance avec Jean Paul Bassagé, c'est un ancien officier de la Calypso ; il fait le check-up de son "Ksar". Tout le monde est au labeur sur le ventre de sa monture qui doit retrouver la glisse facile, l'allure fière et rationnelle de voiliers hauturiers en partance pour le Horn...


     Moïse s'absente souvent pendant les longs préparatifs du bateau ; il trouve les chicas argentinas nettement plus intéressantes que la barbouille d'un rafiot. Nous, nous avons aussi fait connaissance avec une famille fort sympathique, les Sancho qui sont socios du club Victoria. Jorge et Gloria nous invitent souvent chez eux. Ils habitent, avec leurs trois garçons, un joli quartier de la capitale fédérale. Depuis San Isidro il ne nous faut guère plus d'une demi-heure d'autorail et deux poignées de minutes dans le folklorique subte antédiluvien (le métro), pour rejoindre le centre ville. Nous sommes devenus de vrais banlieusards. Qui plus est, parcourant cette grande et magnifique cité, par ses jardins, par ses bâtiments à l'architecture napoléonienne, on se croirait vraiment en plein Paris ! Dès le soir venu, l'avenida Florida vous invite aux mille plaisirs de la nuit... Depuis le lèche-vitrines, aux enivrantes volées de tango, en passant par les très nombreux cinémas et cabarets, Buenos Aires est bel et bien la ville qui ne dort jamais !


Nos amis porteños nous font découvrir toutes les finesses de leur belle cité...




     Lorsqu'on parle de l'Argentine, en plus du tango et du futball, on pense immédiatement aussi à gaucho ! Beaucoup des émigrants, européens, qui arrivèrent en masse en Argentine au siècle dernier, devenaient des éleveurs de bétail, ces fameux gauchos...


     Les Pampas regorgeaient de bœufs sauvages, des millions de têtes !!! Seulement quelques couples de bêtes avaient été amenés deux siècles plus tôt par les frères Boez, émérites navigateurs portugais. Ayant proliférés, il n'y avait plus qu'à domestiquer tous ces bestiaux pour devenir fortuné. La Pampa, vaste et riche prairie plus grande à elle seule que la France entière, couvre tout l'arrière pays de Buenos Aires... Les habitants de la capitale demandent à manger ? Eh bien, il n'y a plus qu'à alimenter le circuit. Aujourd'hui, ce sont 22 000 têtes de bétail qui sont abattues chaque jour dans la capitale !!! Ne vous demandez pas ce que vous allez avoir au menu : de la viande de bœuf, la meilleure que vous n'aurez jamais goûté de votre vie. A l'heure du déjeuner, Buenos Aires devient une immense parillada !


     Si l'on élève beaucoup de bœufs, il y a beaucoup de gauchos... Dans ce pays, c'est une véritable vocation que d'appartenir à cette noble caste. C'est aussi l'image même de l'Argentine. Qui n'a pas vu un jour cet emblème : un gaucho sur son cheval ? Indissociables, le gaucho est à l'Argentine ce que le cow-boy est au Texas : un éleveur, un gardien de troupeaux. Cette figure de la campagne fédérale est légendaire ; elle incarne parfaitement les qualités, les racines de toute âme argentine : courage, force, fierté, fidélité, noblesse...


Qui dit gauchos dit aussi rodéos...


     Moïse, qui a poursuivi les chicas (les filles!) jusque dans la pampa provinciale, nous raconte l'un de ces prestigieux spectacles de rodéos...


    Dès le matin les parillas (barbecues) commencent à fumer ; c'est bon signe. Avec l'arrivée des visiteurs la musique tendre monte des groupes de cavalleros grattant leur guitare. Bardés de cuir, de lassos, de bolas, de chapeaux feutrés et de ferrures argentées, leurs tenues sont empreintes de virilité, de grâce, tout comme leurs chevaux : fidèles compagnons de tous les jours. Les jeux peuvent alors commencer.


On y trouve toutes sortes de courses et de défis...


     La carrera cuadrera : c'est une course rapide effectuée sur un parcours carré. On y fait des paris mais il est de bon ton que ce soit le maître de l'estancia qui gagne... Il y a la carrera de sortija : c'est un peu le même genre de course, à fond la bride, mais là, il faut enfiler une aiguille dans un anneau pas plus gros qu'une alliance. Un défi aux lois physiques de la nature...! Vient la rienda où le jeu consiste tout simplement à faire un slalom, aller et retour, entre une dizaine de poteaux... Tous les coups sont permis pourvu que l'on gagne. Déconseillés aux damoiseaux ces jeux, sûr. Puis la Doma de potros : encore un jeu viril où il est question de montrer aux autres que l'on est capable de tenir plus de dix secondes sur le dos d'un canasson sauvage ou d'un taureau tout aussi hargneux. Bien évidemment on ne se tient que d'une main, sinon ce serait trop facile, voyons ! Les cris de frayeurs ne manquent pas dans le public car les pirouettes des cavaliers sont spectaculaires, tout autant que celles des montures en folie... D'étonnantes démonstrations de bolas suivent... Saisie d'un taurillon au lasso... Marquage des bêtes après placage au sol à la volée... Des occupations de cavalleros, de chevaliers, sans aucun doute possible.


     Pour clore la journée, après la gigantesque parillada, on se lance dans une bonne partie de pato...


Ah, le pato...! C'est le sport national argentin...


     Comme les gauchos passent leurs journées à cheval, il fallait s'y attendre, ils inventèrent une sorte de football mais à cheval, évidemment : c'est le pato ! Puisque c'est au cavalier (et non pas au bourrin) de taquiner la balle, eh bien on lui a mis des poignées à cette balle ! Ce n'est pas plus compliqué que ça. La balle se transforme donc en pato (pato : canard, parce qu'à l'origine, c'était un vrai coin-coin qui se débinait sur le terrain... ) De nos jours cette grosse balle est recouverte d'une peau de cuir garnie de six poignées. Le but de l'équipe, constituée de quatre cavaliers, est de jeté le pato dans le cerceau de l'équipe adverse. Les parties sont assez courtes, huit minutes. Les "mi-temps" suivent presque au même tempo ; elles permettent le repos ou le changement de monture. Deux arbitres, juchés aussi sur leurs chevaux, surveillent le bon déroulement des six périodes. Au même titre que notre sempiternel "tour de France" cycliste, les grandes parties de pato sont immanquablement retransmises sur le petit écran ! Je vous dis, c'est l'attraction nationale ! Le terrain de jeu étant le double de celui d'un terrain de foot, la place ne manque pas pour les spectateurs ni les supporters, tout aussi nombreux qu'au ballon rond...


     Moïse s'aperçoit que même les demoiselles, nos fameuses chicas, s'intéressent de très près à ce sport violent. Mais il ne saura pas si ce sont les chevaux, les cavaliers ou encore les spectateurs qui les attirent le plus ! Au fond peu importe, mais si vous passez dans le grand Buenos Aires le jour du Dia de la Tradición ( le 10 novembre), il ne faut pas rater la fête des gauchos : c'est une bien jolie et spectaculaire parade !


     La fin des travaux sur Kerguelen sonne le rassemblement des équipages. Nos amis Guido et Jean-Paul sont déjà partis vers Ushuaïa. Nous, nous voulons repasser une dernière fois de l'autre côté du Rio de la Plata. Ce n'est pas que le pointage des épaves nous manquent, non ! Nous voulons simplement profiter du début de ce nouvel été sur les magnifiques plages uruguayennes...


     Nous quittons Buenos Aires et nos amis les porteños beaucoup trop vite, pour eux comme pour nous, mais la saison, elle, n'attendra jamais... Décidément, je ne sais pas si cela arrive aux autres, à vous, mais pour nous les Kerguelen, il nous manquera toujours une heure pour clore une journée, un jour pour boucler la semaine, une semaine pour finir le mois, un mois pour terminer l'année... Nous vivons vraiment dans une autre dimension.


      Le temps... Le temps ? Le temps !


     J'emprunterai une citation de Macédonio Fernandez, écrivain argentin, pour illustrer notre sentiment au moment des adieux, et le titre de ce chapitre...


"Buenos Aires est la seule ville qui justifie qu'on la fuie, qu'on fasse le tour du monde, et qu'on y revienne."


     C'est exactement ce qu'on est en train de faire, car on retournera les voir, …nos amis les Porteños.


Suite du livre... Chapitre 137...


Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...


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Article ajouté le 2005-11-20 , consulté 1994 fois

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