Le Trésor Des Kerguelen

Chapitre 229 - Pirracy Attack.com

Précédent...Chapitre 228...         

Suivant... Chapitre 230...


Chapitre 229

                    

PIRACY ATTACK .COM

 

 

     Si ce site Internet (voir nota en bas) ne vous dit rien, eh bien pour un navigateur prévoyant de router par la mer Rouge, c'est une mine d'or. Pour nous, malheureusement comme beaucoup d'autres gens du voyage en bateau, ce site Web consacré aux statistiques des attaques pirates est arrivé après notre passage dans le golfe d'Aden. Nous aurions eu moins de frayeurs et d'appréhension pour nous lancer dans la gueule du loup. Car c'est bien cela ! Quand on part en navigation pour le golfe d'Aden, on va se jeter parfois sans le savoir dans un piège…


     Que sont donc exactement ces attaques de pirates dont tout le monde parle dans le milieu de la voile hauturière à propos du Yémen, des Somalies…? On a entendu de tout sur ces attaques de pirates… De la plus dramatique histoire jusqu'à la suspicion même d'existence de ces attaques, la plus insensée… Deux exemples pour montrer ces extrêmes… Un voilier japonais se serait fait attaquer sur les côtes yéménites, les 3 occupants auraient été sauvagement assassinés… A-t-on entendu dire… Après moult recherches, pas de date, pas de trace, pas de nom, pas de preuve finalement, rien… A-t-elle vraiment eu lieu cette attaque…? Le doute s'installe.


     Celui-ci vécu par nous-mêmes lors de notre passage à Singapour. Parlant de ce sujet "à risque" pour nous les gens de bateaux, un (plus précisément  "une" en l'occurrence) chef de service de l'ambassade de France nous a répondu du tac au tac en affichant une niaiserie évidente…


" Ça existe encore ça …les attaques de pirates…? "


     Venant de la bouche d'un diplomate, chef de cabinet, ignorant à ce point des faits avérés nous a paru complètement stupide, voire dangereux. Quant à leur sérieux concernant justement la protection des résidents français à l'étranger… Eh bien là, le doute s'installe très vite après ce genre de réflexion. Passons !


     Les gens du milieu maritime grossissent parfois certains faits, c'est probable. Mais à l'autre bout de la chaîne de la communication, les officiels les dénigrent complètement… Vous voyez quand je dis que l'on voit de tout sur le sujet…! Au milieu, pour celui qui comme moi est en quête du savoir absolu, se trouve une certaine vérité, probablement… Une vérité certaine, affligeante, assurément !


     Après avoir sérieusement enquêté sur le sujet, voici résumé ce que nous avons vécu et collationné en 2003 lors de notre passage dans le golfe d'Aden. C'est un reflet assez fidèle des cas les plus fréquemment survenus ces dernières années. Les différents scénarios nous semblent bons à connaître. C'est probablement la meilleure manière de prévenir une attaque et par là même la déjouer ou savoir s'en défendre au moins lorsqu'elle survient.


     Tout d'abord le cas de l'île de Socotra.


     Cette île somalienne se trouve située au large du cap Guardafui, tout au coin de ce pays africain appartenant au quart-monde. Il faut savoir que l'archipel autour de Socotra a abrité de tous temps des pirates. Dans l'histoire de la marine on s'aperçoit que même les grands navigateurs y ont subi des attaques. Le statut de ces îles dissidentes est donc établi depuis fort longtemps. Les pirates qui y sont basés aujourd'hui opèrent avec des bateaux modernes genre cigarettes sur-motorisées. C'est leur statut même : ils sont contrebandiers de pères en fils et vivent de leurs butins. A l'occasion un voilier sera une proie facile, et pourra être attaqué mais ce n'est pas leur objectif principal. Eux n'hésitent pas à attaquer les "gros". Ils recherchent donc des marchandises monnayables à la "valeur ajoutée". Ils n'hésitent pas à prendre des cargos ou des pétroliers à l'abordage, style commando. Pour s'en prémunir il faut passer au large, bien à l'extérieur de l'île de Socotra et le risque est minimisé. Ce cas de Socotra est similaire à celui de Philipp Chanel près de Singapore. Dans tout le détroit de Malacca on peut subir également ce type d'agression mais plus rarement. Dans tous ces cas on est face à des "professionnels" du piratage maritime.


     Deuxième point noir et ce n'est pas le plus simple à évincer, le cas des boat people somaliens. De toutes ces dernières années, ce sont eux les plus dangereux pour les plaisanciers. Cette année encore en 2003, sept voiliers ont été attaqués, en deux groupes distincts. Un seul a été dépouillé, sans blessure ni perte humaine fort heureusement, mais c'est encore de trop. Une bonne connaissance du scénario de l'attaque aurait permis d'éviter ça…


     Voilà ce qu'il faut savoir pour ce cas précis. Le premier groupe était devant nous et le second derrière !…/…


     Les attaques ont toujours lieu à peu près dans les mêmes endroits. En fait il y a deux passages distincts de boat people, de "clandestins" mais au scénario identique…A savoir en premier, en arrivant d'Oman, une ligne entre les villes de Bosaso sur la côte Nord-Est des Somalies et une baie déserte juste dans l'ouest de Mukala au Yémen. Les attaques ont lieu vers les 48, 49ième méridiens Est et entre 25 à 50 milles des côtes yéménites. Le second point d'attaque se situe sur la ligne entre les villes de Berbera sur la côte Nord des Somalies toujours et le golfe de Bandar Imran dans l'Ouest de la ville d'Aden. Ce sont les environs du 45ième Est cette fois. Pour ce dernier les attaques ont eu lieu sur un plus large éventail, au centre du passage. Mais à cet endroit le golfe est aussi plus resserré. Voilà pour ce qui concerne des localisations précises sur les principales attaques contre des voiliers. Les attaques se passant le plus souvent au petit matin le samedi ou bien le dimanche. Pourquoi le week-end ? Eh bien nous le savons pas, c'est un constat ! Dans ces dernières années, une seule attaque sur toutes celles recensées, a eu lieu un jeudi matin.


     Maintenant concernant la procédure utilisée…


     Pour les deux dernières attaques qui sont survenues à la mi mars 2003, les agressions ont été perpétrées par les mêmes pirates avec la même façon de faire… A savoir… Ce sont trois chaloupes de sauvetage, couleur bleu ciel, qui traversaient depuis Bosaso vers le Yémen chargées de réfugiés (entre 30 et 50 personnes entassées, hommes et femmes). Leurs passeurs sont les pirates (des caïds) et sont fortement armés, avec des pistolets mitrailleurs (genre AK 47 d'après un témoin)… L'attaque s'est déroulée le samedi 15 mars peu après le lever du jour à 35 milles des côtes yéménites, près du 48ième Est. Deux des trois chaloupes sont venues s'arrimer à l'arrière, sans précaution, à couple du voilier. La dernière restant à proximité, en surveillance. Les hommes armés ont tout de suite intimé à l'équipage l'ordre d'affaler les voiles et de stopper le moteur du bateau. Ils parlaient dans un anglais médiocre. Ils paraissaient être quatre ou cinq "pirates" par bateau. Les passagers clandestins, se cachant dans les fonds, semblaient terrorisés par l'attaque et "subir" la chose. Deux pirates ont sauté à bord et menacé le skipper d'une arme en demandant l'argent et tout le matériel radio du bord. Pour le cas de "Bambella", un voilier allemand, il s'est exécuté pour ne pas prendre le risque d'une effusion de sang. Les pirates sont repartis aussitôt avec 600 dollars en espèces et toutes les radios, VHF, BLU, récepteurs… Personne à bord sur les trois passagers n'a été blessé mais personne non plus n'a tenté de riposter. Sur l'autre voilier attaqué le même jour au même endroit, il s'agit encore d'un voilier allemand, "Joséphine". Il s'agit des mêmes chaloupes, avec le même scénario. Son skipper, solitaire, qui venait juste d'apprendre l'attaque du premier voilier, a tout de suite sorti son pistolet lance fusée et tiré vers les agresseurs qui ont ouvert le feu… Deux balles ont atteint le voilier sans faire trop de dégâts (hauban abîmé). Mais cette riposte immédiate a toutefois fait hésiter les pirates qui ont suivi le bateau à distance et ont fini par abandonner la chasse. Un escorteur de la Navy ayant également reçu leurs appels de détresse, arrivait aussi sur zone environ deux heures plus tard. Etant en zone maritime internationale, il n'y eut aucune intervention de leur part !

 


     Pour ce qui est du premier voilier attaqué, "Bambella", son skipper Michaël, nous a dit avoir cru à la vue des chaloupes qu'il pensait réellement à des naufragés. Il s'était même tout de suite préoccupé de savoir comment il pouvait faire pour aider autant de gens peut-être assoiffés et affamés depuis plusieurs jours…! Pas un instant il n'avait pensé à une attaque de pirates. Ces gens utilisent la ruse et la protection du bouclier humain des clandestins en fait pour éviter une riposte armée. Les attaques contre les voiliers, finalement, sont opportunistes, parce que "sur la route de la contrebande" entre les deux pays… Ces clandestins sont jetés sur la côte dans des baies désertes du Yémen et les pirates retournent en Somalie, avec des armes, des cigarettes, de l'alcool…/… L'électronique volée sur les bateaux de plaisance semble être un butin destiné à "leur propre besoin" pour com-muniquer entre eux, …entre pirates ! Aucune des trois chaloupes n'était équipée de radar.


     Conclusion, si vous voyez des chaloupes de sauvetage venir vers vous, dans ces parages, bordez plat et fouettez les chevaux mécaniques pour filer au plus vite. Leur vitesse maximum étant de 7 à 8 nœuds, cela sous-entend que la vôtre permet aussi de leur échapper. Ce qui n'est pas toujours évident. Parmi les rencontres possibles dans ce coin, il faut signaler également des pêcheurs qui ne sont pas spécialement des pirates… Ils viennent demander si l'on a aperçu des dauphins en chasse. Eux traquent le thon et quémandent au passage quelques cadeaux… On trouve toujours quelques friandises ou petites choses à offrir à ces pauvres bougres… Dans le Golfe d'Aden, pour notre part nous avons été approchés et à plusieurs reprises par ces simples pêcheurs tant somaliens que yéménites. Ils étaient par petits groupes de 2 à 4 bateaux en général. Composés aussi de 2 ou 3 pêcheurs dans des barques non pontées, motorisées avec des hors-bord. Incroyable, on les a rencontrés au milieu du golfe d'Aden, jusqu'à plus de 80 milles des côtes ! On a bien du mal parfois à dissocier les pêcheurs, des pirates. Pourtant ces deux mondes cohabitent en mer et sont bien différents !


     Pour la petite histoire, nous sommes passés dans le golfe d'Aden entre deux attaques des pirates. On ne sait pas si c'est du à la chance, au hasard ou encore aux forces armées présentes avec la guerre d'Irak… Toujours est-il que nous sommes passés à côté. Tous les navigateurs ne peuvent pas en dire autant. Une dernière précision également qu'il me semble bon de connaître… Par habitude les navigateurs Anglo-saxons se regroupent chaque année dans le port de Salaalah au Sultanat d'Oman afin de traverser la zone à risque, en convoi. Ce qui semblerait au départ être un atout pour affronter les pirates n'en est absolument pas un. Pour preuve cette année 2003, les deux attaques de la mi mars ont eu lieu respectivement sur un groupe de cinq voiliers naviguant ensemble à vue, et le second sur deux bateaux proches également. Nous, étions entre ces deux groupes, seuls ! Le regroupement ne semble donc pas un facteur de dissuasion. Il faut toutefois admettre que le fait d'être nombreux permet de donner l'alerte avec certitude. Ce qui ne sera pas aussi facile pour un solitaire. Pour notre part, passant dans la zone des 48 - 49ième le lendemain d'une attaque, et les voiliers ayant eu le temps de lancer des SOS, un avion Orion de l'armée américaine alerté, avait patrouillé la zone durant deux jours. Effectivement nous l'avions aperçu à deux reprises sans avoir eu connaissance de l'attaque. Avons nous profité de ce répit ? …Peut-être ! Mais le surlendemain une nouvelle attaque se déroulait au même endroit… Alors la "protection" de l'armée US semble aussi illusoire que de se regrouper… Pour nous prévenir de ces attaques, nous avions démonté certains appareils, laissé quelques autres, usagés, bien visibles avec quelques sauvegardes essentielles… Exécuter le Be-A-Ba de tout voyageur prévoyant en somme ; cela permet de limiter la casse ! Nous sommes passés à côté d'une piracy attack, comme disent les anglo-saxons, tant mieux. Je reconnais néanmoins que ce risque nous pourri la vie lorsqu'il s'agit de naviguer dans ces parages. Ceci est vrai pour toutes les zones à risques…

 


     A peine débarqué en France, je me suis intéressé au sites web traitant des "Piracy-attack", ils sont nombreux sur le NET… En autre je suis tombé sur une étude statistique, émanation du Llyod's et du Bureau Maritime Internationale sur les actes de pirateries en Mer, il disait ceci en octobre 2003…

 


"Les actes de piraterie maritime ont atteint des sommets. Quelques 344 attaques ont eu lieu dans le monde durant les neuf premiers mois de l'année, dont le quart en Indonésie, contre 271 durant la même période de 2002 et 253 en 2001. Ces actes sont de plus en plus violents : vingt membres d'équipage ont été tués, contre six en 2002, et 43 ont été portés disparus ! La piraterie sévit particulièrement, outre l'Indonésie, au large du Bangladesh, du Nigeria, et dans le détroit de Malacca entre la Malaisie et l'Indonésie ".


     Dans cette enquête il n'est donc même pas fait mention de la zone du golfe d'Aden, et de l'île de Socotra. Pourtant elles existent bien en tant que telle, elles aussi, et ceci principalement pour les voiliers !


     Alors chers amis navigateurs au long cours… Avant d'aller jeter naïvement votre bateau dans le piège des chaloupes de sauvetage endiablées…


     Un seul moyen, jeter sagement en premier un œil sur le NET. Lancer une recherche avec votre moteur favori sur…


     PIRACY ATTACK . COM       ...Qu'on se le dise !

 


Site Web concernant plus particulièrement la piraterie envers les Yatchs avec une mise à jour permanente, vraiment complet avec tout plein de liens et archives..., en anglais...ici... Pour info, l'attaque que nous rapportons dans ce chapitre, où nous avons eu la chance d'être le seul bateau épargné, est entièrement décrite ici sur ce site. Voir en archive : "2003 Red Sea", puis "Bambola's report notes attack"...


Site gouvernemental, français, parlant de ces zones et de la conduite à tenir pour s'en prémunir...ici...

 

N.B. : Il existe sur le NET des centaines de sites traitant de la piraterie maritime, aussi j'ai pris ce "nom générique" pour définir le titre de ce chapitre ! Sur le WEB, on trouve vraiment de tout, du plus fantaisiste au plus dramatique ! Pour retenir les sites les plus pertinents, entrer de préférence sur votre moteur de recherche favori, les formules de requêtes suivantes...:

   - Bureau Maritime International (ou International Maritime Bureau en anglais).

   - Llyod's Piracy Bulletin - Yatch Piracy

   - Piracy Attack - Piraterie Maritime

Les forums de RFI ou de Thalassa se font échos aussi de ces problèmes.


Suite du TOME II...Chapitre 230...

 

Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...

 

Podium des sites annuaires pour le nombre de visites sur notre Blog...


1) http://www.uniterre.com/

2) http://www.annuaire-blogs.net/

3) http://www.blog4ever.com/

4) http://www.centmilleblogs.com/ 

5) http://www.annuaire-blogs.fr/



Article ajouté le 2005-11-21 , consulté 1862 fois

Commentaires


sirroco8 le 13/10/2006 à 02:57:22
Meerci pour ce chapitre sur les pirarcy attack, personne n'en parle et pouratnt elles existent bien ! A vous lire, vous avez eu vous-mêmes beaucoup de chance semble-t-il !

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " TOME 2 - Chap. 201 à 240 "

Retour aux articles


Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever