Chapitre 237 - De Charybde en Scylla
DE CHARYBDE EN SCYLLA
La nuit à été longue et fatigante. Non pas par les manœuvres ou le vent trop fort ; oh non, mais par une veille soutenue, une vigilance visuelle ininterrompue. Ouf, le jour se lève enfin !
Ce sont les bateaux de pêche, de gros chalutiers, nombreux à l'approche du détroit de Messine qui nous tiennent en haleine depuis hier soir. La traversée de la mer ionienne a été une belle promenade de plaisance. C'est à noter car cela n'est pas si fréquent dans les annales de la circumnavigation. Durant trois jours et demi nous avons eu droit à un vent faible, froid et léger ; le Bora. Régulier, ce vent agréable de Nord-est souffle sur le couloir de l'Adriatique et se fait sentir jusqu'à la Calabre. Des conditions idéales de navigation comme celles-ci, cela se souligne. Mais depuis hier soir ce sont les chalutiers qui sont apparus. Ils errent partout autour de nous traquant la sardine dans le détroit de Messine …comme dit si bien la chanson.
Pour le choix de l'escale, nous ne nous sommes pas vraiment fixés de point de chute sur les côtes italiennes. Nous avions pensé atterrir entre Syracuse (au Sud) et Messine (au Nord) si l'atterrage se faisait sur la Sicile. En face, Reggio de Calabre si cela devait se faire sur l'extrême pointe de la botte italienne, au continent. Nous ne voulions pas trancher avant de connaître les conditions météos du dernier moment… En Méditerranée, les caprices du temps sont soudains, les colères méchantes parfois. Comme notre arrivée s'effectue au lever du jour et par très beau temps, finalement nous choisissons de toucher terre au pied de l'Etna. On ne peut pas rater une occasion comme celle-là d'aller voir in situ ce volcan majestueux. C'est à mi-hauteur de la côte sicilienne, entre Syracuse et Messine.
Ce volcan est mythique. Ses 3345 m d'élévation au dessus des flots, en font le volcan actif le plus haut d'Europe. Son sommet dentelé en demi-cercle est en permanence couvert de neige. Cela lui confère d'ailleurs un faux air de "sage" ; mais il n'en est rien ! Son activité est perpétuelle… Sur son flanc Est un abyme de plus de 4 kilomètres de long atteste qu'il a provoqué, dans les ères géologiques précédentes, des cataclysmes gigantesques… Ce géant dénote fort probablement l'un des stigmates de la période de l'orogenèse du bassin méditerranéen… Ses colères éruptives, connues et décrites, remontent loin dans l'antiquité. La plus vieille transcription sur son activité passée remonte à près de 4000 ans. Au 18ième siècle avant JC. exactement, un bail ! Depuis cette époque, il a été enregistré plus de 90 éruptions. Les dernières importantes datent des années 1169, 1669 et 1928 (idem que Santorin, vous aurez noté ). Mais plus récemment encore en 1947, 71, 81, 83 et 92… Cette montagne est constituée d'un immense cône principal affublé de 250 autres petits cratères ! On distincte nettement sur ses flancs trois étages, extrêmement différenciés et ceci par la végétation. Parcellé et coloré de cultures pour le premier étage, jusqu'à 1000m. Particulièrement boisé pour le second. Le dernier étage, au-dessus de 2000m environ, est complètement dénudé. C'est le domaine du minéral pur. Un funiculaire permet par ailleurs de court-circuiter ce passage chaotique et de grimper très haut, sous le cratère. Il est surtout utilisé par les scientifiques qui surveillent le géant. En même temps ils tentent, depuis fort longtemps (le 17ième siècle déjà), de dompter les coulées de lave, les épanchements les plus menaçants, à coups d'explosifs. Différentes séries d'expériences ont été réalisées, certaines avec succès…
Si vous y grimpez en touriste, là encore comme pour le Santorin de la mer Egée, montée d'adrénaline, frayeurs et sueurs froides, garanties… Car il vit bruyamment le géant… Il n'y a pas besoin de prêter une oreille attentive pour "l'entendre" et le "voir" respirer… Les grondements sourds, la chaleur ambiante, les champs de lave pétrifiée ou les fumerolles s'en chargent !
Nous contemplons ce volcan majestueux jouer à cache-cache avec les brumes matinales qui se dispersent lentement. Direction Reggio de Calabre. En premier, nous devons aller faire notre entrée officielle sur le sol européen ; l'Espace de Schengen, disent les douaniers !
Le détroit de Messine que nous embouquons est une surface maritime plutôt calme. Seul le courant trahi la conformation du détroit qui se referme petit à petit en une passe resserrée. Dans cet étranglement se cachent deux phénomènes maritimes dangereux et bien connus depuis l'antiquité : Charybde et Scylla ! Qui ne connaît pas, en effet cette expression…" Tomber de Charybde en Scylla"…? Elle veut dire …"se sortir d'un piège pour tomber dans un autre"… Ils sont ici, dans ce goulet, ces deux traquenards pour marins, dans le détroit de Messine, là où l'on va soi-disant pêcher la sardine…
Mais qu'est ce donc vraiment ces Charybde et Scylla…?
Pour le moment, nous, on ne les voit pas. On poursuit donc la remontée de cet immense entonnoir. Il nous conduira à Reggio de Calabre, grand port de commerce situé tout au bout de la botte italienne, sur le dessus de la pointe. C'est justement un peu avant nos mystérieux Charybde et Scylla. On aura donc le temps de se documenter sur ces pièges pour ne pas aller naïvement se jeter dedans. Pour le moment nous naviguons au moteur et sans vent sur une mer d'huile. Nous y découvrons rapidement une autre catégorie de bateaux de pêche très curieux…
Le bateau lui-même n'a rien d'extraordinaire. C'est un grand canot anodin et ponté de 12 à 15 m de long. Par contre, ce sont ses agrès de pêche qui le sont "extra ordinaire"… Un premier pylône de plus de 20m de haut est planté au milieu de l'embarcation et semble grimper au ciel… Sur l'avant un second pylône, aussi long que le premier, prolonge l'étrave comme une passerelle menant "nulle part" au dessus des flots. Les deux pylônes, élingués par des faisceaux de câbles, sont équipés à l'extrémité d'un nid de pie : sorte de poste de garde. Ce sont vraiment des "engins", anachroniques, ces canots de pêche. Ils sont armés ainsi, apprendra-t-on, pour la capture très spécialisée de l'espadon. Conclusion, à Messine on n'y pêche pas …que de la sardine(!). Voyant débordés ces agrès, oh combien encombrants, on se doute qu'il ne peuvent pêcher qu'en eau plate, ici, à l'intérieur du golfe de Messine. Pour ne pas verser sens dessus dessous, ces bateaux doivent obligatoirement naviguer sur un plan d'eau calme. C'est le cas de Messine. Nous les observons vaquer à leur chasse favorite un petit moment…
Un "pêcheur" est perché tout là-haut dans le pigeonnier d'observation. C'est le traqueur ; lui, voit très bien sous la surface et loin alentour. Cette position haute en effet supprime la réfraction en permettant de percer les mystères du miroir liquide. Il repère donc le gibier. Un autre "pêcheur" est posté à l'avant dans l'autre nid de pie. C'est le harponneur ; lui se cache de l'ennemi en étant situé très en avant, écarté, haut et loin du bateau. C'est toute la ruse du "pourquoi" des appendices du bateau… Entre les deux vigies s'échangent, de la voix et de la gestuelle, des signes et sifflements incompréhensibles pour des êtres humains normalement constitués… Mais tout le monde à l'air de parfaitement se comprendre. Même le barreur de l'embarcation qui suit cette orchestration bizarre agit de concert. Il exécute sans faille les ordres (la chorégraphie musicale, devrais-je dire!) du traqueur d'abord, du tireur ensuite. D'après les connaisseurs cette zone maritime est particulièrement riche en espadons. Aussi en prédateurs de toutes sortes : les pêcheurs !
Nous entrons dans le port de Reggio de Calabre. La marina qui est sise juste à l'entrée du port principal est pleine comme un œuf. Nous allons donc nous installer dans les darses du port de commerce. D'autres plaisanciers sont déjà-là d'ailleurs, la place manque pour les visiteurs en pays calabrais. Le quai des céréaliers est inoccupé ? Alors va pour le quai aux grues jaunâtres et endormies. Elles sont aussi couvertes de fientes comme le quai est couvert de graines …et d'oiseaux. Des centaines de pigeons et autres moineaux nous tiennent compagnie. On ne connaît pas spécialement le doux roucoulement calabrais mais, à la vue de notre environnement, on est à peu près sûr de l'apprendre rapido !
A peine installé à notre warf, nous découvrons le côté inconfortable de ce plan d'eau intérieur. Dans le port c'est le contraire du dehors : agité, un comble ! Toutes les quinze minutes environ entre ou sort un navire. Ils desservent sans relâche les ports de Sicile en face de Reggio comme Messine ou plus bas comme Taormina et Syracuse ou encore Malte également. Le plan d'eau du port est sans cesse remué. Puis, au moment où il commence à s'apaiser, un autre ferry surgit et la valse repart de plus belle. Les convulsions dansantes, difficilement compatibles avec la flotte dite de plaisance, nous maltraitent contre le quai. Reggio de Calabre est une véritable guinguette. Pourtant nous sommes amarrés sur un énorme boudin de caoutchouc, une des nombreuses défenses du quai.
Malgré cela les voiliers font des bonds, dansent et cognent parfois, le bal continue, quoi…! La séance d'amarrage est à la limite du raisonnable. En passant une haussière dans un chaînon du quai, je manque de m'arracher une main. Ça commence bien. Donnant un coup de main sur le bateau voisin pour l'amarrage de son catamaran, …Crac, un craquement se fait sec et douloureux au même instant… Le pied, pris en tenaille contre le quai est écrasé et me fracture un doigt de pied. Le séjour au cœur du pays de la mafia commence bien mal. Après la main froissée, je me casse un pied !
De retour des courses, au mercado voisin, Marie-Claude (vous savez déjà que lorsque je l'appelle ainsi l'instant est grave…!) me retrouve presque à l'agonie sur ma bannette. Je plaisante maintenant mais ce jour-là, non. La douleur était épouvantable. Mon infirmière "attitrée" étant absente, je me suis fait une attelle avec une latte de voile enrobée de tissu à spinnaker. Groggy, "moitié dans les vap" comme on dit, j'ai attendu le retour de mon autre "moitié" avant de retrouver un peu mes esprits. Dur-dur d'être marin en pays de Calabre… Avec ces deux épisodes douloureux consécutifs, j'ai commencé à comprendre vraiment ce que signifie "Tomber de Charybde en Scylla" ! C'était mon cas au premier jour de notre arrivée à Reggio de Calabre. Les pièges sont partout !
Après deux jours de repos complet je me hasarde à marcher un peu. Le Bureau des douanes est situé juste au début du port, je devrais pouvoir m'y rendre. Il faut quand même aller faire notre entrée ! En Italie le "Service des douanes" s'appelle la "Brigade Financière". Va pour la financière. Nous faisons le tour complet du bâtiment et, bizarrement, nous ne trouvons pas la porte d'entrée. Ne riez pas ! Tout le bloc est ceint d'un haut mur hérissé de grilles et de barbelés électrifiés… On ne trouve pas l'astuce pour pénétrer la "chose"… La scène est réellement burlesque, on n'en revient pas. Nous partons nous renseigner au bureau de la marina, proche. Ils nous indiquent une guérite, appartenant à la finançiera également, non loin de là., J'arrive à me déplacer mais c'est toutefois clopin-clopant. Au pied gauche j'ai une tennis. A celui de droite une tong tronquée, fixée à sa latte et enrubannée de tissus à voile. Le tout est solidement scotché. Je dois avoir une allure de gueux dans cet accoutrement mais bon, à la guerre comme à la guerre, n'est-ce pas ? J'ai pris aussi par précaution une canne, elle n'est pas de trop pour m'aider à marcher. Les quais de Reggio sont empierrés depuis fort longtemps et les accroches nigaudes ne manquent pas… Nous voici parvenus à l'annexe des douaniers.
La guérite est du même acabit que le bâtiment de la "financière", le rire nous reprend. Au travers des barreaux on parvient à entrevoir un préposé en uniforme. On l'interpelle par gestes et on finit quand même par pouvoir exposer l'objet de notre visite…
- Une entrée en Italie… Nous dit-il… Mais vous êtes Français, des Européens, comme les Italiens quoi ! Donc vous êtes chez vous ici… Pas d'entrée. Non ! Ce n'est pas nécessaire… C'est ça l'Europe. Et d'enchaîner aussitôt…
- Benne sejorno en Sicilia i Reggio di Calabria.
Clac, la lucarne s'est refermée illico, presto et subito. On est sidéré ! On a beau lui répéter que c'est notre première escale en Europe, que l'on arrive de Turquie, donc hors CEE, il ne veut rien savoir. Au travers du sas, j'ai peine à reprendre nos trois passeports et l'acte de Francisation du bateau qu'il en a refermé la vitre blindée presque sur mes doigts… Dans la guérite ils sont deux agents de la financière drapés en bel uniforme d'un bleu foncé presque noir… Leur cage de verre, qui est en plus garnie de barreaux à l'intérieur, leur donne encore plus de ridicule… La scène plutôt cocasse, devient franchement carnavalesque pour ne pas dire délirante ! On a l'impression qu'ils se protègent de nous. Mais de quoi ont-ils donc si peur, ces agents représentants de l'Etat ; donc de la loi et de la force publique ?
…"De la Mafia", nous répondront les marineros du port. Ils, (les mafiosos) défoncent tout avec des voitures béliers et s'attaquent même aux bâtiments d'Etat, blindés. La "Finançiera" à été attaquée plusieurs fois… C'est ça la Mafia en Sicile, des fous furieux, concluent-ils… Eh bien !
On découvre ce qu'est la province de Calabre, le fief de la puissante Mafia Sicilienne, tout bonnement ! On a vu au cinéma, comme tout un chacun, "Le clan des Siciliens"… Mais ici la réalité dépasse largement la fiction au dire de ses habitants. Bilan de l'histoire, personne ne veut donner un coup de tampon sur nos passeports. Soit, on s'en passera et je m'en retourne au bateau avec mon pied en feu ! Clo et Anne partent seules faire les "corvées" classiques d'une arrivée …banque, courrier, Webmail, achats. Avec cette marche, la fracture a dû bouger et, comme au premier jour, me fait horriblement souffrir. Me voici à nouveau cloué sur ma couchette pour deux jours encore. Les "filles" en profiteront pour faire du shopping, visiter un peu la ville et les environs de Reggio. Pour ma part, je mets à profit ce repos forcé pour préparer la suite de la route vers la patrie… Ce sera l'archipel des îles Lipari puis la Sardaigne et la Corse. Penché sur les cartes et les documents de navigation, le cœur parfois se serre un peu car je sens le dénouement, la fin de notre long voyage… Ce "Retour des antipodes", lui aussi arrive à sa fin… Cela fait plus de 24 ans que Kerguelen, le bateau, a quitté Saint-Nazaire… Lui n'a encore jamais revu sa France natale…
Nous voici prêt à poursuivre la route. Mon attelle ne me quitte pas, je dois bien la garder deux semaines d'après Marie-Claude, le toubib en chef du bâtiment… C'est loin d'être un bon accessoire pour se déplacer sur un voilier, mais c'est ainsi.
Tous les pleins sont effectués. L'été est bien installé sur l'Europe : c'est même la pleine canicule en cette fin août 2003. Les fruits de saison qui pleuvent sur les marchés de Calabre nous réjouissent le palais. Anne découvre les cerises, les fraises, les abricots qu'elle connaît bien peu. Le baromètre est au beau fixe, la mer calme. Il n'y a pas un poil de brise sur toute la Méditerranée. Direction les Lipari. Au moment même où nous nous frayons un chemin difficile parmi les bacs, les ferries, les vedettes rapides et autres hydroglisseurs, nous repensons tout à coup à nos "amis" Charybde et Scylla… C'est la cata…! Pris par nos déboires dans le port nous en avons oublié de nous renseigner sur ces deux phénomènes maritimes de Messine ! Eh bien, à ce stade du départ, il est un peu tard. Mais au fond il fait grand beau temps alors, en y allant prudemment, on devrait tout de même pouvoir surveiller ces deux dangers, si dangers il y a.
Mais au fait, qui étaient donc à l'origine Charybde et Scylla ?
"Dans la mythologie grecque, deux monstres marins habitant des deux côtés d'un détroit, personnifiaient les dangers de la navigation près des rochers et des tourbillons. Scylla était une méchante créature ayant douze pieds et six cous, chacun doté d'une tête horrible à la mâchoire féroce ! Elle vivait dans la grotte d'une falaise. Scylla dévorait toute proie passant à portée de dents. De l'autre côté du détroit, en face d'elle, vivait caché sous un grand arbre, Charybde un tourbillon géant. Il aspirait et recrachait les eaux de la mer trois fois par jour, engloutissant tous ceux qui l'approchaient…/…
…/…Un jour lorsque Ulysse, le héros grec de l'Odyssée, passa entre eux deux il évita bien Charybde mais Scylla attrapa six hommes sur son navire et les dévora ! On situa le plus souvent la position de ce passage homérique comme étant le détroit de Messine. Goulet de navigation très étroit entre l'Italie et la Sicile."
Curieusement "Scilla" est un petit port italien, côté continent, situé juste à la sortie des tourbillons du détroit de Messine.
"Scylla à l'origine était une belle jeune fille aimée d'un Dieu marin. Elle avait été changée en monstre par sa rivale jalouse : Circée. Dans la légende c'est encore elle, cette magicienne de malheur qui transforma les compagnons d'Ulysse en pourceaux lorsqu'ils abordèrent sur son île d'Aeaea en dilapidant la bourse d'Eole…! "
Voilà ce que disent nos historiens avec une lecture moderne de la mythologie. Alors "Tomber de Charybde en Scylla", c'est éviter un guet-apens pour tomber dans un autre !
Mais, concrètement, que sont exactement les pièges qui nous attendent dans ce goulet de Messine ? Eh bien ce sont deux énormes tourbillons qui se forment dans l'endroit le plus resserré de l'étranglement. Le bras de mer, compressé entre la Sicile et le continent par la côte rocheuse, forme un coude et engendre ces deux tourbillons démesurément puissants. Il y en a un de chaque côté, au plus près des pointes rocheuses. De tous temps les marins les ont craints. Plus encore ceux de la marine à voile car pour passer le détroit en allant vers le Nord, il fallait remonter le vent et donc tirer des bords. Ces bords, difficiles dans le goulet : peu de vent, courants forts, étroitesse du passage, emmenaient les bateaux d'un tourbillon à l'autre ! D'où l'expression "Tomber de Charybde en Scylla" et par extension aujourd'hui d'une déveine dans une autre.
Pour nous aujourd'hui, à l'approche de la Punta Pozzo, point de siphon géant en vue. Par endroit quand même, on devine que là-dessous il y a des courants puissants, de la turbulence. De forts remous indiquent qu'un "monstre" effectivement s'y cache. Mais pour nous aujourd'hui, "Scylla" somnole. De même pour négocier la pointe Peloro côté sicilien, nous rasons la berge sans encombre. Là aussi le courant est perturbé, chatouilleux. Il trahit "Charybde" mais sans plus. Le vent est calme, la mer belle, le marnage faible. Nous passons Messine tranquillement. Circée n'est pas là non plus pour nous gratifier d'un coup de baguette magique, nous continuons. Destination Vulcano, un autre volcan magique, aux îles Lipari cette fois !
La chanson mythique de ces lieux prend alors toute sa valeur et nous l'avons entonné, évidement, en passant le détroit…
Allons à Messine pêcher la sardine,
Allons à Lorient pêcher le hareng.
"Ils étaient deux amants, qui s'aimaient tendrement.
Qui voulaient voyager, mais ne savaient comment.
Se tournant vers la belle, il lui dit tendrement.
Au voyage d'amour, tu es mon bâtiment.
Moi je suis le grand mât, qui affronte le vent.
Lèverons la grand' voile, irons dans les haubans.
Ferons le tour du mond', jusqu'au soleil levant."
Cette version transcrite par Bernard Gatebourse nous assure que c'est une chanson d'étudiants… Je n'en crois pas un mot ! Cette chanson est une rengaine de marins, forcément… Car elle raconte exactement ce que nous, les kerguelen sommes en train de vivre… Non ?
J'y ajoute un couplet personnel, en guise de conclusion, c'est l'occasion de faire un clin d'œil à tous les poètes…
Avons passé Messine, sans voir une sardine.
Charybde et Scylla, dormant, étaient bien las !
La grand' voil' est hissée, dans les haubans grimpés,
Scrutant de la vigie, les îles Lipari.
...encore et toujours, sommes sur le Retour des Antipodes !
Suite du TOME II...Chapitre 238...
Photo de Kerguelen dans les glaces près du Cap Horn...
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