Chapitre 204 - L'archipel de la Perle Noire
Chapitre 204
L'ARCHIPEL DE LA PERLE NOIRE
Anne est folle de joie. Elle retrouve des petites copines pour jouer, courir, se baigner et profiter pleinement de cette pause sur l'atoll d'Hao !
Ce matin, d'un geste naturel, traditionnel, les enfants ont confectionné des couronnes de fleurs tissées sur des nervures de feuilles de cocotiers et de pandanus. Sur ce tressage de verdure ils piquent des fleurs de frangipanier, nono, laurier rose, tiaré, bougainville, tamanu, en fait, tout ce qui possède des fleurs y passe. Leurs couleurs et leurs formes sont aussi variées qu'originales.
À peine débarquées, Marie-Claude et Anne reçoivent avec une certaine émotion leurs colliers parfumés ! Elles deviennent "vahiné" devant l'éternel Tiki, le puissant Dieu Maohi. Les hommes ne sont pas en reste, non... Les garçons, dès le lever du soleil, sont allés ramasser des coquillages et nous les offrent en guise de bienvenue. Porcelaines, cônes, nacres, bénitiers, olives, cérithes, casques, sept-doigts... On ne sait plus lesquels regarder, certains sont nouveaux pour nous ; c'est à celui qui aura le plus beau !
L'accent tahitien est vraiment surprenant et on ne peut s'empêcher d'avoir un petit sourire étonné en écoutant parler les enfants. Ce qui est amusant aussi c'est de constater que, sans le vouloir, nous nous mettons à imiter leur façon de parler !
- Non, ce n'est pas l'accent tahitien, c'est l'accent Tuamotu !
Plusieurs gamins nous ont fait la remarque, presque en même temps... Nous n'aurions pas imaginé qu'il puisse exister un tel distinguo. Mi-africain, mi-berrichon, leur manière de rouler les "r" est très inattendue. A les observer nous découvrons aussi la beauté de leur métissage qui donne ce côté si charmant au type polynésien. Pour eux, nous sommes des popaa, des blancs étrangers qui excitons leur curiosité. L'étranger suscite toujours de l'intérêt, nous l'avons vérifié maintes fois. Les enfants ne nous quittent pas d'une semelle. Ils nous envahissent et nous "saoulent" de mille et une sollicitations !
Notre regard se tourne vers le lagon ; il est d'une couleur attirante, tendre, pure...
Nous ne pouvons résister plus longtemps à l'envie d'enfiler nos "barbotines" et nos "aquariums", comme diraient nos amis québécois, qui sont remisés au fond d'un coffre depuis les dernières plages uruguayennes. Après ces mois de navigation dans le froid et la glace nous sommes très impatients de retrouver les plaisirs de la plongée en eau claire et chaude. Précipitation générale sur le pont ! Un gage au dernier qui sera dans l'eau… Nous découvrons émerveillés les beautés de la flore et de la faune d'un lagon polynésien.
L'eau turquoise est cristalline, fraîche et reposante à souhait. On découvre aussitôt que le fond n'est pas constitué de sable de roche mais uniquement de déchets de coquillages et de coraux. Partout, ce ne sont que squelettes de madrépores et de coraux déchiquetés. Le fond du lagon, c'est de la "soupe de corail" disent les Polynésiens !
Le substrat est couvert de calcaire à tous les stades de sa transformation. Le travail récifal est une colossale entreprise de production de calcaire si performante que l'homme ne pourra jamais la concurrencer. Plusieurs kilos de carbonate de calcium sont produits par mètre carré de surface et par an !
L'exubérance des tropiques éclate dans la féerie de ce décor fait d'un foisonnement de poissons multicolores, aux couleurs éclatantes, aux formes insensées ! La minuscule demoiselle taquine les vana (les oursins noirs) autour des branches de millepora, tandis que la géante et inoffensive manta poursuit, de son vol planant, l'invisible manne planctonique... Bâillant à pleines mâchoires, des jeunes murènes guettent d'éventuelles proies depuis leurs repères... Toutes les extravagances de la nature se côtoient ici dans l'harmonie d'un équilibre écologique parfait. Surtout ne touchons à rien ! Quelques jeunes requins à pointe noire déambulent entre les "patates" de coraux. Ils nous ramènent brutalement à la réalité : pas d'imprudence ! Les enfants du village, qui bien sûr nous accompagnent, nous jurent en rigolant à pleines dents que ces petits requins ne sont jamais agressifs... Mais nous, pauvres popaa, méfiants marins, nous les surveillons quand même du coin de l'œil !
A terre, nous sommes très étonnés par la variété d'oiseaux qui vivent sur les récifs frangeants et les motus !
Nous ne sommes pas surpris d'y voir des frégates, phaétons, fous de Bassan, sternes, puffins, pétrels, noddis noirs, bruns ou bleus : ce sont des oiseaux communs à toutes les îles du large. Non, mais ce sont les autres, tous les petits échassiers qui nous ébahissent... Il y a des courlis, des bécasseaux, chevaliers, aigrettes, hérons, martins-pêcheurs, pigeons, fauvettes et même des perruches. Comment ces oiseaux, plutôt originaires des marécages continentaux, sont-ils parvenus jusqu'ici, au milieu de cet immense océan ?
D'île en île ...depuis l'Asie, au gré des saisons et des tempêtes...? Ou bien ont-ils suivis les grands voiliers expéditionnaires depuis les Amériques ? Le plus étonnant, c'est qu'ils se sont parfaitement bien acclimatés à la chaleur, aux intempéries tropicales, aux cyclones, et surtout à l'isolement insulaire...! Une pirogue, longue barque élancée munie d'un puissant moteur hors-bord, vient nous saluer. Elle est chargée à ras bord de sacs de coprah...
"La goélette vient cette fin de semaine, elle termine sa tournée par chez nous."
C'est Ariki, l'un des équipiers du bord qui nous annonce la nouvelle en arrêtant son bolide à la hauteur de notre annexe ; elle l'intrigue apparemment ! Il la tâte en ayant l'air de se dire... "Le plastique, c'est bon pour faire des bassines ou des seaux, mais un bateau ?!"
De nos jours ce sont des petits cargos de cabotage qui desservent les îles et les atolls mais, marine et tradition restant indissociables, le nom de "goélette" est resté. Cette navette qui ravitaille les atolls est parfois le seul moyen de liaison avec Papeete, la capitale. Faute de place "au sol", ces îlots ne possèdent pas tous une piste d'aviation ! La goélette fait donc sa ronde presque hebdomadaire. Aussitôt débarqués les biens de consommation les plus divers, cela va de la tôle ondulée au magnétoscope, on embarque la récolte de coprah. Cette matière première, unique production "agricole" de la plupart des îles, va alimenter les huileries de Tahiti. Les sacs, faits de toile de jute et "bourrés à craquer" de chair de noix décortiquées, exhalent à chaque manipulation des odeurs aigrelettes d'huile douce. Elle servira à produire le monoï au doux parfum de tiaré, de santal ou de vanille, si cher aux polynésiennes. Médicinale, anti-moustique et parfumante, c'est l'onction bienfaisante qui accompagne les ablutions de toute vie tahitienne.
Aujourd'hui cette activité artisanale tend à diminuer au profit des développements du tourisme, de la pêche hauturière industrielle, et de la culture des huîtres perlières.
Grossier quadrilatère de trois mille kilomètres de côté, la zone économique qui englobe les cinq archipels polynésiens représente près de vingt fois la superficie de la France ! C'est le grenier nourricier des prochaines générations, assurément !
Dans la soirée un coup de vent, survenant du Nord, nous oblige à mettre en place un deuxième mouillage. Cette sécurité permettra d'assurer le premier ancrage mais aussi de réduire la zone d'évitage du bateau. Partout autour de nous, dans le lagon, il y a des lignes de flottage de cultures d'huîtres perlières. Notre marge de manœuvre est donc restreinte. Sans parler des têtes de corail éparpillées de-ci de-là qui affleurent la surface à marée basse...
Le lendemain le mauvais temps s'installe pour de bon. Nous découvrons vite, avec un peu d'inquiétude, la précarité des mouillages à l'intérieur d'un atoll. Pendant les coups de vent "d'été" (décembre à mars), le vent fort tourne de l'Est par le Nord en fraîchissant, puis passe à l'Ouest. La rotation continue vers le Sud, généralement en se calmant, et revient enfin à l'Est, couloir des alizés. Cette ronde peut prendre de un à quatre jours suivant le diamètre de la perturbation.
Lorsque le mauvais temps s'établit, il devient impossible de discerner les hauts-fonds, donc de changer de place pour "suivre" le vent et aller se protéger derrière d'autres motus ! Le lagon devient alors un terrible piège, immense et fermé. Conclusion : il est bien difficile de s'y abriter ! Le fetch, cette distance d'abri entre la côte, ou un récif, et le navire, peut donc atteindre plusieurs milles avec la rotation du vent. Parfois dix ou quinze dans les grands atolls...! Le clapot qui se lève alors, formant de belles vagues, rend intenable le mouillage.
Le coup de vent passe maintenant au Nord-Ouest...
Notre première ligne de mouillage a tissé des "huit" dans les patates. Nous sommes à deux doigts de larguer sa chaîne pour soulager les violents rappels du voilier, quand un semblant d'amélioration nous redonne espoir...
Dans la soirée, effectivement, avec le coucher du soleil, les éléments s'apaisent. Nous pouvons enfin nous détendre un peu après cette longue et anxieuse journée de veille...!
Cette nouvelle expérience vient enrichir notre vie de navigateur certes, mais nous montre aussi les nombreux dangers, insoupçonnables à première vue, de ces petits paradis du bout du monde. Cook lui-même lors de son premier voyage n'avait-il pas déjà baptisé l'archipel des Tuamotu : " The Dangerous Archipelago"...? L'appellation n'était pas innocente !
Le beau soleil revenu sur ces eaux limpides et tranquilles, nous décidons d'aller visiter les champs perlicoles qui nous entourent. Il me reste un peu d'air dans mon bloc de plongée, cela suffira à jeter un œil sur les grappes d'huîtres avoisinantes qui se balancent dans l'onde. Au passage ce sera l'occasion de nettoyer la coque couverte d'anatifes après cette longue traversée...
Le vieux pêcheur Raïmana, c'est son prénom, vient nous voir chaque jour sur le quai, point final de sa promenade quotidienne. C'est un personnage sec et tordu comme une racine de gingembre. Il nous raconte ses aventures de plongeur nacrier... Tout un épisode des pionniers de la perliculture... Ceci nous donne très vite envie d'en savoir plus sur ces petits trésors que Dame Nature fabrique à l'abri des regards indiscrets C'est une huître particulière, la mélagrine (mélagrina ou pinctada margaritifera) qui va donner à la perle noire ses lettres de noblesse....
Voici résumé, documents à l'appui, l'histoire de la culture de la "Perle noire des mers du Sud"...
Appelées Marguerite dans la plus haute antiquité (d'où son nom latin), les huîtres perlières sont exploitées depuis les temps les plus anciens. Cette nacre qui donne des perles naturelles, dénommées "perles fines", attise les convoitises de tous les peuples sans exception. Décorative pour certains, thérapeutique pour d'autres, elle reflète l'éternelle trilogie de la réussite sur le vieux continent : Amour, richesse et beauté !
Mais la cueillette, qui signe aussi la mort de chaque coquillage, s'est réduite inéluctablement au cours des siècles. Au XIXème siècle, pour certaines zones, c'est même devenu le néant. C'est le cas de la mer Rouge, des golfes Persique, de Californie, de Manaar, du Sud Mozambique et des mers de Chine, de Java et du Japon. Fort heureusement, quelques-uns des sites, isolés, échappent à cette exploitation intensive. C'est le cas en particulier des atolls du Pacifique Centre et Sud.
Pratiquement inhabités, éloignés à des milliers de kilomètres de distance des continents, ils vont rester épargnés jusqu'à l'épuisement des grandes exploitations.
Mais dès la fin du XIXème siècle la rareté de la perle noire suscite un tel enthousiasme que des chercheurs et des commerçants se lancent à la poursuite des bancs dans le Pacifique Sud. Un recensement et une protection sont aussitôt décrétés ; une exploitation rationnelle est lancée ; la Mélagrine est sauvée, in extremis ! Sage décision qui permettra cent ans plus tard un boum économique formidable dans les atolls les plus démunis, les plus isolés.
Mais revenons à ce début de siècle-ci, aux années folles...
Avec l'arrivée des machines à vapeur, les grands voiliers mixtes transitent vers l'Europe, via le Cap Horn, exportant dans leurs soutes chaque année plus de 8 000 tonnes de nacre. Ces coquilles viennent alimenter l'industrie, oh combien florissante en cette époque "pré-fermeture-Eclair", de la boutonnerie qui garnit tout vêtement occidental, du plus pauvre au plus riche. En somme la formule c'est :
Aux Messieurs la nacre pour tenir le caleçon...
Aux Dames les perles pour embellir le "balcon" !
La demande de nacre et de perles fines est à son apogée. Devant cette folle demande, les Polynésiens eux-mêmes essaiment les atolls qui voient s'installer l'homme dans des îlots inconnus jusqu'alors, complètement reculés, en dehors de toute route maritime...
La perliculture, sans en avoir encore l'étiquette professionnelle d'aujourd'hui, est née.
Dans une huître perlière, "c'est comme dans le cochon : tout est bon" (disait ma feue mémé Désirée)… Tout est utilisé effectivement.
La perle se vend en bijouterie. Jusqu'à la crise de 1930, on se la dispute à prix d'or. Elle finit même par dépasser le court du ...diamant ; une folie !!! Et puis il y a aussi le muscle adducteur de l'animal ; accommodé au lait de coco, c'est un met de choix pour la veillée. Enfin il reste la coquille, la nacre. Une fois travaillée, sculptée, découpée, elle fournit des objets aussi variés qu'inattendus. Autrefois monnaies, parures, outils tranchants, leurres, hameçons, sans oublier les boutons ! Ils deviennent aujourd'hui des objets d'art les plus divers... La bimbeloterie quotidienne y trouve son compte : boucle de ceinture, peignes, boîte à bijoux, lampe, décoration en tout genre ou mosaïques originales...
Mais le grand développement ne va réellement démarrer qu'à l'issue des travaux de scientifiques qui ont planché sur la machine, naturelle, à fabriquer l'aragonite. Deux européens (l'un suédois, l'autre français d'origine), et un génial trio japonais vont mettre au point, isolément et pratiquement au même moment, la greffe artificielle. Mikimoto récolte en innovateur les premières perles greffées dès 1905 ; c'est un événement mondial. La méthode de greffe japonaise s'améliore encore et on arrive, de nos jours, à ce véritable acte chirurgical qui démarre le processus de gestation...
La greffe consiste à introduire dans la glande sexuelle de l'huître, la gonade, un noyau. Ce nucleus parfaitement rond et stérile, de deux à neuf millimètres de diamètre, est fabriqué à partir d'une coquille de moule cultivée spécialement pour cela aux États-Unis, sur le Mississippi. Un greffon, petit morceau du manteau épithélial prélevé à une autre huître sacrifiée pour cela, est disposé sur le nucléus et va ainsi permettre de démarrer le processus d'enveloppement. Le greffon en se développant forme un sac perlier qui va protéger ainsi le noyau du rejet et ordonner, par réaction, la "neutralisation", si l'on peut dire, de l'intrus dans l'organisme nacrier.
Plus de mille couches micrométriques de carbonate de calcium, sous forme cristallisée, peuvent ainsi se déposer en trois ou quatre années tandis qu'un filet-support, la conchyoline, cimente finement le surfaçage.
Dans les années soixante, des techniciens japonais de la greffe sont commandités en Polynésie et, en 1965, la première véritable récolte commerciale voit le jour dans les lagons des atolls des Tuamotu.
C'est une réussite totale ; certaines perles atteignent treize millimètres de diamètre ! Leur couleur aussi est exceptionnelle ; allant du gris-vert violacé jusqu'au gris-brun cendré, sa dominante est foncée, presque noire, d'où son nom de Perle Noire du Pacifique ; cela est impropre mais c'est poétique...! Le nombre de fermes perlières explosent littéralement dans les atolls. C'est la ruée vers l'or nacré. Des exploitations se créent sur les atolls de Manihi, Takapoto, Takaroa, Rikitea, Makatea, Hao, Apataki, Tikehau dans les Tuamotu, et la célèbre Mangareva dans l'archipel des Gambiers, pour ne citer que les plus connues.
Les résultats sont prometteurs, mais le travail et les soins minutieux à consacrer à ces dames perlières ne manquent pas. Le matériel Spirotechnique est coûteux, fragile, et les accidents de plongée ne sont pas rares, malheureusement !
Le travail sur les huîtres est quotidien. Il faut brosser les coquilles une à une pour les débarrasser de leurs parasites. Il faut les surveiller sans cesse, et les cyclones malmènent parfois durement les lagons...
Sur cent huîtres greffées, dix ne résistent pas au "choc opératoire" de l'implantation. Ensuite dix autres meurent de complications pathologiques avant l'âge de deux ans. Enfin trente d'entre elles parviennent à rejeter le nucléus implanté. En production effective, reste donc la moitié de la "couvée" environ.
A la récolte c'est aussi la surprise : celle de la délivrance...
Vingt pour cent des nacres donnent des perles ratées, déformées, piquetées ou incomplètes ; elles sont invendables. Après ce petit bilan arithmétique, il reste grosso modo trente pour cent de la mise initiale qui se retrouve commercialisable. Vient ensuite une classification secrète, aux critères impénétrables, digne d'un sérail, d'où il ressort que seulement une, quelquefois deux, plus exceptionnellement encore trois perles obtiennent la qualification de "parfaites"...!
Quand on pose la question à un joaillier : qu'est ce qui fait le prix d'une perle noire ?... La réponse est souvent formulée par une autre question du genre... Qu'est ce qui fait la beauté d'une femme? Dans ce domaine, Dieu sait si les avis sont partagés, n'est ce pas ? Autant il y a d'amateurs, autant il y a de réponses et d'arguments... Eh bien pour la perle, c'est idem ! L'intuition domine.
Il y a cependant des critères objectifs et techniques qui peuvent définir sa valeur marchande...
D'abord sa rareté... La perle de Tahiti, cultivée de façon moins intensive que sa petite sœur japonaise Akoya, sera donc plus recherchée.
Ensuite sa taille... puis sa forme et sa couleur sont des normes qualitatives et mesurables qui permettent de classifier leur utilisation en bijouterie.
Enfin sa beauté... valeur subjective par excellence, elle est estimée à l'œil nu. Mais elle est définie par son Orient et son Lustre disent les spécialistes. L'Orient est sa faculté de décomposition de la lumière à travers ses cristaux d'aragonite : il illustre le moirage. Quant à son Lustre, c'est en quelque sorte sa brillance, la finesse de son grain ; c'est son poli naturel reflétant simplement la lumière à sa surface.
Il existe, pour terminer cette histoire de la perle noire, deux sous-produits de la perliculture. Il y a le Keishi qui est une perle sans noyau. De forme baroque, c'est "l'avorton" d'une greffe dégénérée. Enfin le Mabé qui est une semi-perle noyée, obtenue par collage d'un nucleus tronqué directement sur la coquille porteuse, sous le manteau. Dans ce cas, ce sont les coquilles de nacre qui sont directement découpées autour de l'inclusion ; de formes variées, elles donnent ces Mabé qui servent à faire des pendentifs, des bagues.
Avec la pêche industrielle, la perliculture est en train de devenir, en concurrence avec le tourisme de luxe, le troisième atout de la réussite économique de la Polynésie de demain.
Nous sommes au cœur de l'archipel de la Perle Noire !
Encore quelques jours de détente sur cet îlot idyllique puis c'est le départ, à regret, vers la plus célèbre des îles de la planète : Tahiti.
Un petit coup d'œil sur d'autres atolls se trouvant sur notre route. Nous passons à toucher leurs plâtiers : Marakau, Reïtoru, Anaa... Après deux jours de calme augurant une mauvaise surprise, voici le mauvais temps qui revient en force pour notre "atterrissage". Les documents de navigation nous disent qu'il est possible d'apercevoir l'île de Tahiti, dont les sommets culminent à 2300 mètres au-dessus de la mer, à 150 kilomètres de distance (par temps clair)... Il paraît !... "Y parai"...!!!
Pas de chance, décidément, nous arrivons avec la saison des pluies et son cortège de dépressions tropicales. Fin novembre, c'est normal, me direz-vous !
Le ciel est gris. C'est seulement à quelques milles de la côte que nous réussissons à entrevoir les pentes de la presqu'île de "Tahiti Iti"… Des bourrasques de pluies battantes nous bousculent. Passant la pointe Vénus, nous devinons tout juste le célèbre phare du même nom !
Cinq jours après avoir quitté Hao et le soleil, c'est en fouillant notre écran radar que nous trouvons enfin la passe du port de Papeete ! Dehors, on ne voit absolument rien. La mer est confuse de colère, la visibilité est réduite à moins d'un demi mille... Nous sommes transis par la pluie et le Maaramu siffle sur les crêtes écumeuses…
Nous sommes à Tahiti !
C'est un petit paradis ? Pas vraiment ! Pour nous c'est d'abord une relâche de quelques mois... Le premier tahitien que nous rencontrerons, qui se balade en pirogue et torse nu, indifférent au déluge, nous saluera d'un sympathique :
- Ia orana. Maeva i fenua ! Bonjour, bienvenue sur le territoire.
Et nous de répondre, en s'essuyant le nez dégoulinant...
- Maruuru ! Merci !
Premier mot tahitien que nous avons appris, comme il se doit... Et si vous, amis lecteurs, vous prononcez ce mot, en roulant les "r" ...quelque chose comme "Marrrouourrrou", eh bien c'est comme si vous y étiez...!
Suite du TOME II... Chapitre 205...
Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...
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Commentaires
John le 18/09/2006 à 07:15:38Very nice site!