Chapitre 218 - Typhon sur Karimata
Chapitre 218
- Montes voir sur le pont Clo, tu verrais le ciel, un véritable torrent nuageux ! …c'est vraiment impressionnant !
- Ça, c'est un typhon en train de se former devant nous.
Ce matin-là du 17 novembre 2001, la voûte du ciel se lit comme une page de sciences au Collège de France !
Nous avons quitté Bali depuis 9 jours déjà mais la navigation vers Singapour se fait languissante. Les vents, éphémères en mer de Java, sont très irréguliers. Il n'y en a pas ou bien des lignes de grains ponctuent les journées de paquets noirs et épais, produisant des orages violents qui stagnent sur nous durant des heures sans bouger… Nous avons bien un moteur "auxiliaire", dit la formule, mais depuis Komodo, il nous donne de sérieux soucis, alors nous devons l'économiser le plus possible.
Mais en cette matinée du 17 novembre quelque chose a changé… Quelque chose d'inquiétant même car, non seulement le vent revient en forcissant mais le ciel est formaté de telle sorte que le diagnostic est sans appel : un typhon est en train de s'organiser devant nous. Il y a un typhon sur Karimata !
Karimata est un détroit, un bras de mer obligatoire pour les navires en provenance de l'Indonésie qui remontent vers la mer de Chine. Situé entre les îles indonésiennes de Sumatra et sa grande sœur voisine Bornéo, l'archipel de Belitung obstrue une grande partie du passage en venant de la mer de Java. Heureusement, dans le Nord-Est de cet archipel, un couloir maritime reste bien dégagé le long des côtes de Bornéo. Longeant la province du Kalimantan, ce passage clair de danger, est le détroit de Karimata. Nous y arrivons, l'entrée en mer de Chine sera probablement pour demain si le vent veut bien se maintenir…
Mais en ce samedi matin, la "météo" que nous contemplons, Marie-Claude et moi, au-dessus de nos têtes, nous oblige à de sérieuses interrogations… Des strato-cumulus, denses et disposés comme des petits pains dans la vitrine du boulanger, forment de longs rouleaux parallèles et tourbillonnants en s'étirant vers le Nord.
- Que fait-on… On continue ou on se déroute en attendant que le typhon passe devant…? Adressai-je à Cloclo qui contemple également ces rubans nuageux bizarres…
- A la vitesse ou on va, me dit-elle, on ne craint rien, il sera passé devant nous avant d'entrer en mer de Chine. Il avance bien plus vite que nous !
- Bon, on laisse faire, répondis-je perplexe, …on ralentit quand même et on avisera ce soir avec la carte satellite.
La journée se poursuit, mi-figue mi-raisin, avec alternance de lignes de grain et de sautes de vent… de mauvaise augure, me murmurais-je parfois. En fin d'après-midi la carte météo du Japon (nébulosité dans l'infrarouge) nous montre un joli amas de cumulonimbus, bien rond, bien blanc, petit mais très actif. Il est centré dans l'Ouest immédiat de Bornéo. Cette dépression tropicale bien ciblée est noyée dans la "ZIC". Cette Zone Intertropicale de Convergence forme un arc en longeant la presqu'île malaise tout en remontant dans le golfe de Thaïlande. Situation normale en cette saison, concluons-nous, en comparant aussi la carte isobarique (les pressions cette fois) du Pacific West prise, elle, sur le fax météo australien. Nous décidons alors de poursuivre doucement. Eh puis si on doit se dérouter, le port de Pontianak sur la côte Ouest de Bornéo pourrait éventuellement nous accueillir. Dès la nuit tombée, le vent revient. Il revient tellement bien d'ailleurs que le ciel se dégage d'un coup, se déchire, si vite qu'en trois heures de temps, le quart complet de Marie-Claude, le vent atteint 60 nœuds… On est abasourdit ! Ça y est, la dépression s'est creusée en typhon… "Il" arrive…! La mer a grossi également. Pour continuer notre route et pouvoir rester au milieu du détroit de Karimata, il nous faut prendre une allure de plein serré. Mais avec cette tempête, ce typhon qui se creuse et se rapproche de nous, impossible ! On décide donc de se mettre à la cape. Nous sommes encore dans l'entrée du détroit de Karimata et sous notre vent, pas d'obstacle… La mer de Java s'étend sur plus de 1000 kilomètres derrière nous. Le vent continue de se déchaîner durant toute la nuit. Le voilier, "tranquillement" à la cape (si on peut dire !), entame une marche arrière, à faible vitesse de dérive. Au lever du jour, vision incroyable dans les rideaux de pluies battantes, nous passons près d'un bateau de pêche indonésien, non ponté, qui est à l'ancre (partout, en mer de Java les fonds ne dépassent pas 50 mètres) ! A l'intérieur de l'embarcation, ne dépassant pas 7 ou 8 mètres de long, 3 pêcheurs entassés sous une bâche de plastique… La mer est en furie, il y a 4 à 5 mètres de creux, mais ne déferle pas. Les crêtes "fument" parfois sous les bourrasques. Nous sommes à 200 milles marins de toute côte. Nous sommes sidérés de voir ces gens venir pêcher aussi loin au large dans des bateaux si peu confortables. Pire, on n'en revient pas de les voir rester à l'ancre en attendant que passe la tempête. Toute la journée et la nuit suivante s'écoulent ainsi, à la cape en attendant que s'éloigne le typhon. Le bulletin du soir nous confirme la position du typhon qui vient d'être baptisé "Lang-Ling". Sa trajectoire qui était Sud-ouest s'incurve plus à l'Ouest, c'est bon signe. Il repart vers le Viêt-Nam en pointant vers le delta du Mékong.
Malgré ces informations, rassurantes pourtant puisque le typhon s'éloigne de nous maintenant, l'inquiétude elle, ne s'estompe pas. Ce typhon est en avance d'un mois sur la saison et surtout sa trajectoire est beaucoup plus basse, plus Sud qu'à l'ordinaire. Nous décidons donc d'attendre encore un peu avant de remettre en route vers le Nord-ouest ! A l'arrière de ces phénomènes, la houle cyclonique peut lever des lames de fond extrêmement dangereuses surtout par faible profondeur. C'est précisément le cas tout le long des côtes de Bornéo. Hormis quelques rares abris, la bordure maritime du Kalimanthan est réputée inhospitalière… C'est aussi le pays des Dayans, de redoutables hommes primitifs, coupeurs de têtes à l'occasion, les fameux penjamon… Et puis les typhons asiatiques restent des phénomènes très dangereux ! Dans la partie Ouest et Nord-ouest de l'océan Pacifique Nord, il passe en moyenne 26 tempêtes de ce type par an. Les seuls mois plus cléments, mais non exempt, sont février et mars avec le pic de fréquentation maximum autour de septembre. Les deux tiers d'entre elles deviennent de puissants typhons… D'après les statistiques internationales, le Pacifique Ouest est l'océan où sévisse les ouragans les plus violents de toute la planète. Ils engendrent parfois des vent de plus de 300 km/heure ! C'est démentiel de puissance… Pour exemple le typhon TIP en 1979 : 870 hPa (hectoPascal, anciennement millibar) de pression au centre, vents réguliers près de l'œil à 160 nœuds (296 km /heure) avec rafales maxi à 240 nœuds (soit 440 km /heure en pointe), vague de 17 à 23 mètres de hauteur…! La vie de marin n'est guère reluisante dans des conditions aussi difficiles… Ces phénomènes sont vraiment redoutables. Ils sont même inimaginables pour tous ceux qui n'ont jamais vécu de tempête au large, en la subissant de l'intérieur !
Nous occupons sagement le temps à bord, grignotant comme des souris, dormant d'un œil comme des chiens de chasse. Scrutant régulièrement l'horizon nous épions le moindre signe d'amélioration du temps…
Mais cela dure, inconfortable et stressant au possible !
Nous croisons encore d'autres pêcheurs indonésiens, comme leurs collègues, eux aussi à l'ancre attendant patiemment que passe la tempête. Dans la nuit du dimanche soir, le vent diminue enfin, lentement. C'est bon signe. Au petit matin de ce lundi, c'est même la désolation la plus totale : il n'y a plus un souffle d'air sur la mer de Java ! La surface maritime n'est pas pour autant calme, confuse de houles croisées, elle trahie le passage du typhon. Le moment est venu de faire appel à notre auxiliaire, celui qui produit des "chevaux vapeurs" salutaires, à la demande… Ouverture des vannes, contact, moteur ! Mais là, niet ! Nous avons beau lui servir les meilleures formules de politesse, essayer toutes sortes de ruses, notre moteur Diesel ne veut plus rien savoir… Pas moyen de le mettre en marche… On s'y attendait un peu ; eh bien ça y'est ! Depuis près de deux mois maintenant, les démarrages devenaient de plus en plus laborieux. A froid, il fumait plus que de raison, toussait de temps à autre, crachait en suffoquant et finissait par caler parfois lorsqu'on lui demandait un peu trop d'effort ! Cette fois, c'est fini, le "malade" a sombré dans un coma désespéré, point final ! Il ne nous reste plus qu'une solution : se dérouter vers le port le plus proche pour opérer le malade. Sans moteur, il est impensable de continuer la navigation vers Singapore : le trafic maritime là-bas est le plus dense au monde ! Pour le moment, il nous faut un endroit facile à rejoindre et qui plus est, à la voile. Se penchant sur notre routier de navigation, à première vue, la destination est toute trouvée : Djakarta. La capitale de l'Indonésie est à nos "9 heures", plein Sud-ouest et à seulement 120 milles de notre position. Le hic, c'est quand même le vent, il n'y a pas une risée. Seule une grosse houle résiduelle nous balance sur l'élément liquide. Voici l'équipage penché sur les cartes de navigation à étudier les différentes possibilités pour un atterrissage de fortune. Pour moi, c'est un comble, j'ai passé 15 années de ma vie à apprendre aux élèves pilotes à faire cet exercice périlleux… Maintenant, c'est moi qui ai besoin de cette technique, mais cette fois pour le bateau ! "Atterrir" avec un voilier, sur la côte, vers un abri sans vent et sans moteur…C'est réaliser un atterrage délicat, dit-on aussi dans la marine !
Après étude approfondie de la carte on se convainc très vite, Clo et moi, que Djakarta n'est pas le bon choix… La mer de Java devant Djakarta est truffée d'îles, d'îlots et de bancs de corail, innombrables. L'archipel qui parsème toute la côte, devant la capitale, s'appelle l'archipel des "Mille Iles". Tout est dit dans ce nom : ce sera un piège inextricable. Plus à l'Est sur la côte Nord de l'île de Java, un autre port, plus éloigné mais plus facile d'accès, attire rapidement notre attention : c'est Cirebon (se prononce Tchirébonne). Eh bien soit, nous partons vers Cirebon, enfin, si Eole veut bien nous y conduire. Cette grande ville située pratiquement au milieu de Java, possède un port de commerce et des ateliers navals, paraît-il. Nous pourrons probablement y réparer notre moteur…
Pour le moment malheureusement, le vent a totalement disparu. Kerguelen se traîne sur l'eau dans tous les sens, les voiles battent… Le bateau est entraîné par le courant qui nous dérape vers le Sud-est, la direction opposée à notre destination initiale : Singapore. Mais pour le moment, pas d'autre alternative que d'attendre le retour d'Eole.
Nous descendons alors déjeuner. Il n'y a rien d'autre à faire. Ne "rien faire", justement …je crois que c'est la chose la plus difficile à supporter pour un marin. Cela met en évidence la patience et le sang-froid dont nos anciens devaient faire preuve… Ils étaient réellement d'émérites navigateurs. Eux qui sillonnaient les mers et les océans en tâtonnant, à la découverte de nouveaux continents. Ils en passaient du temps, à attendre, les bougres. Quelle vertu !
Le déjeuner s'est déroulé sans réel appétit. Nous sommes tous couchés dans une petite sieste inhabituelle lorsqu'un coup de trompe assourdissant nous sort de nos bannettes… Il n'y avait personne sur tout l'horizon, il y a moins d'une demi-heure et le voilier n'avance pas. Nous voici prestement sur le pont et là, surprise, Kerguelen se retrouve nez à nez avec un immense bateau, tout de gris et de canons vêtu. Bougre !
- C'est la marine indonésienne. Ça c'est une surprise !
- Mais que nous veulent-ils, s'échange-t-on, avec Clo…?
C'est vrai, au fait… On est à 200 milles des côtes, donc en eaux internationales…!
Une bonne partie de l'équipage est penchée sur le bastingage tribord et nous regarde, étonnée. Sur la passerelle supérieure de ce bâtiment de guerre, des officiers discutent entre eux : Ils semblent nous mimer quelque chose… Je me précipite en bas, au radio-téléphone et commence alors une longue explication (en anglais) par radio interposée… Tout ceci pour leur dire que le typhon nous a fait perdre du chemin, que maintenant le moteur est en panne et que nous nous déroutons sur Cirebon. Faute de vent, hé bien le bateau est le jouet des courants et qu'il faudrait peut-être aussi qu'ils poussent leur mastodonte car on est en train de dériver …sur eux !
Ouf, tout est dit ! Le "Teluk Bayur", c'est le nom du navire, manœuvre effectivement et, en quelques remous, s'écarte de nous. Mais ils ne partent pas pour autant, les nautoniers, non ! Après un bon quart d'heure, qui nous paraît une éternité, "Kerguelen" se rapproche à nouveau de leur bâtiment guerrier. Toujours par radio, un officier nous propose de nous prendre en remorque et de nous convoyer à Surabaya…! Coup d'œil à la carte, Surabaya est un grand port de garnison sur Java mais à 350 milles dans l'Est… Cela nous ferait perdre encore plus de chemin en arrière. Mais pire, on ne se voit pas du tout à la remorque des biffins, tel de vulgaires malfrats, arraisonnés, consignés, traînés à la vitesse de 12 ou 15 nœuds…! De plus, le sillage de ces mastodontes est dangereux pour des petites unités, on risque de tout arracher sur notre frêle esquif. Après concertation avec Marie-Claude, on se dit que le vent reviendra bien et que Cirebon n'est pas si loin finalement. Nous remercions vivement nos Samaritains de rencontre …qui nous croyaient en détresse.
Ainsi fut fait ! Le "Teluk Bayur", et ses canonniers, ont repris leur mission de surveillance. Le croiseur s'éloigne vers l'Est. Pour nous, les "Kerguelen", nous attendons patiemment que le vent revienne sur une mer de Java, endormie.
Mais la brise n'est pas réapparue de l'après-midi. En soirée quelques maigres nuages annoncent timidement le retour du zéphyr mais petitement. C'est la nuit qui va nous apporter du nouveau par un spectacle inattendu, éblouissant…
Les quarts se suivent, dans la pétole, la calmasse…
Même en attendant le vent, il faut veiller, sécurité oblige. Cette zone de la mer de Java est très fréquentée, c'est la route maritime principale montant vers Bornéo. Il faut bien surveiller les innombrables navires marchands de toutes natures qui sillonnent les milliers d'îles et d'îlots de tout l'archipel indonésien. Bon nombre d'entre eux n'ont pas le moindre petit fanal la nuit. De plus, dans ce secteur géographique, les attaques de pirates ne sont pas rares et on ne peut pas "ne pas y penser". Alors dès qu'un bateau est repéré, nous le "surveillons", suivons sa route au radar et calculons sa vitesse pour déterminer une route de collision éventuelle avec nous. Les quarts s'égrènent dans la monotonie…
C'est mon second quart de la nuit, il est deux heures du matin, quand je prends place à l'arrière du pont en m'asseyant sur le coffre à cordages. Les nuages deviennent plus nombreux, je sais qu'au petit matin, nous allons pouvoir reprendre la route vers Cirebon. J'ai la tête dans les nuages et les étoiles quand tout à coup, une volée de météorites, surgissant du Nord-est, traverse la couche nuageuse en y perdant des milliers de paillettes colorées… J'en suis ébahi ! Sur l'instant je pense réveiller Cloclo, elle ne doit pas encore dormir, tellement le spectacle est beau. Elle, qui n'est pas passionnée comme moi par les météores, vient juste de se mettre au lit, alors non, le sommeil sur un bateau, c'est quand même sacré… Je profiterai donc seul de ce phénomène s'il recommence. Moins de trois minutes plus tard, nouvelle volée d'étoiles filantes puis une autre et encore une autre… Le défilé est quasi ininterrompu sur le firmament… En fait tout le ciel est zébré de ce bombardement météoritiques. (voir nota en bas). Elles surgissent du côté de Bornéo et traversent le ciel en descendant vers l'horizon dans le Sud-ouest, en apparence. Les trois quarts d'entre elles sont suffisamment grosses pour ne pas se désagréger avant d'atteindre "la mer" de l'autre bord… Je suis subjugué. Quelques-unes paraissent entrer dans la couche nuageuse en ralentissant énormément, y créant une lueur laiteuse, orangée ou dorée… Le spectacle va durer ainsi un peu plus de deux heures ; cela me fascine… Jamais je n'ai vu autant d'étoiles filantes et aussi belles de ma vie ! Pourtant, j'en ai passé des heures, des nuits même, à scruter le ciel. Cloclo elle-même, me reproche de me lever au milieu de la nuit pour aller observer le ciel… J'aime beaucoup scruter la voûte céleste, fouiller la voie lactée avec nos puissantes jumelles… C'est assez grisant de reconnaître les constellations, les étoiles, les planètes, voir filer les satellites ou bien la station Mir (maintenant :station Alpha -ou ISS- en orbite à 360 km d'altitude en moyenne, passe toutes les 95 minutes à plus de 7 km/s au dessus du globe). J'ai même pu observer une fois dans le ciel calédonien, juste à la tombée de la nuit, l'approche de l'une des navettes spatiales avec la station Mir mais sans voir l'arrimage final. Depuis la terre le temps d'observation visuelle est très court, 10 à 12 secondes maximum, trop court pour pouvoir suivre l'ensemble de l'opération… Mais ces choses de haute technicité sont passionnantes à vivre quand on sait les observer. Parfois, on est témoin aussi de phénomènes curieux que l'on ne s'explique pas immédiatement… Allumage d'un moteur d'apogée sur un satellite pour un changement de trajectoire… "Spinnage" de l'un d'eux qui se met à "clignoter" lorsque ses bras couverts de panneaux solaires renvoient la lumière solaire… De très nombreuses manœuvres et "expériences" ont lieu au-dessus de nos têtes…/… Il suffit de regarder, pour les voir. Le spectacle est gratuit et fascinant… (Sur cette page de la NASA, on peut voir la position en temps réel de la station orbitale, de nombreux satellites et plein d'autres choses encore...).
Mais là, en cette nuit du 19 novembre 2001, je ne suis pas près d'oublier la pluie de météorites qui s'abattit au-dessus de nous et de la mer de Java… Après recherche dans nos traités d'astronomie, il s'agissait peut-être des fameuses "Léonides". Elles fréquentent l'espace sidéral, paraît-il, à cette époque de l'année avec une périodicité de 33 années… Pour ma part, c'était la toute première fois qu'il m'était donné de voir un phénomène aussi soutenu et aussi dense dans un ciel tropical.
A la relève, à la fin de ce quart si magique, je fis part à Marie-Claude de cette féerie de météorites… Sa seule réponse fut…
- Bof, il en tombe sans arrêt, des météorites, alors une de plus ou une de moins, c'est pareil !
La banalité de sa réponse fut telle que même aujourd'hui encore, lorsque je découvre un phénomène curieux, je n'en parle plus… On est si vite classé dans un monde "à part" que cela vous ôte toute envie de le "communiquer".
"Minima de malis" dit le proverbe ! Traduction…
"De deux mots, il faut choisir le moindre…"
Basta ! On remet en route, le vent revient…
La mer est belle, le vent est faible mais régulier. On ne peut espérer meilleures conditions de navigation pour rejoindre Cirebon. Deux journées passent ainsi, plaisantes à souhait. Mais la proximité de la côte se fait bientôt sentir et la dernière après-midi amène son lot d'orages et de vent capricieux. Si le vent faible ou fort apporte des désagréments, plus encore le vent variable, instable, vous ronge les sangs, inexorablement…! Réduction de voilures, changements d'allure ou de cap, renvoi de la toile, visibilité nulle, manœuvres épuisantes sous les rideaux de pluies torrentielles… Avec la nuit qui tombe et la calmasse qui revient, ce sont les courants une fois de plus qui jouent avec la route de Kerguelen… Puis, approchant des côtes indonésiennes, une autre forme de chausse-trappe nous guette… Ce sont les pièges à poissons (sic!) et les pêcheries sur pilotis. Les fonds étant faibles, moins de sept mètres, on en trouve jusqu'à dix milles des côtes ! Et il y en a des centaines, disséminés sur tout le littoral.
Nous sommes exténues par dix heures de veille ininterrompue. Sous la pluie épaisse et froide je ne bouge pas du balcon avant à scruter dans la nuit noire si l'une de ces palissades de bambou plantées dans la vase barre notre route. La progression est lente… Mais non, rien n'apparaît dans le faisceau du projecteur devant nous… Nous poursuivons obstinément, presque en aveugle, dans cette noircissure… Il est une heure trente du matin quand, enfin, l'ancre de Kerguelen glisse dans les eaux limoneuses de la baie. Nous sommes enfin au mouillage, arrivés, seulement à quelques encablures du port de Cirebon.
Nous voici presque au but, fourbus mais "posés"…
Allez, au lit. Demain sera un autre jour !
N.B. : Voir sur le lien plus haut (sur les étoiles filantes), tout en bas de la page, une photo prise par la NASA cette nuit du 18 au 19 novembre 2001. Elle montre exactement ce que j'ai pu observer cette nuit-là dans le ciel indonésien. Un spectacle éblouissant de beauté !
Suite du TOME II... Chapitre 219...
Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...
Podium des sites annuaires pour le nombre de visites sur notre Blog...
2) http://www.annuaire-blogs.net/

Commentaires