Le Trésor Des Kerguelen

Chapitre 226 - En Remontant le Mekong

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Chapitre 226

 

EN REMONTANT LE MEKONG

 

 

     Nous quittons Bangkok avec une certaine euphorie car le béton, le vacarme et les trépidations de la capitale sont tels qu'il arrive un moment où l'on ressent le besoin de se ressourcer. Retrouver la nature, les grands espaces, le calme et le repos…


     Nous partons dans l'intérieur, vers le Nord-Est. Nous utilisons les lignes d'autocars régulières, nombreuses et bon marché, pour aller visiter les anciennes civilisations de la Thaïlande… Première escale Ayuthaya, cité Sukhothaï. Cette ville fût la capitale du Siam entre le 13ième et le 18ième siècle. Cette période Sukhothaï est d'ailleurs considérée par les historiens comme celle de l'apogée de l'empire thaïlandais. Pas moins de trente trois monarques siamois s'y succédèrent. Durant cette longue période, la culture thaï et le commerce international étaient florissants dans tout le royaume. Marchands hollandais, portugais, français, anglais, chinois, arabes, japonais se pressaient à Ayuthaya… La plupart des visiteurs étrangers décrivait cette ville comme étant "Une cité d'une inoubliable splendeur", rapportait-on dans les cours aristo-cratiques… Sous notre bon roi Louis XIV des relations privi-légiées s'étaient même instaurées avec la capitale du Siam… Une Ambassade Siamoise fut reçue à sa cour et la ville de Brest s'en souvient encore… A cette occasion, qui fit grand bruit dans le Landerneau breton lors de l'arrivée des navires, on baptisa "Rue du Siam" l'avenue principale de la ville (existe toujours de nos jours : arrive au pont de Recouvrance!). C'est dire avec quelle déférence on s'honora de recevoir cette délégation thaïlandaise…


     Au travers de ces anecdotes, l'histoire de nos pays devient extraordinairement vivante et mérite de prendre un grand H !


     Ici se déroulent encore vers novembre, suivant le calendrier lunaire (bouddhique), des festivités commémorant cette époque faste. L'ensemble du parc monastique est d'ailleurs inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco… Les constructions palatiales sont nombreuses et de styles divers… Se promenant dans les ruines des temples, des palais, des fortifications, des pagodes on a vraiment l'impression de remonter le temps dans l'histoire du Siam. Puis vers le milieu du 18ième siècle l'arrivée des Birmans chassa les princes et les gouverneurs de cette "capitale de l'intérieur" en se repliant sur la côte, à Bangkok…

 


     Remontant toujours vers le Nord, on arrive à Lopburi, encore une plus ancienne capitale du Siam… C'est ici que siégea du 6ième au 12ième siècle la civilisation Dvaravati venue de l'Inde. Durant ce règne, vers le 10ièmesiècle, les Khmers s'y mêlèrent en occupant toute la région alentours jusqu'à Angkor, célèbre cité perdue puis retrouvée, dans l'actuel Cambodge. Cette zone géographique était particulièrement bien choisie. En effet, elle est située en bordure du plateau du Khorat. Dans la Thaïlande au climat tropical lourd, chaud et humide, le Khorat bénéficie d'un ensoleillement privilégié. Les pluies sont moins abondantes que le reste du pays mais régulières et la topographie très adoucie. Ces avantages offraient, et offrent aujourd'hui encore, à l'agriculture un ensoleillement harmonieux, une irrigation aisée, des rendements optimum… Le plateau du Khorat est couvert de rizières et de vergers, à perte de vue. Par extension, tout le Nord-Est de la Thaïlande appelée l'Isaan, profite de ce climat privilégié et on y trouve également les plus grandes manufactures de soie.


     C'est ici, à Lopburi, que fut reçue la toute première ambassade de Louis XIV menée par le chevalier de Chaumont. Si l'architecture est moins grandiose qu'à Ayuthaya, elle marque cependant une transition nette entre les civilisations khmères et Sukhothaïs.


     Traversant ce plateau du Khorat, d'Ouest en Est, nous suivons la route des citadelles khmères. Cette balade sort un peu des sentiers battus empruntés par le tourisme traditionnel. Mais nous, même avec des conditions plus difficiles, aimons nous écarter des voies trop bien tracées… Cette manière d'agir permet d'être au plus près des habitants, du réel, du quotidien… Bouddha lui-même, trônant partout ici en statues géantes, couchées ou assises, parfois debout, n'a-t-il pas sagement dit : " Ce n'est pas parce que le chemin est semé d'embûches que l'on est sur le mauvais chemin"…?


     Tout le long de la frontière du Cambodge, de nombreuses citadelles, les Prasat, les Prang, les Chédi, nous montrent les merveilles de cette civilisation passée. Contrairement à ce que l'on imagine spontanément d'ailleurs, ces palais n'ont jamais servi d'habitation. Non, ils servaient de lieux de réceptions, de rencontres, de cultes, de rites ou de cérémonies. Leur palais : des symposiums, en sorte !


     Nous faisons une petite halte à Surin, célèbre pour la plus grande fête annuelle des éléphants, fin novembre. Puis voici Kong Chiam, point de départ pour notre remontée du Mékong. Ce fleuve Mékong est l'un des géants de l'Asie avec ses 4200 kilomètres de longueur. Ici, aux confins des frontières du Cambodge et du Laos, nous sommes déjà à 800 kilomètres de son embouchure. A partir de là, on découvre la vie de ce fleuve frontière, ses légendes, la route de l'opium, la pêche au poisson-chat géant, le plaa-beuk… Un symbole à lui seul sur le fleuve Mékong…


     C'est toujours en autocar que nous poursuivons notre périple. Au fur et à mesure que les villes se transforment en villages, leur nombre diminue et surtout leur confort disparaît ! Sur cette rive thaïlandaise du Mékong, ils deviennent même rare. Mais les habitants sont toujours attentionnés pour les randonneurs "égarés" que nous sommes ! Ils nous proposent volontiers de nous prendre à bord de leurs 4X4 brinquebalants pour se rendre dans des endroits particulièrement isolés, que nous avons choisis volontairement de visiter… Discutant avec eux, ils sont souvent étonnés de ce choix car notre route sort vraiment des circuits traditionnels effectués par les tour-operator… Ils sont très souvent ravis, fiers même peut-on dire, de notre curiosité, de notre intéressement envers leur histoire, leur pays, leurs préoccupations quotidiennes. Le plaa-beuk fait partie de cette tradition...

 


     Ce poisson, de la famille des silures, est appelé Plaa Beuk en thaïlandais, drôle de nom ! Il est considéré comme le plus grand poisson d'eau douce du monde. Sa pêche, très réglementée, n'est autorisée que durant deux lunes. Cela s'effectue à cheval sur avril et mai et donne prétexte à de nombreuses manifestations dans tous les villages riverains, qu'ils soient de Thaïlande ou du Laos. En fait comme sur tous les grands fleuves du monde, nous l'avons vérifié maintes fois, eh bien les peuples vivant sur les berges n'ont pas vraiment "une" nationalité mais plus une identité spécifique : celle du fleuve ! Ils présentent quand celui-ci sert de frontière entre deux nations un mélange de culture et de traditions, à l'image des marins qui vivent eux aussi cette symbiose de l'élément avant l'étiquette de leur pays. C'est encore bien le cas ici sur le Mékong. Les habitants du fleuve sont les indigènes du Mékong simplement, sans autre marque ni bannière… Alors qu'ils soient Thaïs ou Laotiens, les festivités du fleuve se partagent ensemble, indifféremment par ceux d'une rive ou de l'autre… C'est ça aussi les activités festives du Mékong…


     La période de la pêche au plaa beuk est particulièrement mise à profit pour rassembler les habitants du fleuve. Si les prises normales atteignent 3 mètres de longueur pour 300 kilos, à la fin des années 70, une équipe de GI d'une base américaine voisine en a capturé un de près de 6 mètres de long pour un poids avoisinant la demie tonne… C'est dire les monstres que peuvent devenir les Plaa Beuk ; ils suscitent bien des légendes, on le comprend ! C'est un met de choix sur les tables des restaurants chics ; il a le goût de l'espadon, paraît-il ! Mais les spécialités culinaires sur le Mékong sont variées à l'extrême… Outre ce plaa beuk, on trouve bien des sortes de poissons communs de nos fleuves, comme la carpe ou l'anguille mais aussi des coquillages comme les bigorneaux ou des praires. Il y a également des tortues, fort appréciées sur les tables. Mais le fin du fin pour les festivités culinaires sont les brochettes. Et là l'imagination du peuple du Mékong dépasse la nôtre… Enfilés sur un éclat de bambou, vous pourrez dégustez des œufs couvés, des œufs de fourmis ou de termites, des cigales ou des sauterelles ou encore de la peau de buffle, du porc-épic… En fait tout se mange en brochettes dans cette région du Mékong, y compris les chats, les chiens ou les écureuils… Les épices, et les sauces pimentées tout aussi variées et savoureuses, sauront vous faire oublier le reste… Bon appétit !


     En remontant le Mékong, la route serpente le long du fleuve. Sautant de village en hameau, nous découvrons des paysages variés, des habitants tranquilles et accueillants. Les hôtels, les Guest houses se font aussi plus rares, mais on déniche toujours un bungalow ou une cabane bambou chez l'habitant… Nous atteignons Nong Khaï. Une route importante arrive ici venant de Bangkok. Car juste en face, de l'autre côté du fleuve Mékong, c'est Ventiane la capitale du Laos. Depuis 1994 un joli pont suspendu enjambe le Mékong à cet endroit. Il a été financé par les Australiens et permet de désenclaver toute cette région. Fièrement baptisé le Pont de l'Amitié, il est censé développer le tourisme et les échanges commerciaux avec le pays voisin, le Laos ! En pratique, c'est surtout ce dernier qui profite du pont car le Laos, ancien protectorat français est complètement ceint par des hautes terres et des montagnes. Il ne possède donc aucun accès à la mer. Cet aspect particulier explique toute l'importance du fleuve comme voie de communication…


     C'est à cet endroit aussi que se déroula en juillet 1910, une catastrophe culturelle irrémédiable… En effet, une canonnière française qui transportait les plus belles pièces des collections royales Laotiennes (de Louang Prabang), coula dans le fleuve. Aucune pièce de ce trésor ne fut jamais retrouvée.


En remontant le Mékong, le fleuve nous ouvre ses annales…


     Nous y avons parcouru près de 600 kilomètres, déjà, sans s'en rendre compte. Chaque jour nous montre la beauté sauvage de ce fleuve majestueux à l'histoire chargée… Tantôt ce sont des grottes ou des falaises qui reflètent la vie des hommes préhistoriques qui peuplaient cette vallée, il y a fort longtemps. Les peintures rupestres sont fréquentes et en parfait état de conservation. C'est dans cette zone également que le fleuve s'attaque aux montagnes et on y rencontre les premiers rapides… Dans les villages les habitants sont souvent mêlés avec des Hmongs, des réfugiés laotiens, venus de l'autre rive du fleuve pour fuir les envahisseurs récurrents. Ce sont leurs frères que l'on retrouve en Guyane française. Ils sont issus de cette région frontalière coincée entre le Vietnam et la Thaïlande…


     Outre des habitants atypiques, la nature l'est aussi. Des parcs nationaux ont vu le jour également dans cette région du haut Mékong. Les montagnes environnantes, souvent inaccessibles, sont restées vierges. Leur beauté est saisissante. Pas étonnant que par ici il ne soit pas rare de découvrir sur le bord des ruisseaux ou des points d'eau, des empreintes de tigres… D'ailleurs bon nombre de villages ont un nom jumelé avec Khan (tigre)… Celui ou l'on est en ce moment se nomme Chiang Khan ! Cela ne vous rappelle pas la belle aventure d'un petit bonhomme au milieu de la jungle, signée Rudyard Kipling ? Bravo, même si l'histoire originale de Mowgli se déroule aux Indes, vous avez bien compris, le décor lui, est vraiment à l'identique !


     Dans ces montagnes on peut y voir des chênes ou des hêtres côtoyant des pins ou des palmiers tropicaux… Avoir la chance de découvrir des animaux étonnants, comme l'ours noir à lunette, le muntjac : petit cervidé curieux à mi-chemin entre la gazelle et la girafe ou encore le sambar, le chacal, le gibbon blanc… Des animaux que nous ne connaissons que dans les livres nous autres… Hé bien, ils sont là tout proche ! A côté du plus gros, l'éléphant bien sûr, on y trouve le plus minuscule… C'est pour l'exemple, la chauve souris à nez-de-cochon qui est le plus petit mammifère vivant au monde actuellement. Elle accuse un poids plume incroyable de moins de deux grammes. C'est aussi ça la Thaïlande, le royaume du Siam. La route en remontant le Mékong nous livre ses secrets… Le parc national de Phu Kradung n'est à manquer pour rien au monde, je vous l'assure ! Un soir, alors que nous rentrons à l'hôtel après une journée épuisante de randonnée dans un parc, un orage épouvantable éclate sur le village. Sous ces latitudes, des trombes d'eau s'abattent en quelques minutes et le vent secoue durement tous les bungalows du gîte... Eh bien la patronne de l'établissement nous offrira sa propre maison personnelle pour nous loger ! Devant l'inconfort généré par les éléments, elle ne pouvait pas supporter l'idée que nous nous installions dans une cabane bambou pour la nuit ! La Thaïlande ? Mais, même au plus profond des petits villages du Haut-Mékong, ce pays est un exemple de savoir-vivre et d'hospitalité...


     Encore quelques kilomètres et là, cette fois c'est le Mékong lui-même qui nous abandonne. Il fait un coude brutal, partant plein Nord pour un périple Laotien, solitaire, vers la ville de Luang Prabang. Puis il revient plein Ouest avant de rejoindre à nouveau la Thaïlande. Nous suivons donc un affluent frontalier qui nous montre d'autres peuplades curieuses elles aussi. Mais à partir de ce point une nouvelle donne vient changer notre programme de visite... Dans cette région, nous dit-on, vous entrez dans "le Triangle d'or", ah bon… Y aurait-il des mines aurifères par ici ? Non, on le surnomme "Triangle" car cette zone naît aux confins de trois pays, trois provinces oubliées, loin des capitales et perdues dans les montagnes c'est la jonction de la Birmanie, du Laos et de la Thaïlande. Et "Or" parce que le commerce qui s'y pratique est plus rentable que le métal jaune, fût-il précieux ! C'est le No Man's Land de la drogue, la Route du commerce de l'opium. La prudence et la rigueur reviennent à l'ordre du jour en préparant ces itinéraires. Néanmoins, nous souhaitons poursuivre la route en remontant encore un peu le Haut- Mékong…


     L'opium et le Triangle d'Or… Toute une épopée dans l'histoire de la Thaïlande et du Mékong…


     Cette histoire de l'opium commence par une fleur, le pavot. Dans les provinces montagneuses du Nord, de tous temps on a cultivé le pavot. L'image qui en découle à d'ailleurs fait tache dans nos mémoires d'écoliers… Pour illustrer " l'Orient ", on représentait volontiers jadis, un vieillard chinois, squelettique, tirant sur sa pipe, assis au fond d'une cabane de bambou. Si cette image malheureuse reste, il n'est pas rare de voir dans les villages du Nord cette scène qui est loin d'avoir disparu. Mais qu'est-ce que l'Opium ? Qu'est-ce donc que ce fléau moderne ?


     L'Opium est une sorte de résine qui provient d'une fleur, le fameux pavot, dont on incise le capitule pour en faire couler le latex. Cette pâte, séchée au soleil, est compactée en petits pains. Ces pains d'opium sont alors raffinés pour obtenir la morphine base. Cette morphine est raffinée à son tour pour donner l'héroïne. Il faut environ 250 hectares de pavots pour tirer 20 kg d'opium qui produiront à leur tour, outre la morphine, un kilo d'héroïne pure d'après les spécialistes…


     Si la morphine est un produit très utile de la pharmacopée moderne, contre la douleur, il n'en est pas de même de l'héroïne qui est un stupéfiant extrêmement toxique, une drogue "dure", mortelle.


     Si les peuplades isolées usant de ce latex de pavot qu'ils font brûler dans leurs pipes ne représentent pas un danger, il n'en va pas de même pour les utilisateurs de drogues dures… Ils deviennent les épaves du monde occidental et un péril pour nos communautés urbaines. En plus, le volet économique n'est guère brillant. Cet "argent sale" alimente les mafieux, les cartels et les trafiquants d'armes en y amenant des fonds considérables… Une plaie pour les économistes du monde entier.


     Pour avoir une idée du drame économique qui se joue dans ce triangle d'Or, voici exposé le dilemme. Un hectare de fleurs de pavot pouvant produire près d'un kilo de "pâte" permet à son récoltant de gagner entre 500 à 700 dollars suivant la qualité. La même surface plantée en fruits, légumes, agrumes ou céréales ne lui rapporterait que seulement 100 à 150 $, soit 5 fois moins. On comprend dans un premier temps pourquoi cette spécialité s'est imposée. Mais dans un second temps, c'est aussi l'argent ramassé au bout de la chaîne, produit par le consommateur finalement, qui est considérable. Car toute cette pseudo économie est jalousement gardée dans des mains mafieuses. Les peuplades paysannes de ces montagnes isolées, complètement oubliées n'ont fait que saisir l'opportunité qui leur est donnée. Des gangs bien organisés, entourés de milices armées jusqu'aux dents surveillent ce trésor qui transite par le Mékong... Ce fleuve est la plus importante artère économique de toute la péninsule indochinoise. Mais aussi celle qui écoule la production de ce Triangle d'Or !


     Au fil du Mékong le pavot se transforme en opium, se concentre en morphine, se purifie en héroïne… Le poison mortel s'en va voguant vers l'occident… Il permet néanmoins de faire vivre les familles des paysans du Haut Mékong… C'est ainsi !


     Retour vers Bangkok, la citée des Anges, Krung Thep pour parler Thaï… Bientôt se profile la frontière de la Malaisie, nos visas expirent déjà…


     Nous rentrerons à Langkawi par le même chemin et Satun. Fin de notre second long périple dans la Thaïlande profonde et historique… Nos vingt huit jours de visa (le temps exacte d'une lune, nous sommes bien en pays bouddhique !) ont été à peine suffisant…


     Mais ce n'est qu'un au revoir…!


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Article ajouté le 2005-11-21 , consulté 2857 fois

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