714 Les grands parcs africains et les ONG qui les gèrent...
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714 Les grands parcs africains et les ONG qui les gèrent...
Un article repéré sur le site Reporterre.net… qui en dit long sur Les ONG en Afrique....et l'une d'elle en particulier... "African Parks" qui gère de nombreux grands parcs & réserves africaines.
Après quatre ans d’investigation, six pays visités et près de 300 entretiens, le journaliste Olivier van Beemen met en lumière les « pratiques néocolonialistes » de cette puissante ONG dans son livre-enquête "Au nom de la nature" (éd. de l’Échiquier), paru le 21 février.
L’ONG "African Parks" gère 23 parcs nationaux en Afrique. Du « néocolonialisme », dénonce Olivier van Beemen dans un livre-enquête. Expulsions, militarisation, privatisation des terres... au nom de la conservation de la nature, cette ONG se permet tout !
En une vingtaine d’années, African Parks s’est imposée comme la plus grande organisation de conservation de la nature en Afrique. Soutenue par des États occidentaux, des philanthropes et des célébrités, cette ONG gère aujourd’hui 23 parcs nationaux répartis sur treize pays africains, couvrant plus de 20 millions d’hectares — soit une superficie équivalente à la Grande-Bretagne.
Il dévoile un modèle de conservation fondé sur la militarisation, la privatisation des terres et une gouvernance dominée par des élites occidentales. Nous l’avons rencontré à Amsterdam (Pays-Bas).
Reporterre — Qu’est-ce qui vous a poussé à enquêter sur cette ONG présentée comme un modèle de conservation de la nature ?
Olivier van Beemen — Tout a commencé par hasard, en Zambie, lors d’une rencontre avec deux entrepreneurs néerlandais. Ils ne pouvaient plus se supporter, mais s’accordaient sur un point : ils espéraient qu’African Parks se substitue à l’État zambien pour gérer le parc national de Kafue. Je n’avais alors jamais entendu parler de cette ONG. J’ai vite découvert une organisation d’une puissance insoupçonnée.
Sa devise, « a business approach to conservation », m’a tout de suite intrigué. Plus je lisais, plus je découvrais une gestion opaque et une logique d’accaparement des terres sous couvert toujours, de protection de la nature.
Olivier van Beemen, 46 ans, (ici à Amsterdam) est également l’auteur de « Heineken en Afrique – Une multinationale décomplexée ». © Alexandre-Reza Kokabi / Reporterre
Ce qui m’a également frappé, c’est le rôle majeur joué par certains grands donateurs et institutions internationales dans l’expansion d’African Parks. Elle bénéficie du soutien de milliardaires et de gouvernements occidentaux, dont la France et l’Union européenne.
Il y a déjà quelques années en arrière, c'est la compagnie Nestlé qui a été marquée au fer rouge pour les mêmes raisons. Ses envoyées (toutes des femmes) décourageaient les jeunes africaines dans les petits villages d'allaiter leurs enfants au sein sous prétexte qu'elles leurs transmettaient aussi des maladies mortelles. Donc il fallait acheter "à tous prix", le lait maternisé Nestlé et bien sûr, qu'elles amenaient abondamment avec elles. Scandaleux !
Pour en revenir sur l'ONG African Parks...
Votre enquête a duré près de quatre ans. Quelle a été votre plus grande révélation ?
L’élément le plus choquant a été la découverte de cas de tortures infligées à des présumés braconniers. Un ancien écogarde m’a confié qu’il n’y a pas de droits de l’Homme dans le parc, aucun respect des locaux. La militarisation de la conservation sous African Parks est telle que les populations locales sont traitées comme des ennemis potentiels. Des habitants qui chassent du petit gibier ou collectent du bois pour leur maison sont arrêtés, parfois brutalisés, au même titre que des trafiquants d’ivoire.
African Parks emploie un modèle qu’on appelle « la gestion déléguée », ce qui veut dire que l’ONG est responsable à 100 % pour tout ce qui concerne les parcs, qui occupent souvent une grande surface. Ce faisant, elle reprend à son compte les pouvoirs régaliens, comme le maintien de l’ordre et le monopole de la violence légitime. Selon ses détracteurs, African Parks se comporte comme un véritable « État dans l’État ».
Des sources locales et des anciens employés d’African Parks m’ont confié que l’organisation faisait ce qu’elle voulait. Au Bénin, elle a mis la pression à un tribunal pour que les peines des braconniers présumés soient alourdies. Cette toute-puissance nourrit des tensions et suscite des résistances croissantes. Plusieurs témoignages évoquent également des restrictions sévères de circulation pour les populations locales, accentuant leur marginalisation et générant des conflits ouverts avec les autorités des parcs.
Vous soulignez que la gestion des parcs par African Parks repose sur des contrats avec les gouvernements africains. Comment ces accords sont-ils négociés ?
African Parks impose un modèle très rigide. Soit l’État accepte ses conditions, soit elle ne vient pas. Ces contrats lui accordent un contrôle total sur les parcs : décisions financières, gestion des ressources naturelles et même aspects sécuritaires. Ce modèle prospère surtout dans des pays en crise ou faiblement gouvernés, comme la République centrafricaine ou le Soudan du Sud.
Au Bénin, par exemple, African Parks gère le parc national de la Pendjari, et ses rangers ont été impliqués dans des opérations antiterroristes, ce qui dépasse largement leur mission initiale. En revanche, certains gouvernements, comme ceux du Sénégal, du Kenya ou de la Tanzanie, refusent de céder à autant de souveraineté nationale bafouée.
Ce qui est frappant, c’est que les contrats restent confidentiels, même pour les populations locales qui vivent à proximité des parcs et en subissent directement les conséquences. Elles n’ont pas le droit de connaître les conditions dans lesquelles « leurs terres » sont gérées. Et cela, pendant 20 ou 25 ans... Les habitants découvrent trop tard qu’ils ont perdu leur droit d’accès à des terres qu’ils occupaient depuis des générations.
La réserve de Majete au Malawi, gérée par African Parks. Rhinocéros, lions, girafes, éléphants...3 000 animaux ont été réintroduits en vingt ans. Ref : Wikimedia / CC BY-SA 2.0 / David Davies).
African Parks affirme que ses projets profitent aux communautés locales en créant de l’emploi et des infrastructures.
Qu’en est-il vraiment ?
C’est un argument qui est toujours mis en avant. Certes, il existe des habitants qui en bénéficient : quelques enfants reçoivent des bourses, certains chefs de village voient leur maison rénovée. Mais dans l’ensemble, African Parks prive les populations de leurs moyens de subsistance sans tenir ses promesses de développement économique.
Dans la vision d’African Parks, leur reprise d’un parc génère plus de touristes et des activités économiques de toute sorte, mais dans un parc comme Liuwa Plains, situé dans un pays stable, la Zambie, et géré par l’ONG depuis plus de vingt ans, il n’y a que 900 touristes par an. L’argument économique est donc très discutable.
Vous décrivez un contrôle strict de l’information par African Parks. Comment l’ONG a-t-elle tenté de vous empêcher d’enquêter ?
Elle se vit comme quasi intouchable dans le monde de la protection de la nature. Son discours officiel met en avant des succès spectaculaires de réintroduction d’espèces en voie de disparition et de sécurisation de vastes territoires, soutenue par des vidéos promotionnelles très léchées, des reportages dans des médias prestigieux comme National Geographic. Les journalistes qui couvrent African Parks sont souvent invités à visiter les parcs sous escorte. Cette attitude n'est pas sans raison...
Derrière cette façade se cache une organisation qui ne tolère pas du tout la critique. En enquêtant, j’ai rapidement rencontré des résistances. African Parks a d’abord tenté d’ignorer mes sollicitations, refusant toute interview officielle. Quand il est devenu évident que mon enquête avançait malgré tout, l’ONG a changé de stratégie, acceptant de me rencontrer. J’ai ensuite été confronté à des menaces judiciaires explicites : African Parks m’a averti qu’elle pourrait réclamer des millions d’euros en dommages si mon livre nuisait à son image ou financement.
« J’ai été confronté à des menaces judiciaires explicites »
L’ONG a également fait appel à Hill+Knowlton Strategies, une agence spécialisée dans la gestion de crise et de réputation, une entreprise qui travaille habituellement pour des industries controversées comme le pétrole et le tabac. Elle est souvent accusée de pratiquer l’écoblanchiment et de manipuler l’opinion publique en faveur de ses clients. Le genre d'entreprise qui travaille à la limite du mafieux...
En parallèle, j’ai aussi été confronté à des entraves sur le terrain. Au Bénin, j’ai été arrêté et accusé d’espionnage, une accusation manifestement infondée. Officiellement, l’ONG nie toute implication, mais il est bien difficile de croire qu’elle n’était pas au courant de ma présence, tant son contrôle sur les zones qu’elle administre est strict.
Au Rwanda, il m’a été impossible d’obtenir une accréditation de presse, ce qui a entravé mon travail d’investigation, et en République démocratique du Congo, j’ai été bloqué pendant des heures sans raison apparente. On me demande souvent s’il est dangereux d’enquêter sur une multinationale puissante comme Heineken [auquel le journaliste a consacré un livre]. Je peux affirmer qu’il est beaucoup plus pénible de fouiller dans les affaires d’une ONG de conservation.
Votre livre montre qu’African Parks perpétue une vision occidentale de la nature africaine. Comment ce mythe de la « nature vierge » façonne-t-il son action ?
L’ONG s’inscrit dans une vision où l’Afrique est perçue comme un « jardin d’Éden » à préserver de toute présence humaine. Ce fantasme occidental justifie une approche autoritaire de la conservation, effaçant toute trace de présence humaine. L’exemple de l’extension du parc de Marakele en Afrique du Sud est parlant : son initiateur, le néerlandais Paul Fentener van Vlissingen, disait vouloir « remettre l’horloge 100 ans en arrière ». Or, il y a un siècle, l’Afrique était sous domination coloniale. Cette idéologie sous-jacente explique beaucoup de dérives.
Plus largement, cela alimente un imaginaire où l’Afrique est un terrain de jeu pour riches philanthropes et aventuriers, perpétuant une logique coloniale sous couvert de protection environnementale. Cette vision est renforcée par l’implication de grandes figures publiques comme le prince Harry, Taylor Swift ou Leonardo DiCaprio, qui promeuvent African Parks comme une grande réussite, sans jamais remettre en question les conséquences pour les populations locales ni connaître ce qui s'y passe réellement au quotidien pour ces peuples !
Qu'on se le dise et...bon vent…!
"Le véritable génie humain ne consiste pas à inventer de nouvelles choses mais bien plus à améliorer celles déjà existantes en les rendant plus simples, plus pratiques, plus intuitives et moins gourmandes, tant en matière première qu'en énergie pour les faire fonctionner".
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