Le Trésor Des Kerguelen

Chapitre 232 - La Onzième Plaie d'Egypte

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Chapitre 232


LA ONZIEME PLAIE D'EGYPTE

 

 

      - Çé seul'ment vingt livres mon ami,, çé vrément pas cher my friend ! J'té fé un prix d'ami !

     Voilà un phrasé typique et harassant que nous avons entendu mille fois durant notre périple en Egypte, plus encore sur les lieux touristiques. Même quand on a aucun besoin, par exemple vouloir prendre le frais du soir au clair de lune, eh bien NON, en Egypte il est impossible de le faire tranquillement ! Vous serez toujours sollicité par un vendeur de babioles… Abordé par un rabatteur de boutiques de luxe… Hélé par un "driveur" de calèche… Entraîné par un racoleur d'hôtel à touristes… Harcelé par un emmerdeur public et patenté, quoi…! Il n'y a pas d'autres mots pour résumer l'attitude de ces personnages pénibles de tout trottoir égyptien. C'est à croire que le touriste est …disons un objet vulgaire, pour ne pas être grossier ! On ne peut même plus s'en dépêtrer de ces gens si on n'abuse pas soi-même d'un minimum de fermeté sinon d'un gros mot extrait de leur langage. C'est ce que nous avons fini par user, nous aussi…


     - Him chit ! Fout le camp ! (emprunté au matriarcat arabe). Certes, parler ainsi n'est pas très élégant... Mais devant le manque de respect notoire de certains personnages, le résultat est garanti ! La paix est à ce prix.


     Si la Bible nous dit qu'il y eut les "Dix plaies d'Egypte"… Vous savez quand Moïse (et là je ne parle pas du fiston, mais de l'Original qui vécut au 13ième siècle avant J.C.!) a demandé à son grand patron Yahvé de jeter un sort sur son peuple s'il ne voulait pas le suivre en Terre Promise… C'est ça cette histoire de plaies d'Egypte… Je vous les rappelle… 1) Eau du Nil changée en sang. 2) Pluies de grenouilles. 3) Vermine. 4) Bêtes féroces. 5) Peste. 6) Ulcères. 7) Grêle. 8) Sauterelles. 9) Ténèbres. 10) Mort des premiers-nés… Les pauvres, il leur en a collé sur le dos, des galères… Ce Moïse avait certainement dû faire Sciences-Po lui aussi. On dit qu'il était seulement berger ! En attendant, si la Bible nous en donne dix,… Moi je dis que les racoleurs sont la "Onzième plaie d'Egypte", sans hésiter ! Eux ne datent pas de l'époque de Moïse, non, mais du 20ième siècle… Ils sévissent plus que jamais au 21ième


     En tous cas, dans ce magnifique pays qu'est l'Egypte, cette "pléiade" de baratineurs vous gâchent souvent vos visites. C'est bien dommage car ce pays à l'histoire si longue, si riche, mérite vraiment qu'on s'y attarde. Allez, oublions un instant cette onzième plaie d'Egypte et nous vous invitons à partager nos découvertes aux pays des Pharaons.


     Arrivant du Soudan, nous avons fait escale dans le port de Safaga. C'est là que nous faisons nos formalités douanières pour l'Egypte et tout l'avitaillement nécessaire à un routier des mers. Nous y attendons également la fin d'un Khamsin, ces coups de vent d'Ouest soufflent en tempête sur le désert. Ils lèvent aussi des tonnes de poussière et de sable rendant la visibilité complètement nulle. C'est par ailleurs ces Khamsin qui sont à l'origine du nom même de la mer Rouge. En effet les énormes quantités de sable du désert qui sont projetées dans les flots favorisent le développement d'une algue rouge particulière. A certains moments, principalement au printemps, après un fort coup de Khamsin cette algue se développe parfois rapidement en colorant des zones entières de la mer …en rouge, d'où son nom ! Mais, au fait… Comment, la première Plaie d'Egypte ne serait donc pas une malédiction de Yahvé…? Pour moi, rationaliste pur et dur, chercheur intarissable de l'absolu, non, le même phénomène se produit également sur le Nil depuis le "commencement des temps" ! Le "sang" de la Bible, de la toute première Plaie d'Egypte n'est autre qu'une algue rouge microscopique, elle prolifère dans l'eau après le Khamsin !


     En attendant, la tempête de sable nous aveugle et nous saoule ; ces perturbations sont assez fréquentes au printemps. En moins de deux heures la température peut monter de plus de 20 degrés et l'hygrométrie chuter à moins de 15 %… Elles vous transforme-raient rapidement en momie.

 


     Quand on atteint Safaga, situé tout au Nord de la mer Rouge, on commence à se sentir soulagé, la délivrance n'est pas loin. En effet, pour atteindre le canal de Suez, eh bien il ne reste plus qu'à remonter le golfe du même nom, Suez. Ce petit golfe étroit qui prolonge par un bras Ouest la mer Rouge, n'est pas bien long, environ 140 milles. Et s'il est encombré par de nombreuses plates-formes, pipelines et puits de pétrole, il offre néanmoins des tas de bons mouillages, sur ses deux rives. La remontée de la mer Rouge sent la fin et c'est bon signe pour les navigateurs qui atteignent cet endroit sans encombre. Oh !… D'autres ennuis surviendront avec les administrations tatillonnent… La marine égyptienne et sa corruption… Les agents raquetteurs du Canal… Mais ça c'est encore autre chose…

 


     Nous avons atteint le port de Suez. Dans la foulée, la première partie du Canal a été embouquée avec rapidité. Nous sommes en escale à Ismaëlia. Cette ville sise sur le bord du lac Timsah est à mi-parcours du Canal. Un petit yacht club y est implanté. Particulièrement bien situé en face du Caire et accueillant, ce petit port de plaisance permet aux navigateurs, empruntant le Canal de Suez, d'y laisser leurs bateaux en toute sécurité. Quoi de mieux pour se lancer dans l'intérieur des terres, sur les traces des pharaons, des bédouins ou de Napoléon ?


Ce que nous avons fait !


     Première visite qui s'impose d'elle même, en Egypte : les pyramides. N'oublions pas qu'elles figurent en premier dans la fameuse liste des Sept Merveilles du Monde, selon le poète phénicien Antipater…


Alors, à tout seigneur, tout honneur, n'est-ce pas ?


     Un gros avantage pour trouver les pyramides, c'est qu'elles sont situées juste dans la banlieue du Caire, la capitale. Lorsque l'on descend du bus, à leur pied, on est saisi d'une drôle d'impression. Non par ce que l'on voit, on ne les aperçoit pas immédiatement ! Non, c'est plutôt un drôle de ressentiment : par ce qu'elles incarnent ! Depuis l'enfance, au plus loin des souvenirs de l'école primaire, cette image et ce mot sont gravés dans notre mémoire : PYRAMIDES ! Eh bien dans les instants qui précèdent la vraie vision de ces "tas de cailloux" anciens, on est pris d'une sorte de vertige intellectuel, comme si notre cerveau était soudain saisi de courts circuits intempestifs… Curieuse impression !


     Et tout à coup, "fuiittt", plus rien, le "malaise" disparaît, vous avez les choses en question devant votre nez. C'est Chéops qui surgit la première puis voici Chéphren et enfin la petite dernière Mykérinos. Je crois que ce phénomène doit se produire pour bien d'autres choses encore. Je pense qu'il s'agit de la transposition du virtuel, de la pensée abstraite, avec la vision du réel, simplement. Lorsque l'on attend longtemps un événement, une chose imaginée mille fois, le jour où il (elle) arrive, on est souvent "déçu". Une liaison électrique dans le cortex doit opérer quelque chose comme "l'aboutissement d'une attente" et créer cette curieuse sensation. Pour nous, devant les pyramides du plateau de Gizeh, de même. Les découvrant ces buttes de roches empilées, on a tous le même mot à la bouche… C'est ça les pyramides, ah bon ! Des tas de pierres assez banales finalement !

 


     Ne croyez pas que l'on soit blasés, non, cette sensation est vraiment ressentie étonnamment par beaucoup d'entre nous. J'ai seulement essayé de vous la décrire. Passée cette étape de la découverte, on se rend compte immédiatement que, de ces monuments, se dégage une grande solennité. Ces constructions géométriques sont dantesques. Elles servaient de tombeaux aux rois de l'ancienne Egypte, les pharaons, il y a 4 à 5000 ans. On a de quoi être impressionné par cette extraordinaire remontée dans le temps que l'on peut ressentir, toucher du doigt ! Nous suivons les sentiers qui zigzaguent entre les grandes pyramides des rois, les petites pyramides des reines, les cimetières, les barques solaires, les causeway (allées) et le Sphinx… On a beaucoup de mal a imaginer ce que pouvait être la vie de ces gens qui ont construit ces monuments fantastiques. Si les pyramides que l'on voit aujourd'hui, ou plus exactement ce qu'il en reste, ne sont pas spécialement belles en soi, il devait en être bien autrement lorsque Napoléon lui-même les admirait… Encore une phrase, oh combien célèbre, que Bonaparte prononça ici même…


     Qui ne connaît pas le…


     " Messieurs du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent " !


     Pour ma part, en fouillant la vie de notre empereur, j'y ai déniché une anecdote amusante. Bonaparte était un stratège hors pair, il passa trois années de campagne ici, c'est connu. Ce qui l'est moins, c'est qu'il était passionné par les mathématiques. Un jour sur le plateau de Gizeh, dubitatif devant les pyramides, il fit cette confidence à son ordonnance… "En prenant toutes les pierres de ces trois édifices, on pourrait entourer la France d'un mur d'enceinte de trois mètres de hauteur sur une largeur de trente centimètres". Etonnant, Non ? Très grand stratège ce Napoléon et pragmatique, somme toute ! Heureusement qu'il n'avait pas de disponible sous la main un porte-conteneurs et quelques bulldozers, sinon le bougre embarquait le tout et allait édifier illico son rempart autour de l'Hexagone ! Mais lui a eu le privilège de les contempler, complètes.


     Petit aparté concernant l'obélisque de Louxor qui le fascinait tant et qu'il souhaitait ramener avec lui ; il ne le fera pas. Mais ce monolithe géant dédié au dieu soleil et racontant les règnes des pharaons Ramses II et III sera offert finalement à la France par le vice-roi d'Egypte, Méhémet-Ali à un successeur, Charles X puis érigé sous un autre encore : Louis-Philippe 1er. Il trône fièrement aujourd'hui, fidèle à place de la Concorde. C'est le plus "Vieux" au sens noble, de tous les monuments de Paris.


Revenons à ces pyramides si majestueuses…


     En effet, il y a quelques générations elles étaient encore entièrement recouvertes de plaques de granit rose d'Assouan. La forme globale donnait alors l'aspect d'une figure géométrique parfaite, polie, pure et réfléchissante. On imagine l'effet miroir de leur couleur rose, tigrée, dans le soleil couchant du désert… Cette vue devait être quelque chose de divin !


     Quand on pénètre dans le long couloir qui descend vers les chambres funéraires on est saisi par une sorte de vide acoustique, par la disposition même des tombes, des galeries d'aération ou des salles d'embaumement… La beauté et la finesse des fresques murales, par les scènes de vie et leurs symboles, incitent à la découverte. Les sarcophages, les masques ou les momies expriment des sensations de félicité, de bien-être. Ces demeures mortuaires, royales, avaient réellement été conçues pour figer leur épanouissement, leur bonheur dans l'éternité. On est subjugué par autant de splendeur ! Si les trois pyramides du Caire sont les plus belles, les plus grandes et les plus visitées, elles sont loin d'être les seules sur cette terre d'Egypte : 94 autres ont été découvertes jusqu'à ce jour. Peut-être en reste-t-il encore enfouies dans les sables du désert ? Les chantiers de fouilles se poursuivent…


     Après les Pyramides, dans la même série de l'histoire de l'ancienne Egypte, une autre visite s'impose au visiteur. C'est la vallée des Rois, la haute vallée du Nil. Elle se découvre à partir de la ville de Quéna. Les trois sites touristiques principaux sont Louxor, Assouan et Abou Simbel.


     La vallée du Nil dégage quelque chose de féerique. C'est durant notre escale de Safaga que nous sommes allés à Louxor visiter la vallée des Rois. L'autocar vous fait traverser le désert durant des heures dans un dédale de vallées dénudées, sauvages et silencieuses, monochromes. Puis tout à coup au débouché de l'une d'elle, changement complet de décor. Les couleurs vous inondent, le bruit vous assaille. Des paysages lumineux de verdure sautent aux yeux. C'est la vallée du Nil qui apparaît. Des palmeraies, des champs, des villages, des fermes grouillantes de vie bordent la plaine et les rives du fleuve. Le contraste avec le désert est frappant. Nous sommes dans la vallée des Rois. Les petites villes provinciales et jumelles de Louxor et de Karnak montrent leurs temples pharaoniques, leurs obélisques, leurs colonnades, leurs allées de Sphinx... De l'autre côté du Nil, c'est la Vallée des Rois puis celle des Reines qui nous font découvrir à l'identique des pyramides, d'autres tombeaux royaux. Ces tombes avaient été creusées à même la montagne dans le désert puis obstruées pour parer la fougue des pillards. Découvertes récemment, elles sont restées inviolées durant des milliers d'années. Aujourd'hui encore les archéologues poursuivent les fouilles et de nouvelles trouvailles voient le jour régulièrement. L'Histoire de l'Egypte ancienne livre ses secrets au compte-gouttes.


     - Hé mon ami, çé pas cher, j'té fé un prix my friend…


     Ça y est les revoilà encore… La onzième Plaie d'Egypte débarque en force… Mais maintenant nous avons notre botte secrète. Quand un gouailleur insiste un peu trop impoliment… Celui-ci y aura droit et repartira complètement interloqué en me demandant même une fois si je n'étais pas …Israélien ? Je me suis bien gardé de lui répondre !


     Plutôt que de monter jusqu'au site d'Abou Simbel, nous avons choisi de visiter quelques villages de l'intérieur. Ecartant les accapareurs patentés, nous avons fini par dénicher un chauffeur de taxi sympathique. Au grand dam de ses collègues, arnaqueurs infatigables, Samid lui est un brave père de famille. Sa vieille guimbarde, une Peugeot démodée, n'a pas l'allure des rutilants taxis climatisés mais nous, avons la sensation de participer à quelque chose de plus serein en le choisissant… Ayant compris notre attente, il nous propose d'aller visiter son village natal du vieux Guerna, de nous montrer le marché où travaille sa famille… Voilà ce que nous aimons particulièrement, quitter les chemins touristiques trop bien balisés et ainsi mieux pénétrer la vie des égyptiens d'aujourd'hui. C'est ça aussi visiter un pays, même s'il possède quarante siècles d'histoire, rien n'empêche de s'imprégner des préoccupations du temps présent ; bien au contraire ! Je crois même que c'est cela qui rapproche les peuples au quotidien ! Nous passons une journée sensationnelle en sa compagnie. Nous n'hésitons pas à donner à notre ami Samid en le quittant, un pourboire …royal, comme sa vallée.


     Prochaine visite le Sinaï, la montagne de Moïse…


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Article ajouté le 2005-11-21 , consulté 4800 fois

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