Chapitre 235 - Au Pays des Mille et Une Nuits
AU PAYS DES MILLE
ET UNE NUITS
Nous venons de quitter Port Saïd et les agents du Suez Canal Authorities, sans regret…
Comme la grande majorité des plaisanciers, nous sommes si heureux d'atteindre la Méditerranée que nous ne stoppons pas un seul instant au yacht club de Port Saïd. Passant devant les bureaux de SCA, nous conservons toute notre vitesse. La pilotine vient se mettre à couple de notre voilier au milieu du Canal et récupère le pilote de SCA au "vol". La manœuvre peut paraître cavalière mais non …elle est nécessaire si on ne veut pas une fois de plus se frictionner avec les autorités égyptiennes… Aux pays des Pharaons, les "rapaces" ont remplacé depuis quelques temps déjà les Sphinx… C'est ainsi !
Allez, place aux vagues de la mer méditerranée. Et ce n'est pas un petit yacht de douze mètres, fut-il en acier, qui va les impres-sionner. Car elles en ont vu des bateaux ces vagues …de toutes sortes et depuis fort longtemps !
Trois jours se sont écoulés depuis que les côtes égyptiennes ont disparues dans le sillage. Au fur et à mesure que Kerguelen traçait sa route en direction du Nord, le vent se faisait de plus en plus faible, jusqu'à disparaître complètement. Le moteur auxiliaire est mis à contribution. Au petit matin de ce quatrième jour, une purée de pois épaisse et froide envahie la mer. C'est un signe : nous approchons des côtes turques. Kerguelen taille sa route en aveugle dans le brouillard et en ligne droite. Destination : Finike, petit port de plaisance tranquille et isolé dans le Sud-ouest de l'immense baie d'Antalaya. Le radar est rapidement sollicité lui aussi pour y "voir" quelque chose dans cette aveuglante laitance monochromatique. Sur l'écran de notre scope, la ligne de côte se manifeste bientôt. Elle apparaît à huit milles nautiques environ, soit une petite quinzaine de kilomètres. Atterrissage prévu dans deux heures environ. Après le petit déjeuner, nous nous installons sur le pont malgré le froid ambiant et ce brouillard à couper au couteau qui ne nous lâche pas ! Il n'y a pas une ride sur l'eau. Pas un bruit alentour ne vient troubler le ronron, à peine perceptible, du moteur. Il nous propulse à cinq nœuds (neuf kilomètres /heure) vers cette Turquie tant espérée…
Puis tout à coup, sans s'y attendre, nous sortons du brouillard brutalement. Le spectacle qui s'offre à nous est surprenant, grandiose même… Au loin sur la mer toujours du brouillard par nappes. Mais là devant nos yeux, une immense chaîne de montagnes, barrant notre route, émerge de cette couche nuageuse posée sur l'eau. Les plus hauts sommets sont immaculés de neige, rayonnants de lumière en se découpant sur un fond de ciel azur ! Le coup d'œil est réellement féerique, enivrant dans ce petit jour. C'est la chaîne des Monts Taurus dans toute sa splendeur. Elle parcourt tout le Sud de la Turquie d'Est en Ouest sur près de mille kilomètres…
Nous voici parvenus au Pays des Mille et une nuits !
A peine installés dans le port de plaisance, les formalités d'entrée sont expédiées en quelques minutes. Le personnel de la marina se chargeant de rédiger (en turc !) les démarches plus longues comme la demande de permis de navigation. L'accueil est particulièrement chaleureux et nous ravit.
Notre première impression sur le sol turc n'est pas du tout celle attendue. Comme souvent, l'image d'un pays vous est donnée par des clichés, des stéréotypes bien cadrés que des reportages, des lectures, des émissions télés ou bien des photos vous ont laissés. La réalité étonne parfois. Ici dans cette petite ville provinciale de Finike, les gens sont accueillants, gais, souriants. Certains des commerçants que nous côtoyons dans les premiers instants sont mêmes plutôt affables, voire farceurs. La découverte du peuple turc est faite d'étonnement, d'inattendu ; mais tellement plaisante après l'Egypte. Nous sommes très agréablement surpris, au point que nous décidons de sortir le bateau au chantier du port et de faire immédiatement le carénage. La bonne humeur régnant en maître ici, cela nous donne du courage pour effectuer cette corvée annuelle de toilettage.
Une semaine plus tard Kerguelen a retrouvé une carène flambant neuve. Nous avons tout aussi aisément récupéré notre permis de navigation. Durant cette semaine de labeur, les passions communes aidant, nous nous sommes fait aussi des amis de bateau, des vrais. Patrick et Catherine sont français d'origine mais vivent ici. La Turquie est leur pays d'adoption désormais. Ils nous content leur amour pour ce pays, les us et coutumes locales ; des renseignements oh combien utiles pour les nouveaux venus que nous sommes…
Tout est en règle pour se lancer à la découverte de ce pays riche d'histoire et de légendes… Nous quittons Finike en même temps que nos nouveaux amis "turcs". Eux aussi ont un voilier et nous allons router de conserve. Nous nous réjouissons de ces petits moments partagés.
Nous partons à l'exploration du Pays des Mille et une nuits.
Cette partie plus singulière de la côte Sud-ouest est appelée la "Voie Lycienne" ( Lycie : très ancienne civilisation d'Asie Mineure installée sur cette côte dès le 13ième siècle avant JC, la seule qui résista à l'invasion de l'empereur Crésus –de Lydie- au 6ième avant JC…). Cet exploit est d'ailleurs le plus vieil exemple de l'histoire qui illustre le côté noble et vaillant du caractère turc. Au cours des siècles, les conquêtes et les empires se sont succédés à un rythme phénoménal ! Après tant d'aventures, il n'est pas étonnant que la Turquie soit une des places fortes, l'un des pays phares de célèbres Contes et Légendes populaires ! Le pays par excellence des Mille et une nuits…
Qui n'a pas de souvenirs d'enfance à l'évocation de Ali Baba et les 40 voleurs …Sindbad le marin …Aladin et sa lampe magique ou bien encore de la princesse Schéhérazade ? Toutes ces délicieuses histoires se déroulent par ici, dans le bassin oriental de la Méditerranée ; sur la Voie Lycienne, dans l'Empire Ottoman, à travers la Perse… C'est-à-dire dans l'emplacement actuel de la Turquie et de ses voisins d'Asie Mineure. Un écrivain français, Antoine Galland, spécialiste des langues orientales, s'est attelé à collationner et traduire ces merveilleux contes au tout début du 18ième siècle. C'est grâce à son travail que toutes ces belles histoires sont parvenues jusqu'à nous. Globalement elles ont été appelées les Contes des Mille et une nuits… Elles font plus que jamais les délices des enfants à travers la parole retransmise, la B.D. maintenant ou bien même le dessin animé. Nous voulons nous aussi nous plonger en vrai dans ce monde onirique qui nous trotte encore dans la tête. Il a fait rêver des millions d'enfants, sur tous les continents, dans toutes les nations…
Nous partons à la découverte de la Turquie du 21ième siècle…
Nous sommes à la fin du printemps et pensons bien profiter de la belle saison naissante pour visiter toute la côte Lycienne. Elle s'étend dans le Sud-ouest de la Turquie depuis Antalaya jusqu'à Izmir en pratique, deux grandes villes du pays ottoman.
Dès les premiers milles effectués en navigation côtière, nous faisons connaissance avec la plaisance turque : les "goulettes" (déformation sans doute francique et lointaine de goélette). En pratique ce sont de vraies grandes goélettes (15 à 25 m de long), en beau bois massif, joliment gréées. Elles effectuent du charter, à la journée comme à la semaine tout le long de la côte Lycienne. Ce tourisme nautique à pris un essor considérable en Turquie ces dernières années. Il faut dire aussi que les ports sont nombreux, immenses et bien protégés. Les îlots, les baies, les criques rocheuses, les mouillages de rêve et les curiosités touristiques foisonnent tout le long de cette bordure maritime… Dans ces conditions il est aisé de développer cette activité car tous les ingrédients sont là pour une pleine réussite. Il n'y a plus qu'à promouvoir le tourisme nautique. Ce qui s'est tout naturellement passé depuis les années 90 !
C'est ainsi que nous découvrons avec délice les beautés de la Voie Lycienne… Kékova, Ushagiz, Kas, Kalcan, Féthiyé, Gotchëk, Marmaris, Datcha, Bodrum, Turgutreïs, Ephèse…
Dès les premiers mouillages une chose nous a vraiment surpris, ce sont les vestiges gréco-romains. Il y en a partout ! Les bords de mer sont couverts de temples, de ruines, d'arènes, de tombes, de colonnades, de fresques, de dallages ou autres sculptures de pierres taillées. Dans nos livres d'histoire, on associe presque toujours ces images à la Grèce antique, n'est-ce pas ? Eh bien en Turquie il y en a autnt sinon plus comme aiment à le faire remarquer les connaisseurs ! Pour ça aussi,a c'est une vraie et agréable surprise. Nous mordons au jeu de l'exploration… Nos promenades sur les bords de mer se transforment en remontée dans le temps. Nous épluchons avec enthousiasme la documentation du bord. Nos livres d'histoire, les revues, les encyclopédies sortent des équipets ; on veut découvrir, apprendre et comprendre ce pays fabuleux des Contes des Mille et une nuits.
La Turquie est un méli-mélo de presque toutes les grandes civilisations passées. Aryens, Romains, Grecs, Arabes, Mongols, se sont succédés sur ces terres… Les Turcs d'aujourd'hui sont les descendants directs de tous ces envahisseurs. Pour les derniers, les Mongols, c'étaient des nomades venus d'Asie Centrale vers le 11ième siècle de notre ère chrétienne. En farouches guerriers, ils conquirent les empires arabes et byzantins et dirigèrent le pays d'une main de maître. C'est peut-être ce trait "Osman" (du roi Osmanli : fondateur de l'empire Ottoman) qui a forgé le caractère déterminé et dominant des Turcs. Ne dis-t-on pas dans la tradition populaire occidentale, " Fort comme un Turc" ou encore "Etre une Tête de Turc" ? Toute âme turque possède du sang ottoman, mongol ; par voie de conséquence un caractère conquérant, noble et puissant…
Au cœur du pays turc, moitié plus grand que notre France, se situe l'Anatolie. Cette immense plaine centrale, cachée entre la chaîne Pontique au Nord et les Monts Taurus au Sud, a de tous temps été également habitée. Des sites préhistoriques de communautés humaines le prouvent. Mais son histoire "moderne" commence réellement avec Alexandre le Grand, trois siècles avant JC. Ce roi de Macédoine avait l'ambition de conquérir l'empire Perse ! En 334 avant JC il engage son armée et fonde, juste en face des îles grecques de la mer Egée, mais sur la côte turque : Halicarnasse. C'est la ville actuelle de Bodrum. Vous vous rappelez sûrement du célèbre mausolée d'Halicarnasse, l'une des Sept merveilles du monde. C'était une tombe monumentale (140 m de long, 50 m de large, 35 m de haut!) toute faite de marbre, surmontée d'une sculpture exceptionnelle : un quadrige fait d'ivoire et d'or. Elle fut décorée par les plus grands sculpteurs de cette époque pour le roi Mausole de Carie. Hélas elle a été détruite par un tremblement de terre. Il n'en reste que des ruines aujourd'hui.
Poursuivant sa conquête Alexandre le Grand traversa l'Ana-tolie centrale et aura maille à partir avec ses fougueux habitants descendants des Hittites, la plus ancienne civilisation de cette région turque. Mais il continuera néanmoins jusqu'au confins du fleuve Indus (en Inde)… C'est au cours du retour de cette "croisade" qu'il décèdera à Babylone. Encore un lieu mythique cité dans les Merveilles du Monde lui aussi pour ses "Jardins suspendus"… C'est aujourd'hui dans la grande banlieue Sud de Bagdad, mais il ne reste, là encore, que des ruines !
Après Alexandre le Grand et ses concitoyens grecs qui peupleront cette Asie Mineure ce sont les Perses qui surgissent de l'Est. Au cours de notre ère chrétienne grandissante ce sont les Romains qui arrivent puis bientôt les Arabes. Enfin vers le 13ième siècle ce sont les Mongols, avec à leur tête le célèbre Gengis Khan, qui "déboulent" sur l'empire turc pour en faire le grand Empire Ottoman. L'apogée de cette glorieuse civilisation se situera vers le 16ième siècle avec le règne de Soliman dit le "Magnifique". Leur zone d'influence s'étend alors sur toute l'Europe centrale depuis Vienne sur le Danube en enveloppant tout le pourtour oriental de la Méditerranée. Cela comprend même l'Egypte, la Libye, la Tunisie et l'Algérie actuelle. D'après les écrits, Soliman le Magnifique contrôlait "Tous les sultanats d'Europe centrale et les États barbaresques de l'Afrique du Nord". C'est dire le côté guerrier et combatif des Turcs de cet Empire Ottoman. Ils étaient donc bien "forts", ces turcs ; de vrais battants…. Comme on dit si bien en maths… CQFD : Ce Qu'il Fallait Démontrer !.
On l'aura bien compris, toutes les grandes civilisations qui ont fait l'Histoire turque ont marqué leur passage sur cette terre d'Asie Mineure. Nous ne sommes plus étonnés de voir autant de ruines, de palais engloutis, d'arènes, de théâtres ou de tombeaux sculptés à même les falaises. Ce pays possède plus de 4000 ans d'une histoire particulièrement riche d'évènements, de conquêtes et de rebondissements…
Nous nous régalons chaque jour de paysages et de découvertes nouvelles. Aujourd'hui nous avons escaladé tout en haut, les murs d'enceinte de la citadelle Byzantine de Bozuk-Bükü. Située sur un python rocheux gardant la baie du même nom, elle en a vu passer des générations cette muraille… Nous imaginons le Grand Vizir surveillant la Sultane en maîtresse de harem… Les Janissaires, ces féroces "gardes d'élite" surveillant les marins, espionnant la vie aristocratique depuis la citadelle… Car tout ce joli monde s'épie, se surveille, se jalouse, se dénonce, fomente des coups fourrés à qui mieux mieux. La réussite de la construction d'un empire est à ce prix ! Bon nombre de ces aventures ont été colportées dans les traditions populaires. On n'a pas de mal à imaginer que ce sont tout ou parties de ces vies rocambolesques, de leurs drames, qui ont inspiré les légendes des Contes de Mille et une nuits.
Poursuivant notre route sur la Voie Lycienne nous voici parvenus à Bodrum, la fameuse Halicarnasse grecque. C'est aussi la ville native d'Hérodote, le plus célèbre historien de tous les temps. Nous pensions y stopper deux ou trois jours seulement, histoire de faire la visite des sites de cette belle cité antique… Nous allons y être bloqué pendant plus d'un mois… En cause : une enveloppe de courrier réexpédiée de France s'est "perdue" entre la Marina Karada de Bodrum et la poste de Sète. Oh, nous aurions pu continuer notre route et tenter de faire suivre tranquillement… Oui, mais… Mais cette enveloppe contenait nos deux cartes Visa. Les anciennes cartes arrivaient à expiration fin juin. Nous sommes le 5 juillet… C'est ce qu'on appelle une cata, une vraie. Lorsque vous êtes en pays étranger, votre carte bancaire est votre sésame pour la liberté. La perdre, c'est se condamner à devenir rapidement un indésirable, un hors-la-loi. Sans carte, pas d'argent liquide, et sans livres turques en Turquie, comme dans tous pays moderne, vous ne pouvez absolument plus rien faire. Même au pays des Mille et une nuits, il en est ainsi du 21ième siècle. Le drame pour nous c'est que nous avons fait mettre, au départ de France nos deux cartes, ensemble, dans la même enveloppe. Pour ne prendre ce qui nous semblait être, avec un seul envoi, "le moindre risque", un comble ! Fort heureusement le dernier jour (et à la dernière minute même pour tout dire), pris d'une angoisse aussi soudaine qu'idiote, je suis allé à un distributeur (les DAB) en me disant…" Si par hasard le courrier se perdait …au moins nous aurions de quoi vivre et agir pour un minimum de temps !". Vous n'allez pas me croire, j'ai retiré trois cents millions d'argent frais au DAB ! J'explique un peu pour ne pas passer pour un mégalo ou un fou, quand même… Un million de livres turques valent (en 2003) 4 FF, soit 0,60 Euro ; j'avais donc retiré en équivalent, un peu moins de 200 € ! Eh bien je ne sais par quelle étincelle j'ai été illuminé ce soir-là, mais quel bon réflexe j'avais eu ! Pas si idiote que ça finalement, cette crainte. Maintenant il faut serrer les comptes et ne pas gâcher un seul sou. Nous vivons au ralenti, pour ne pas dire "survivons", en attendant que soit retrouvée notre pochette de courrier…
Nous sommes installés dans un joli petit mouillage proche de la ville. Nous pouvons y aller à pied même si cela nous fait faire à chaque fois deux bonnes heures de marche. Au début nous étions ancrés tout près du château Saint-Pierre, au cœur de la cité. Mais les goulettes vont et viennent sans cesse entre les différentes marinas, proches. De plus Bodrum est une petite ville grouillante de vie et de jeunesse, c'est le St Trop de la Turquie d'aujourd'hui. Les soirées sont plutôt bruyantes et animées, un peu trop même à notre goût. De nombreuses discothèques jalonnent le bord de mer. Plus fort encore, une "boîte de nuit" construite sur un ponton flottant, débordante de lumières psychédéliques et de décibels est ancré au pied du château. Ah si les croisés qui l'ont édifié au 13ième voyaient ça…! Inutile de décrire l'animation du plan d'eau le soir venu. Alors, levant prestement la pioche, nous avons promené notre étrave en musardant dans les recoins à l'écart de la "Baie d'Halicarnasse". Nous avons déniché, dans l'Ouest du port principal, ce petit havre de tranquillité, tout proche.
Nous allons à la Marina Karada tous les jours pour savoir si notre enveloppe de courrier est retrouvée… Point d'enveloppe… De guerre lasse, nous décidons de nous rendre à la poste principale et explicitons notre problème… Au début nous n'osons pas dire que nos deux cartes bancaires sont dans cette enveloppe, of course (bien sûr) !… Mais, pour devenir crédible dans notre soif de courrier, nous devons bien vite avouer notre "forfaiture", c'est presque cela… On nous présente le responsable des guichets puis le chef du tri puis la grande chef du centre… A chaque fois il faut recommencer l'histoire que l'on raconte en Anglais …qui est traduite en Turc …et abondamment argumentée par tous les employés de la poste. Marie-Claude qui ne craint pas d'apprendre le verbe du cru partout où l'on passe …s'essaye bien en Turc. Mais là tout le monde se met à bafouiller… Le "i" se prononce "eu", le ö se prononce aussi "eu", le "s" se dit che, le "c" dje, le "u" ou…/… bref on en perd notre latin quoi. Chacun présente une version de sa propre traduction et a une idée sur la "destinée" de notre chère missive… C'est ce qui importe, tout de même ! Non ? Chacun y met du sien, comme quoi avec de la bonne volonté on arrive à tout. Pour clore le feuilleton, ils (les postiers!) connaissent tous aussi maintenant notre mésaventure par cœur. On finit par se dire qu'il sera impossible de les récupérer ces deux cartes bancaires. Ce n'est pas possible que notre histoire ne tombe pas dans les "pattes" d'un profiteur mal intentionné. Il serait stupide de ne pas y penser… Nous avons fouillé, retourné la salle de tri postal avec les facteurs d'Halicarnasse …enfin de Bodrum. Nous avons sondé de fond en comble les deux étages et la salle de tri. Le chef de salle s'est étonné de retrouver des plis perdus qu'ils ont pu remettre à jour grâce aux recherches effectuées pour la pochette de la famille Danilo ! Pour un peu on y aurait "dégotté" du courrier d'Alexandre le Grand… Mais de lettre matelassée venue de France pour les "Kerguelen" …que Nenni !
Tous les deux ou trois jours le scénario se répète, invariable.
Un mois est passé. Nos trois cents millions de livres ont fondu au soleil d'Halicarnasse. Il faut se rendre à l'évidence : ce courrier a disparu à jamais dans les méandres de la surcharge de travail estival… Coups de fil vers la patrie… Nous décidons de faire annuler nos cartes ; en commandons deux nouvelles… Il faut tout confirmer par fax ou par le NET… Le courrier qui les accompagnait aussi est perdu.
- Dans huit à dix jours vous recevrez les nouvelles cartes nous dit-on depuis le centre national Visa de Niort (en France!)…
- Nous les attendons. Merci bien madame !
Attendre, mais c'est là le hic… Quand vous êtes dans un pays étranger vous avez un visa (non : pas drôle du tout !) touristique donc, avec une date butoir… Passé la date fatidique vous devenez un Clandestin. Wouououh les vilains ! Nos trois mois se terminent le 10 août. Nous sommes le premier de cet Auguste mois ! Ça fait ric-rac pour partir dans les temps …mais la chance, hein, vous y croyez vous à la chance ? Nous : Non ! Mais on la sème, on la cultive quand même cette bonne graine. Et de temps en temps, incroyable on en récolte de sacrées quantités… Le soleil et la pluie faisant le reste… Finalement c'est comme les épinards dans le potager ! Il suffit de semer et d'attendre que ça pousse…
Après mûres réflexions, et consultation des oracles (l'endroit s'y prête), on se dit que l'on a qu'une vie, qu'il faut croire au meilleur, oublier le pire et positiver. Alors positivons !
"Carpe diem" disait déjà Horace, père des poètes, dans ses Odes. Alors comme lui :"profitons du jour présent"…
On va se faire envoyer nos cartes bancaires à la dernière marina où l'on doit effectuer notre sortie du territoire turc.
Point !
Vous aurez noté au passage que l'on se prépare une seconde fois à la même "forfaiture" mais bon, on y croit… Basta… Ce sera Yalikavak, point final. C'est un petit port sympa caché dans la presqu'île du côté de Turgutreïs. Et, "y'a-pas-d'raison", tous les évènements colleront au millimètre près. Voilà. Nous avons poursuivi notre visite de la côte Lycienne comme si rien n'était venu troubler notre périple. Il y a des tas de choses à découvrir, on ne fait que s'émerveiller sur cette partie de la côte…
Alors, hauts les cœurs…!
Entre autres choses… Myra avec sa cité entière sculptée dans les falaises de calcaire… On y découvre aussi des nécropoles Lyciennes, un théâtre romain, une basilique byzantine, des tombes rupestres… Près de là également vers Patara une légende étonnante très probablement à l'origine de notre cher Papa Noël… Ah, il faut absolument connaître celle-ci…
Nous sommes au pays des Mille et une nuits !
Au 2ième siècle de notre ère, naît dans la région de Patara un petit garçon prénommé Nicolas. Sa famille est très riche. Tout naturellement à la mort de ses parents Nicolas hérite d'une fortune colossale. Très pieux, Nicolas devient ecclésiastique et même évêque de la région. Il a le cœur sur la main et aide tous les pauvres de son diocèse. Un jour il s'émeut pour un vieil homme de son village qui a trois filles. Le patriarche voudrait bien les marier mais il est très pauvre et n'a aucun bien pour leur offrir une dot. Nicolas en est tout retourné. Qu'à cela ne tienne… Un soir de décembre il alla chez le vieil homme et jeta par la cheminée trois bourses pleines de pièces d'or. Le vieil homme fut comblé et pu marier ses trois filles… Nicolas devint donc naturellement le patron des pauvres et des enfants. Dans ce pays comme dans beaucoup d'autres c'est à la Saint Nicolas que l'on fait des cadeaux et non pas à Noël. Et c'est ainsi qu'est né ici en Turquie la légende du Père Noël, enfin de la Saint Nicolas. Chez nous, les divers remaniements de calendrier ont sans doute fait le reste pour faire coïncider cette fête avec les évènements religieux catholiques, la nuit de la nativité… Si vous voulez voir le Père Noël, l'original de la légende, le vrai… Eh bien les restes de Nicolas, évêque de Patara, sont toujours visibles au musée d'Antalaya, grande ville turque qui marque le début de la voie Lycienne.
La Turquie ? Un pays de légendes ?
C'est le berceau des Contes des Mille et une nuits !
Plus loin encore sur la côte, Ephèse… Avec son temple d'Artémis : une autre des Sept merveilles du monde. Il fut créé pour la belle Artémis : reine grecque de cette cité antique et Déesse de la fécondité. Dans le siècle précédent l'époque du Christ, Ephèse était une cité aussi grande et cotée, "tendance" quoi, que celle d'Alexandrie. C'est dire la gloire de cette ville dans le passé qui fut sans cesse embellie par ses nobles occupants. On dit dans la bible que Saint Jean et la Vierge Marie y habitèrent longtemps ; ils y seraient décédés également.
Puis il y a encore Selçuk, Cesmé, et enfin la grande ville d'Izmir qui termine cette Voie Lycienne, un autre joyau de l'Empire Ottoman.
Nous sommes installés dans la marina de Yalikavak. Nous avons choisi, ou plus exactement trouvé par hasard, cette jolie marina en musardant le long des côtes dans le Nord de la presqu'île de Bodrum. A notre grande surprise la place à quai dans la marina était gratuite jusqu'à mi-août. Incroyable ! En effet ses travaux de construction ne sont pas encore achevés. Pour se faire connaître des plaisanciers de passage, surtout des européens, la direction invite les bateaux "gracieusement" jusqu'au jour de l'inauguration le 15 août. Une aubaine pour nous qui vivons au "compte-goutte" en attendant toujours l'arrivée de nos cartes bleues…
Un midi, en rentrant de promenade dans les garrigues environnantes, une voix s'élève en criant depuis les bureaux de la marina…
- Kerguelen, Kerguelen…
- Monsieur Danilo… Nous avons vos cartes Visa !
C'est la secrétaire qui sort en courant et gesticulant de son bureau comme si une guêpe l'avait piquée. Elle se précipite sur nous en brandissant les "deux petits morceaux de plastique bleu " Visa…! Incroyable, c'est à croire que toute la Turquie était au courant de notre mésaventure "courrierenne" ! Ce sont les nouvelles cartes qui sont arrivées.
Nous sommes le 9 août ! Just… Demain est le dernier jour de nos visas, enfin les "autres", ceux qui nous autorisent à être sur le sol turc. Nous partons dès le lendemain matin pour Turgutreïs, voisin petit port mais nanti d'une grande et belle marina. Là, il est possible de faire nos papiers de sortie du territoire en toute facilité. Y'en a qui disent que "les Kerguelen ont les fesses bordées de nouilles…!". Traduction grivoise de …Chance !
Vous voyez bien que la chance est une denrée qui pousse seulement quand on la plante ! Nous, nous baignons en plein dans un conte de fée, …de Mille et une nuits ???
Pour la petite histoire et pour ne pas rester sur votre faim… Notre enveloppe matelassée tant recherchée au pays ottoman… Eh bien, elle arrivera effectivement à Bodrum mais une semaine après notre départ de Turquie… Elle y restera deux mois conformément aux disposions légales de la Post Restant des PTT turcs (c'est pareil que chez nous) puis repartira à l'envoyeur : Sète. Nous qui pensions que le courrier arrivait en Turquie par Tapis volant… En fait nous avons fini par comprendre et admettre qu'il y avait été acheminé par une galère.
L'escale d'Halicarnasse, mes amis, quelle histoire… Enfin non, un conte qui pourrait s'inscrire aux légendes des Mille et une Nuits.
L'enveloppe nous est revenue, toujours par bateau on ne sait par quel mystère, cinq mois après son départ de France. Soit près de trois mois après notre propre arrivée en voilier sur le territoire français. Non, je vous entends déjà… Tout avait été correctement effectué par la famille, "dans les normes" dit-on… Prix affranchi, enveloppe spécialement agréée, étiquette "par avion"… Et si vous ne le savez pas je vous l'apprends, le français est la langue officielle internationale à utiliser (et effectivement usitée dans beaucoup de pays) pour tout ce qui traite du courrier postal inter-nations, qu'on se le dise !
Par quel mystère notre missive n'a-t-elle pas pris le Tapis volant pour partir au Pays des Mille et une nuits…? Nul ne saura jamais mais ceci prouve une chose : le courrier ne se perd pas ! Il "traîne parfois un peu" et ce n'est pas une Légende. Nous avons aussi appris énormément sur Notre histoire. Car le pays des grands Vizirs, des Sultans, des têtes enturbannées aux grands sabres, des lampes magiques, des féroces soldats, des tapis volants, des contes et légendes extraordinaires… Ce pays, la Turquie…C'est tout simplement le berceau de "Notre" civilisation occidentale !
Nous quittons le pays des Mille et une nuits, émerveillés, car une petite flamme nous a éclairés tout au long de ce voyage…
C'était peut-être celle de la lampe d'Aladin…!
Qui sait ?
Suite du TOME II...Chapitre 236...
N.B. Pour en apprendre plus sur l'origine de cette littérature des "Mille et une nuits"...ici.
Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...
Podium des sites annuaires pour le nombre de visites sur notre Blog...
2) http://www.annuaire-blogs.net/

Commentaires
Michel le 16/02/2006 à 02:03:59Article à fond historique traité d'un ton léger mais fort intéressant. Merci de ce plaisir....
anna site : choulabellegoss.scyrock.com | le 27/02/2008 à 15:38:44
salut JE M'appelle la stars
feda le 14/04/2008 à 22:25:27
quel est le nombre total des comptes des milles et une nuit.
caragargamel le 07/10/2008 à 14:36:40
cette article nous emporte au pays des merveilles